
S’il avait fallu attendre trois ans entre les albums « Fear & Dagger », sorti en 2022, et « Cursed » en janvier 2025, l’envie de découvrir plus de morceaux par les Helvètes PALEFACE SWISS est cette fois vite satisfaite grâce à un nouvel EP de cinq titres, « The Wilted EP » dévoilé ce 2 janvier pour ouvrir cette année 2026. Imaginé pendant les tournées du groupe en 2025, cet mini-album oscille efficacement entre un deathcore intense et écorché vif et des moments plus vibrants d’émotion touchante. Yannick Lehmann, guitariste du groupe, nous expose la genèse de cette nouvelle réalisation.
Cet EP comporte cinq pistes et ce qui est peut-être encore plus frappant que sur un album d’une dizaine de titres, c’est qu’on retrouve des ambiances très différentes d’un titre à l’autre. Est-ce que c’est à relier au fait qu’il a été composé sur la route, entre vos différentes villes et expériences de tournée ?
Yannick Lehmann : Je pense que cette variété d’ambiances est dans la continuité de ce que nous avons fait sur « Cursed » parce que c’est quelque chose que nous aimons beaucoup faire, à savoir d’explorer des idées différentes pendant le processus de composition. Il est vrai que le lien avec la tournée est là parce que nous avons connu des moments où nous enchainions six jours de concerts pour un jour de repos et ça impacte forcément le moral de se sentir comme un robot.
Le lien peut se voir aussi entre le sens des albums, « Cursed » évoquant les tumultes intérieurs là où « The Wilted EP » semble plus tourné vers ce qui en découle ?
Exactement ! En tournée, tu vis des hauts et des bas jour après jour et nous avons connu un rythme effréné depuis 2022 donc c’est aussi ce grand huit émotionnel qui ressort dans l’EP. Là où « Cursed » pouvait se centrer sur les problématiques internes, « The Wilted EP » en aborde les conséquences directes dans un contexte pas toujours facile.
Côté influences, il y a des choses un peu à l’ancienne et d’autres très modernes, comment jongles-tu entre tout ?
Et bien en réalité, je ne calcule pas tout ça et je pense qu’aucun de nous ne le fait. Nous suivons notre courant d’idées, nous voyons où ça nous mène et nous jouons ce que nous aimons, ce qui parfois peut prendre des formes variées.

L’artwork de l’EP montre un bouquet de fleurs séchées, comment l’interpréter ?
Et bien comme nous l’évoquions, on peut se dire qu’on a collecté un bouquet de souvenirs ou de traumas au fil du temps ou à l’occasion de tournées, ce bouquet est ainsi représenté et pour moi il fait encore une fois le lien avec le précédent album, c’est dans la suite logique.
Le titre "Everything Is Fine" m’a l’air rattaché à ce thème, et je l’ai trouvé très touchant avec beaucoup de chant clair par rapport aux autres chansons. Peux-tu nous en dire plus ?
Ce titre évoque la perte de personnes chères. Il rappelle qu’il faut profiter de chaque moment parce que la vie peut s’arrêter à tout instant. Il faut honorer le temps qui nous est donné avec ceux que nous aimons. Et si je fais le lien avec le bouquet dont nous parlions tout à l’heure, on retrouve dans le clip ces images de champs avec des herbes hautes séchées par le soleil. Il y a comme un fil rouge avec ça sur tout l’EP. C’est notre manager Kriss Jakob qui a réalisé le clip et qui a pensé à cette idée.
A l’opposé de la nature et de la lumière, l’ambiance pour le clip de "Let Me Sleep" fait plutôt penser à un entrepôt hanté, peux-tu nous en parler ?
C’est très vrai ! Ce morceau parle du niveau d’épuisement total que tu peux ressentir à un moment, quand même si ton corps n’en peut plus ton cerveau ne te laisse pas dormir. Nous essayons de représenter les peurs des différents membres du groupe et c’était la peur de notre chanteur Zelli d’avoir des pensées tellement intrusives qu’elles l’empêcheraient de dormir. Et tu as encore une fois un lien avec les autres morceaux puisqu’on retrouve dans le clip le champ qui figurait dans "Everything Is Fine", donc tout est lié.
Tout comme le sujet du sommeil est parfois aussi compliqué en tournée j’imagine ?
