12 janvier 2026, 18:28

GALIBOT

Interview Thomas Deffrasnes


Ancré dans les terres du Nord qui ont fait la richesse de certains et la fière souffrance de beaucoup, GALIBOT dessine au pinceau du black metal les affres de la mine, sculpte au scalpel les paysages hantées du Septentrion. Ecoutons le riche discours de Thomas Deffrasnes, guitariste et fondateur du groupe.
 

Peux-tu revenir sur l’histoire du groupe, notamment votre passage de trio à quintet ?
Thomas Deffrasnes : Lorsque le groupe a été créé en 2022, il n’était composé que de trois membres : Agathe, Clément et moi. Je supervisais alors les compositions ainsi que la direction artistique. C’est à partir de la composition et de la parution de « Euch'Mau Noir » que le projet s’est agrandi. Julian, aujourd’hui guitariste du groupe, était à l’époque notre ingénieur du son au studio Minotaure. La musique que nous proposions, ainsi que l’amitié que nous avons développée, l’ont convaincu de nous rejoindre. Par la suite, lorsque nous avons souhaité mettre en place une performance live pour GALIBOT, il était hors de question de recourir à une batterie programmée. Après avoir échangé avec plusieurs batteurs, c’est finalement Robin qui a rejoint le projet, autant pour ses qualités artistiques qu’humaines. Bien que certains soient arrivés en cours de route, je dirais que nous sommes tous des enfants du Nord, et que nous portons ce dénominateur commun qui fait profondément sens dans GALIBOT.

Quels groupes, ou artistes hors musique, admirez-vous ?
Je pense qu’il y a autant de sources d’inspiration qu’il y a de musiciens au sein de GALIBOT. Il est d’ailleurs assez étonnant que nous parvenions à créer ensemble, tant nos goûts peuvent parfois sembler incompatibles. Nous sommes loin de nous cantonner uniquement au black metal. Si nous devions néanmoins citer quelques influences, les groupes polonais, dotés d’une force de composition incroyable, nous viennent immédiatement à l’esprit. La scène française est également très prolifique : des figures de proue comme REGARDE LES HOMMES TOMBER, ou des formations plus obscures telles que VORTEX OF END, ont longtemps tourné sur nos platines. Les arts n’étant pas imperméables les uns aux autres, nous puisons aussi notre inspiration dans la littérature - Balzac pour sa plume, Jules Verne pour son univers - ainsi que dans les arts visuels, notamment certaines œuvres picturales, comme celles d’Alfed Kubin, Fantin Latour ou encore Gustave Moreau...

Vous avez la particularité d’avoir une chanteuse, chose plutôt rare dans le black metal. Est-ce un élément important de l’identité du groupe même si son chant est guttural... en diable ?
Avoir une chanteuse n’a jamais été un projet en soi, c’est un fait. Agathe nous a toujours impressionnés par sa puissance vocale lors de jam-sessions, de featurings sur des concerts d’autres projets... Lorsque j’ai créé GALIBOT, j’ai souhaité m’entourer d’ami(e)s pour les compétences que je leur reconnaissais. Il m’a donc paru naturel de proposer à Agathe de rejoindre le groupe, tant sa voix est sale, singulière et immédiatement identifiable. Indéniablement, sa voix est devenue l’identité du groupe ; et Agathe celle qui l’incarne.


