29 novembre 2025, 11:15

MOONBALL

Interview Nicolas Exposito


Le syndrome d’Alice au Pays des Merveilles, ou syndrome de Todd, décrit par le psychiatre britannique John Todd en 1955, est un trouble neurologique qui modifie la perception de l’espace, du temps et de soi-même. Cette affection, Nicolas Exposito, leader de MOONBALL que l’on connaît aussi en tant que guitariste de LANDMVRKS, l’a transposée sur le deuxième EP du groupe, « Parallel Frame ». Il nous explique donc comment elle est devenue le fruit de son inspiration en jouant sur les ambiances, les textures musicales, montrant ainsi que le groupe bénéficie déjà d’un style artistique unique.
 

Pour commencer, parlons de toi et de ton rapport à la musique. Quel est le moment décisif qui t'a fait réaliser que tu voulais faire de la musique ?
Nicolas Exposito : Je pense que mon souvenir le plus lointain - mais je ne sais pas si j'étais apte à savoir si je voulais faire de la musique - c'est quand l'album d'OASIS « Be Here Now » est sorti. Je crois que j'avais sept ans. Sur l'intro de l'album, on entend un bruit d'aéroport avec des larsens de guitares. Quand j'étais petit, j'écoutais ça à fond sur la chaîne hi-fi et ça me transperçait, j'adorais le son des larsens de guitares. Je ne sais pas si c’est ce qui m’a motivé à faire de la musique, mais en tout cas, c'est le souvenir le plus lointain que j'ai de la musique électrique qui m'a réellement impacté. Ça reste mon plus vieux souvenir : ce n’est pas forcément ce qui m'a donné envie de jouer la guitare, mais c'est ce qui m'a donné cette envie d'aller dans la guitare électrique plus tard.

Et comment as-tu décidé de lancer le projet MOONBALL ?
Comme je suis artiste, je compose beaucoup de musique donc qu'importe le style, je me retrouve souvent dans mon studio, chez moi, à me dire : « J'ai envie de composer, mais sans avoir forcément d’étiquette. » Je ne vais pas me dire : « Je vais composer du metal ». Alors, je prends la guitare avec mon ordinateur et je jamme avec quelques idées dans la tête. J'ai composé plusieurs chansons qui rentraient dans le même registre que celui du premier EP. J’ai fini par envoyer tout ça à un ami, JP, le guitariste de GLASSBONES. Il fait un peu de ce style entre grunge, punk et punk-rock. Et il m’a dit : « Trop cool, viens, on en fait un groupe ! » Mais comme on n’avait pas de chanteur, au lieu de mettre des compositions sur Dropbox qui ne verront jamais le jour (je n’en ai pas des centaines, mais presque), je me suis dit : « Okay, on va condenser ça et on va essayer d'aller au bout du projet. » C'est comme ça qu'est né MOONBALL. C'était quelque chose que j'avais en stock et pour lequel je me suis dit : « J'ai la flemme de chercher un chanteur alors je vais poser des voix parce que comme ça ira plus vite. »  Finalement, on a abandonné l'idée de chercher un chanteur et comme je voulais que le projet avance vite, je me suis dit que même en n’étant pas chanteur, je chante assez juste pour pouvoir aller en studio et faire ce dont je pense être capable. Donc c'est parti de là. C’était très intéressant de faire progresser mon chant. C'était un défi de m’y mettre en me demandant : « Est-ce que je suis capable de le faire ? » car être au chant n’est pas forcément ce qui me plaît le plus. Je préfère jouer de la guitare et composer. Là, je compose aussi le chant, donc ça rentre dans la dynamique de composition avec les instruments. Finalement, je vois plus ma voix comme un accompagnement que comme la pièce maîtresse de la composition.
Je pose ma voix un peu comme je peux mais plus je le fais, plus je m'améliore. Parfois, quand on comment des erreurs, on ne fait pas attention, on ne fait pas rimer des mots, on oublie le principe, etc. C'est un exercice vraiment intéressant et compliqué. Je respecte tous les chanteurs de tous les projets du monde, chanteurs et chanteuses confondus, parce que c'est un instrument qui est vraiment très dur à utiliser. C'est évidemment beaucoup plus technique que ce qu'on imagine.

