
Et si on finissait l’année avec un concert de GOJIRA ? Le groupe dont tout le monde parle depuis l’ouverture des J.O. de Paris vient nous saluer au Zénith Europe de Strasbourg et chacun accourt pour profiter du cet événement.
Trois groupes sont invités pour chauffer l’ambiance de la grande salle en ce froid mois de décembre. Evidemment les gradins ne se rempliront que plus tard, pour les héros de la Conciergerie, c’est dire que quand tu deviens célèbre, il faut compter sur les opportunistes de la dernière heure et pas curieux du metal pour un sou.
18h45. Lumières encore pleinement allumées, NOXIOUS ENJOYEMENT ne se laisse pas impressionner et balance un hardcore straight edge qui va nous remuer comme il faut pendant 25 minutes. Ce groupe est français et motivé, créé il y a près de 30 ans. Je reconnais avec surprise Daniel et Phil de LOFOFORA respectivement à la guitare et à la basse. Au chant K-Shoo harangue le public avec force et cri. Voilà une belle découverte que ce side-project, qui déverse un condensé d’énergie sur nous.

19h30. NECKBREAKKER investit les planches. "Face-Splitting Madness" nous déboite directement avec cette frappe forte et rapide, ses moulinets de riffs thrash et une voix d’outre-tombe qui lorgne vers les marais putrides du death metal floridien. Je les ai déjà vus, mais c’est toutefois une surprise de retrouver ces trognes d’adolescents imberbes qui se livrent à un jouissif carnage. De mini Hetfield, Mustaine et Fischer ? Ça en a tout l’air. Pour preuve l’attaque thrashcore "Putrefied Body Fluid" aux gargarismes extrêmes, confirmant que les 25 minutes allouées à nos briseurs de nuques seront dans une continuité sans concession. 5 titres, un "Silo" en final bien brutasse qui achève de convaincre les amateurs du genre d’aller se procurer l’album des Danois.

20h15. Nous sommes chauds. Voilà COMEBACK KID précédé par un morceau de A-HA chantonné par l’assistance. C’est un groupe canadien dont on ne parle pas assez, je trouve, avec sept albums studio à son actif. "Because Of All" est fort bien accueilli avec sa frappe claire et vive estampillée punk-hardcore et son refrain fédérateur. Atmosphère au top, on surfe sur un "Heavy Steps" aux guitares mélodiques presque californiennes.
Le Zénith est à la fête, même si c'est encore clairsemé dans les gradins.
COME BACK KID embraye ses tubes l’un après l’autre. Après un très enlevé "Dead On The Fence", nous nous prenons la reprise assez attendue, et réussie, de "Refuse/Resist" (SEPULTURA). N'attendant pas les retardataires de la soirée, les circle pits et walls of death se succèdent avec une joie sauvage. J’y distingue d’ailleurs quelques camarades habitués des concerts plus intimistes de la Laiterie qui se déboitent les membres les uns contre les autres. Sur "Crossed", à la rythmique metalcore, s'invite Joe Duplantier en personne : excellente surprise ! Au terme de ces 45 minutes, COME BACK KID, nous balance coup sur coup un excellent punk-hardcore représenté par "Should Know Better" et "Wake The Dead".
Après cet excellent moment, les milliers de personnes rassemblées sont réveillées !

21h30. Les tauliers arrivent, avec "Only Pain" étonnamment placé en introduction. Le titre est excellent avec ses riffs aux éclats tranchants tels des rasoirs et cette voix à la complainte si sombre, mais on s’attendait à un placement cash d’extraits du dernier album, « Fortitude ». Cela semble partie remise. On en prend véritablement plein les yeux et les oreilles : le show de lumières est un des plus efficaces qu’il m’ait été donnés de contempler. Nos "enfants sauvages" lâchent dans la foulée un imparable "The Axe", avant l’exécution de l’historique "Backbone" - enfin un titre de « Fortitude » - avec son rythme obsédant et pénétrant. Joe lâche quelques mots qui révèlent son plaisir d'être parmi nous, se saisissant même par moments de sa guitare malgré son poignet convalescent. Son substitut est Greg Kubacki, membre de CAR BOMB, et il fait des merveilles. On alterne ensuite avec "Stranded" et le frénétique "The Cell". La mesure est posée, GOJIRA nous offre un best of des trois dernières productions, en plus d’un plébiscite de « From Mars To Sirius ». "Wisdom Comes" sera le seul représentant des premiers âges du groupe, bousculant pas mal de non-habitués avec son death metal bien brutal !

Le show se poursuit, toujours dans cette scène ovale en 3 dimensions que baignent des spots et des jets enflammés incroyables. On monte même d’un cran avec des "Flying Whales" déboulant "From The Sky", eux cétacés majestueux et gigantesques qui viennent s’ébattre au-dessus de nos têtes. Un moment magique. Nos petits gars du sud-ouest ont fait un sacré chemin en 3 décennies, ils évoluent à présent dans "Another World".
L’audience est scotchée. Pour "Mea Culpa (Ah! Ça ira!)" petite déception, pas de Marina Viotti ce soir pour les accompagner, quelques soupirs fusent. A noter un Mario, toujours facétieux, se mimant en cambrioleur du Louvre !
Nous poursuivons plus avant notre voyage sensitif. Deux naissances sous nos yeux. "Born In Winter" contre "Born For One Thing", deux ambiances qui, loin de s’opposer, se parlent l’une à l’autre. Le medley "Where Dragons Dwell / To Sirius / Ocean Planet / In The Wilderness" jaillit tel un trip-metal interstellaire, riffs lourds à souhait et chant lancinant. Mario nous offre également son moment franchissement du mur du son avec des bouquets de double-pédale.
Le concert est d’une intensité rare. Engagé également, nous apprécions GOJIRA pour cela, nous remontons le temps dans une virée fleuve et écologiste, c’est "Amazonia". Le premier grand final.


Deux titres deux salves pour le rappel... "L’enfant Sauvage", porté par sa musique indomptable, un autre titre plein de bravoure, qui voit la salle s’enflammer dans une sauvagerie salvatrice. Puis "Global Warming", nouvel appel de l’ère baleinière, qui face au "n'importe quoi" des grands de ce monde, crie fort « C'est Assez! ». On prolonge le plaisir, presque deux heures après le début du set, GOJIRA lâche ses derniers sons avec force.
Mario termine le concert juché sur sa planche de surf, porté par la foule en délire...
Une soirée aussi énorme sue le cachalot de Melville, quatre groupes très différents, une ambiance de folie et des souvenirs plein la tête.
C’était la dernière date de la tournée, GOJIRA nous a tout donné, et nous avons adoré !
Rendez-vous en juin 2026 à Nancy !
Photos © Christian Ballard - Portfolio