Pourquoi associer black metal et univers minier ?
Le black metal est, selon moi, une poésie sombre qui s’exprime à travers un regard métaphorique porté sur le monde. Écouter du black metal sur les routes sinueuses des terres désolées du Nord, entre les stigmates du passé industriel, les champs plats noyés de pluie, les nuages bas, et ces forêts percées par les terrils, ces montagnes hallucinées, constitue déjà une expression black metal profondément inhospitalière. De la fenêtre de ma chambre, j’observe ces masses d’acier qui s’irritent dans le ciel, comme pour défier le Très-Haut : ces chevalets qui envoyaient les hommes au cœur pourri de la terre afin d’y racler un minerai brut, noir et vicieux que l’on appelle le charbon. J’y vois un monde infernal que le black metal pourrait parfaitement dépeindre. Là où certains groupes - que nous admirons pourtant - ont fait du satanisme un folklore, le Nord est ici un enfer inscrit dans la terre. Les parallèles pourraient être tracés encore longtemps, et c’est précisément pour cela que nous avons choisi de les exprimer en musique. Le Nord de la France n’est peut-être pas le seul territoire à cocher ces cases, mais c’est celui dans lequel nous avons vécu toute notre vie jusqu’à présent.

Avez-vous connaissance du groupe allemand DAULPUZ, ou d’autres formations, qui s’attache aussi à l’univers de la mine ?
Oui, nous avons découvert certains de ces groupes grâce à des personnes qui soulignaient la cohérence de nos thématiques. Mais bien d’autres formations explorent ce sujet à leur manière. Nous n’avons évidemment pas le monopole de la mine (rires), et je trouve au contraire sain que ces thèmes soient abordés sous des angles variés. Je pense notamment à nos confrères de QUEEN ARES ou encore SILICOSE.

"Galibot" - enfant qui travaillait dans les mines - semble un nom, à première vue, pas très connoté black metal. Pourquoi cette appellation ?
Effectivement, notre nom n’a pas une essence immédiatement black metal. Mais à la lumière des explications précédentes, je pense qu’il peut être perçu autrement. Ce mot, peu évident pour certains, attise d’abord la curiosité. Nous sommes les enfants du Nord, de ce pays noir à l’industrie impitoyable qui écrase les hommes. Dans notre prochain album à paraître en mai - et dont nous reparlerons - figure un titre nommé "Jeanlin". C’est le nom d’un galibot dans l’œuvre de Zola, incarnation du vice, de la malice et de la violence : le galibot comme vecteur du mal. Là encore, un parallèle évident peut être tracé entre le galibot et le black metal.

Quel regard portes-tu sur vos premières productions ; la démo « Wallers-Arenberg », l’album « Euch'Mau Noir » ?
Les premières productions - chez GALIBOT comme ailleurs - sont des zones d’essai et d’expérimentation. Nous ne les regrettons pas, mais avons toujours la volonté de proposer quelque chose de meilleur et de plus ambitieux à chaque sortie. D’une part pour éviter la répétition, d’autre part pour repousser les curseurs de l’expérience musicale. « Wallers-Arenberg » a été enregistré dans une chambre, sans réelle compétence technique. « Euch'Mau Noir » a vu le jour alors que nous étions encore étudiants. Aujourd’hui paraît sa réédition, avec un son plus mûr et une atmosphère plus développée. Demain, ce sera notre prochain album « Catabase », passé entre les mains de Francis Caste, avec l’espoir d’atteindre un nouveau niveau d’expérience pour l’auditeur.

Pourquoi avoir décidé de sortir une version bis de « Euch'Mau Noir » le 20 février ?
« Euch'Mau Noir bis » est, en quelque sorte, la version aboutie et définitive d’un album initialement paru mais qui manquait de caractère et d’identité. Les Acteurs de l’Ombre Productions, lorsque nous avons commencé à travailler avec eux, ont partagé ce constat. Il nous a donc été proposé de retravailler le mixage, les arrangements et le mastering afin de le rendre plus puissant et de symboliser notre intégration au label.

Peux-tu d’ailleurs nous raconter comment s’est nouée cette collaborations avec Les Acteurs de l’Ombre ?
L’intégration chez Les Acteurs de l’Ombre Productions n’a rien d’anodin, surtout pour nous, qui avons été nourris par cette écurie de groupes aux identités fortes et aux univers singuliers. Au-delà de l’honneur, cela nous a permis d’accéder à des ressources techniques qui nous manquaient : des personnes passionnées, spécialisées dans la musique, qui poussent les projets à exister de manière complète et professionnelle. Il faut être un couteau suisse lorsqu’on se lance dans ce type d’aventure, et un label comme LADLO nous offre les outils qui nous faisaient défaut pour mener GALIBOT là où nous le souhaitons. C’est une chance inouïe, et nous leur en sommes très reconnaissants.