Exactement, tu as des contraintes et pour autant tu dois trouver comment te reposer pour être performant sur le concert suivant, tout en étant sans arrêt en mouvement et sur-stimulé, ça peut être difficile parfois.
Parlons maintenant de "Instrument Of War" si tu veux bien. Ce titre dont tous les bénéfices iront à "Médecins sans Frontières" a pour point de départ une discussion que vous avez eu avec Jesse Barnett de STICK TO YOUR GUNS, peux-tu nous en dire plus ?
Oui, en fait Jesse nous a rapporté une citation de Pablo Picasso qui, interpellé sur la portée politique de ses œuvres, a dit que l’artiste est par définition un "instrument de guerre" dans le sens où son art sert forcément un point de vue et pas seulement un aspect "décoratif". Ce morceau, c’est notre déclaration formelle: nous sommes contre la guerre, contre les attaques faites aux civils, contre tous les actes de guerre et la brutalité. Notre art est un bouclier de défense pour ceux qui ne peuvent pas s’exprimer. Tu retrouves dans le clip un lien là aussi avec l’artwork, grâce au tableau de Romain Hilser qui apparaît en arrière plan.
Il y a un clin d'œil à Picasso aussi peut-être, par le biais de cette collaboration avec cet artiste peintre expressionniste ? Comment avez-vous été amenés à travailler avec lui ?
Tout à fait ! C’est un bon ami à nous et Kriss, notre manager qui est aussi le réalisateur du clip, avait beaucoup parlé d’art et d’idées avec lui pendant le festival Summer Breeze. Quand l’idée du clip a émergé, c’est tout naturellement que nous avons pensé à lui. Il s’est inspiré du thème du morceau pour réaliser plusieurs toiles pour que nous ayons plusieurs options, cinq au final et nous avons chacun pu repartir avec une toile en souvenir !
Et qui a gardé celle du clip ?
Kriss évidemment ! (rires)

© Adam Chandler - DR
Au-delà de l’idée de départ, la chanson est aussi faite en featuring avec STICK TO YOUR GUNS. Peux-tu me dire comment ça s’est passé ?
Pour moi ça a été un moment génial parce que STICK TO YOUR GUNS c’est un des premiers groupes de hardcore que j’ai écouté et avoir la chance de pouvoir travailler avec eux ça a été un honneur. Le travail d’écriture avec eux a été un moment génial, même si le processus d’enregistrement et de tournage du clip a été hyper tendu en termes de délais à cause de nos contraintes respectives de tournées, mais c’était une super expérience. Pour te donner une idée, on a fait la démo dans une chambre d’hôtel en huit heures, l’enregistrement des voix a pris deux heures et le clip quatre ! C’était tendu ! (rires)
C’est Florent Salfati de LANDMVRKS qui opère au mixage, est-ce que vous lui avez donné des directives précises ?
Depuis le temps qu’il travaille sur notre musique, il nous connaît tellement bien que nous lui faisons confiance. Évidemment il y a toujours des petits allers retours mais globalement il nous connaît très très bien. (rires) Il sait quels ingrédients mettre en avant par rapport à l’identité sonore que nous avons bâtie.
Vous avez collaboré avec plusieurs groupes français comme RESOLVE, LANDMVRKS ou TEN56., est-ce que c’est quelque chose que vous allez faire à nouveau prochainement ?
Je ne peux rien dire mais… (rires) Nous sommes toujours en contact avec nos amis de la scène metal française.
Vous allez venir jouer en France début 2026, quasiment un an après la tournée pour « Cursed », vous êtes prêts ?
Oh oui, il nous tarde de revenir, nous serons avec STICK TO YOUR GUNS et STATIC DRESS, nous allons tourner en Europe, nous espérons aussi tourner aux Etats-Unis et puis nous gardons aussi du temps pour composer de nouveaux morceaux…
Oh, c’est prévu ?
Toujours, c’est essentiel pour nous de conserver du temps dédié à toutes les idées qui nous viennent à un moment ou à un autre mais… ça non plus je ne peux pas t’en parler ! (rires)
PALEFACE SWISS sera au Zénith de Paris le 31 janvier (complet), le 2 février à Toulouse (le Bikini) et le 05 à Lyon, la Rayonne de Villeurbanne.