J’imagine que tout ce travail a été productif dans le sens où le fait de travailler sur MOONBALL t'a aussi permis d'améliorer tes compétences et d’évoluer au sein de LANDMVRKS. En ayant deux projets musicalement différents, as-tu senti une influence de l’un sur l’autre ?
Tu t’améliores toujours un peu partout donc forcément j'en ai plus avec LANDMVRKS, étant donné que ça fait plus de dix ans que le groupe existe. Mais ce qui est bien, c'est que je peux me servir de l’expérience que j’ai avec le groupe pour développer MOONBALL et vice versa. J'y trouve mon compte dans tous les cas. L'un nourrit l'autre et je m'en sers à bon escient. J'apprends des deux même si, quand on compare les deux, il y a visiblement un side-project et mon projet principal. Mais ça a forcément un impact sur moi vu que je suis la même personne, donc je vais un peu piocher dans les deux projets et faire en sorte de trouver le meilleur compromis possible.

Et en étant la même personne, tu as quand même deux styles totalement différents entre les deux groupes. À quel style t’identifies-tu le plus ?
Les deux parce que j'aime autant le metal que le punk et le punk rock. Ce sont vraiment mes deux personnalités, il n’y n’en a pas une que je préfère à l’autre. Les deux sont tellement différentes que j'ai fait ce side project plus orienté punk etc. Mon éducation musicale a commencé dans le rock, le punk rock et le punk avant d’arriver au metal. J’ai basculé dans le metal avec le début de Myspace. En fait, c'est comme si toutes mes influences étaient réunies dans deux groupes. C’est pratique car quand je veux composer quelque chose de trop rock pour LANDMVRKS, je sais que ça sera pour MOONBALL et vice versa. C'est un peu comme si ma création artistique pouvait rentrer dans deux cases différentes. Finalement, les deux projets s’épanouissent quand même énormément sur le plan créatif.

Tu as sorti deux EPs avec MOONBALL. Peut-on s’attendre à un album ensuite ?
J'en ai envie, mais le temps me manque. Il me faut le temps de pouvoir composer. Et parce que c'est un album, ça prend encore plus de temps. Je pense que ce sera la prochaine étape mais là, je crois que j'ai mis deux ans à composer. Je n’ai pas mis deux ans seulement sur MOONBALL, j’ai travaillé dessus quand je le pouvais mais cette fois, j’espère qu’en arrivant à cinq chansons, je me dirai : « Allez, encore cinq autres ». Peut-être que dans deux ans, j'aurai le temps de le faire. Il y a une volonté de pousser encore plus loin.

Et est-ce que tu te vois pousser le projet jusqu'à avoir des collaborations avec MOONBALL ?
Je ne me suis jamais posé la question ! Des collaborations ? Des featurings ? Franchement, si l'occasion se présente, je n’y serai pas fermé. Mais j’avoue que je n'y ai pas beaucoup pensé. Ou alors j'y ai pensé quand je suis en studio avec Flo (Florent Salfati, chanteur de LANDMVRKS, ndlr), en me disant : « Un jour, il faudra qu'on fasse une chanson ensemble. » Je pense que si l'occasion se présente, je la saisirai. Mais dans MOONBALL, il y a Alex, le bassiste qui est aussi chanteur dans un autre groupe et qui chante le couplet de l’une des chansons de l’EP. J’ai envie d’avoir une autre voix mais je pense aussi à BLINK-182 qui est une grosse influence de ma jeunesse : je crois qu'ils ont fait très peu de featurings.
Il y a plein d'artistes dans le genre que j’aime comme THE BASEMENT ou TURNSTILE. Si je cherche une voix plutôt saturée, je vais chercher dans les groupes de hardcore. Et j'aime aussi les voix féminines aussi qui pourraient apporter quelque chose.