Comment vous êtes-vous retrouvés à travailler avec Francis Caste ? Que vous a-t-il apporté ?
Francis Caste a mixé certains des meilleurs albums français de la dernière décennie. Sans que nous en ayons pleinement conscience, il avait déjà pris part à plusieurs albums charnières de nos parcours musicaux respectifs. À l’issue de l’écriture de « Catabase », nous avons compris qu’une oreille extérieure était nécessaire pour faire sonner cette musique et, surtout, pour créer un univers sonore qui nous ressemble. Francis Caste était la personne idéale pour cette ambition. Il a construit une lecture limpide de notre musique, dans une atmosphère sale et poussiéreuse, tout en recherchant un aspect majestueux et impactant. Un équilibre périlleux dont il a le secret.

Qaund votre nouvel album sortira-t-il et sous quels formats ? Avec une version cassette ?
« Euch'Mau Noir Bis » sortira le 20 février et sera disponible en CD et vinyle. « Catabase » paraîtra quant à lui en mai, également en CD et vinyle - et nous verrons ce que le label nous proposera d’ici là... pourquoi pas des cassettes, oui !

A quoi ressemble un concert de GALIBOT ?
Un concert de GALIBOT est, selon moi, une expérience visuelle immersive, avec de la machinerie scénique et une présence habitée, frénétique, presque punk. Pour autant, nous conservons une atmosphère pesante et occulte, propre au black metal que nous affectionnons tant.

Vous allez prendre part à la release-party de NORNES à La Bulle Café de Lille le 15 janvier. Certains de vos nouveaux titres seront-ils joués ?
Le concert du 15 janvier à Lille sera l’occasion de présenter trois nouveaux titres issus de notre prochain album. Ce sera la grande nouveauté.

Quels sont vos projets pour l’année qui s’annonce ?
L’année à venir s’annonce riche en concerts, car nous entamons une longue route visant à promouvoir nos sorties prévues pour cette année. Je peux d’ores et déjà annoncer que nous serons amenés à sortir de l’Hexagone.

Quels rêves souhaiteriez-vous réaliser avec GALIBOT ?
Nous avons déjà commencé à le réaliser, humblement. Notre souhait principal a toujours été de prétendre à de belles scènes, aux côtés de groupes qui font sens pour nous. Ce sont, au fond, les mêmes songes depuis treize ans. Plus concrètement, il s’agit de continuer à écrire de la musique sans que l’inspiration ne nous fasse jamais défaut, afin de continuer à surprendre notre public.

Retrouvez ci-dessous les prochaines dates du groupe GALIBOT...

  

Blogger : Christophe Grès
Au sujet de l'auteur
Christophe Grès
Christophe a plongé dans l’univers du hard rock et du metal à la fin de l’adolescence, au tout début des années 90, avec Guns N’ Roses, Iron Maiden – des heures passées à écouter "Live after Death", les yeux plongés dans la mythique illustration du disque ! – et Motörhead. Très vite, cette musique devient une passion de plus en plus envahissante… Une multitude de nouveaux groupes a envahi sa vie, d’Obituary à Dark Throne en passant par Loudblast, Immortal, Paradise Lost... Les Grands Anciens – Black Sabbath, Led Zep, Deep Purple… – sont devenus ses références, comme de sages grands-pères, quand de jeunes furieux sont devenus les rejetons turbulents de la famille. Adorant écrire, il a créé et mené le fanzine A Rebours durant quelques années. Collectionneur dans l’âme, il accumule les set-lists, les vinyles, les CDs, les flyers… au grand désarroi de sa compagne, rétive à l’art métallique.
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