​Outre la sortie de l’EP et tout ce qui se passe avec LANDMVRKS, quelle est ta plus grande satisfaction de l'année ?
C'est de tourner autant et de pouvoir vivre de ma musique. Ça n’est pas donné à tout le monde. Je peux aussi me permettre de créer pendant mon temps libre. C'est ma plus belle victoire et c'est ce que je souhaite à tous les artistes. Je n’ai pas d’événement marquant en tête, mais je pense à toute mon année : on est en tournée depuis janvier, on a fait l'Olympia et je souhaite à tout le monde de pouvoir de pouvoir faire ça. Tout ce que je veux, c'est pouvoir faire ça toute ma vie. C’est une belle année et 2026 va être pas mal aussi.

Du 15 au 22 novembre tu étais en tournée avec MOONBALL avec plusieurs dates en France et en Europe. Qu'est ce qui avait été prévu pour les fans et au niveau des guests ?
Ça me tenait à cœur de faire une petite tournée pour présenter l’EP en live, en particulier parce qu’on n’a sorti le premier que sur les plateformes de streaming. Cette fois, on a fait des CDs et des vinyles. On ne tourne pas beaucoup mais on a pu dire aux fans : « Venez ! On va enfin jouer les deux EPs ! ». C’était un peu notre release-party. C’est dans la logique des choses de faire la promotion mais vu qu’on a très peu de temps dans l'année, ça me tenait à cœur de consacrer une semaine au groupe et de partager ça avec les gens qui en ont envie. Peu importe qu'il y ait dix, cinquante ou cent personnes, on devait marquer le coup de toute façon. On voulait jouer dans des petites salles pour être plus proche du public.
Après, ça vaut ce que ça vaut, mais on est un groupe de musique donc même si c’est bien beau de nous écouter sur une plateforme, c'est encore mieux d'aller en concert. Les promoteurs nous proposent des groupes locaux, moi je ne veux pas prendre le risque de programmer seulement des groupes français pour aller jouer au fin fond de l'Allemagne, où personne ne nous connaît. Le promoteur local avait donc pris des groupes locaux vu qu’il n’y a pas ici la notoriété de LANDMVRKS qui prime. Mais c’est intéressant ! C’est le développement du nouveau projet qui est cool. Quand on me demande : « Ce n’est pas frustrant de tout recommencer ? », je réponds qu’au contraire, ce qui est intéressant dans un groupe, ce n’est pas la finalité mais la façon dont on développe une image et dont on se fait connaître. C'est une forme de retour aux bases mais que j'aime tout autant. Quelqu'un m’a déjà demandé : « Mais pourquoi tu fais ça alors que vous faites un Zénith à côté ? ». En fait j'ai envie de faire de la musique et j'en suis très content. Ce qui me fait vibrer, c'est d'être sur scène et de jouer des chansons. Peut-être que certaines personnes auraient tendance à prendre le melon mais je n’ai pas d’égo à ce sujet. La musique passe en premier, peu importe le nombre. Le but, c'est que tout le monde s'amuse et on peut autant s'amuser dans une salle devant 50 personnes que dans une salle avec 5000 personnes.

Concernant le thème principal de l’EP, tu développes le thème de syndrome d'Alice au Pays des Merveilles. Comment t’es venue cette idée ?
Je suis atteint de ce syndrome depuis que je suis tout petit. Pendant la phase d’écriture, il fallait que je m'exerce à l'écriture des paroles mais je n'avais pas beaucoup d'idées. Quand je m'endors et que je sens que je suis dans le noir, j’ai une vision un peu déformée de ce qui m’entoure. Dès que je regarde une lumière, ça disparaît. C'est pour ça que je disais souvent à mes parents de laisser la lumière du couloir allumée : je savais que quand ça allait m'arriver, je pouvais regarder la lumière pour estomper les effets. Pour la petite histoire, je n’ai jamais su ce que c'était. Il y a quelques mois, ça m’est de nouveau arrivé un soir où j’étais dans mon lit. J’ai pris mon téléphone pour avoir un faisceau de lumière sur lequel me concentrer, j’ai commencé à scroller sur TikTok et je suis tombé sur une vidéo de Dr Nozman (Youtubeur français – ndlr) qui parlait justement de ce syndrome. Je suis tombé des nues. Ça faisait presque 35 ans que j’en étais atteint sans savoir ce que c’était. Je me suis réveillé à cause de ça et je suis tombé sur cette vidéo, comme si mon téléphone voulait me dire quelque chose et mettre enfin un mot sur tout ça. Je trouvais le terme intéressant donc c’est ce qui a servi d’inspiration à la pochette. Je me dis : « Étant donné que je pense que personne ne connaît ce syndrome, je vais en parler et peut-être que je toucherai d’autres personnes qui sont comme moi et ne savent même pas que c'est un syndrome ». J’invite tout le monde à regarder la vidéo qui parle de ce syndrome.

Tu abordes aussi d’autres sujets introspectifs qui servent de fil conducteur.
Je me suis dit que je n’allais pas faire cinq chansons sur le syndrome d'Alice au Pays des Merveilles parce qu’il y a peut-être aussi des gens qui s’en fichent. Je suis un très grand fan de Jim Carrey alors j’ai écrit les paroles de “Seahaven” comme si j’étais dans le Truman Show, comme le montre le clip vidéo de la chanson.

L’enchaînement de “Seahaven”, entraînant et rythmé, suivi de “Dying to Know”, d’une brutalité punk hardcore sans concession et du titre de clôture “Shifting Shadows” qui est posé un peu moody, est très hétérogène. Est-ce un choix qui a pour but de montrer des ambiances différentes et représenter la distorsion et les changements de perception ?
Cette construction s'est faite naturellement. Quand il y a cinq chansons, on se demande dans quel ordre on va les arranger. J'avais posé la pochette à côté de moi et j'essayais de trouver un ordre cohérent avec ce que je voulais faire ressentir aux gens. Je pense que je l'ai fait inconsciemment. Je me suis rendu compte que je voulais commencer par une chanson de réalisation du syndrome, avec “The Mirrors I've Made”. “Seahaven” est un peu plus joyeux donc j'ai voulu faire une cassure après ce titre. “Dying to Know” est une chanson punk qui pousse la distorsion plus loin et j’ai voulu clôturer le disque avec une chanson qui plombe un peu l'ambiance du quatuor. Effectivement, il y a une atmosphère un peu plus moody. J'aurais aimé en rajouter cinq autres pour essayer d’aboutir à quelque chose d’encore plus construit, mais je n’en avais pas le temps. Cependant j'ai essayé de créer, de jouer un peu avec les émotions de la personne qui va l'écouter dans cet ordre. C'est cool d'entendre une chanson avec un style surprenant immédiatement après. Mais le défi est probablement plus difficile quand on a peu de titres. On peut moins rentrer dans les détails, alors il fallait que la structure et les titres soient vraiment bons.

Quel serait ton top 5 actuel dans ta playlist ?
Je peux te dire les cinq dernières chansons que j’ai likées en streaming.
J’ai “Death Clock Ticking” de TRAPPED UNDER ICE
“Be a Toy” de TITLE FIGHT
“Stealing Happiness From Tomorrow” de DRAIN
“Heathen” de DEAFHEAVEN
“Embodiment of Grief” de END
J’imagine qu’en entendant ça tu dois te dire : Bon, il est bipolaire (rires) ! Mais ça répond à mes deux attentes. J'écoute autant de musique violente que de musique douce et je prends plaisir à écouter les deux ambiances.

Je dirais que ça reste cohérent avec ta direction artistique et les orientations musicales de tes deux groupes !
C’est ça ! Et c’est enrichissant de ne pas se cantonner à un seul style.

Blogger : Sonia Salem
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Sonia Salem
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