
Le groupe allemand de metal symphonique BEYOND THE BLACK a sorti son sixième album studio, « Break The Silence », le 9 janvier dernier. En parallèle, il commence une tournée européenne placée sous le signe du corbeau avec un passage à Paris le 17 janvier. Nous avons discuté avec la frontwoman Jennifer Haben au sujet de l’album et des thématiques qu’il aborde...
Quelles sont les raisons qui vous poussent à briser le silence ?
Jennifer Haben : Je crois que tout le monde devrait briser le silence si les choses ont besoin d’être dites. Quand on écrivait l’album, on s’est rendu compte de quelque chose qui est véritablement devenu un problème dans le monde entier : la communication est essentielle, évidemment, mais j’ai l’impression que les gens ne s’écoutent plus les uns les autres. Les gens sont là sur Internet ou ailleurs pour exprimer leurs opinions, leurs besoins et ressentis personnels, sans vraiment écouter les réponses qui peuvent leur être faites. Ils ne s’écoutent pas et attendent juste de pouvoir répondre pour poursuivre le développement de leurs opinions. Je trouve ça très dangereux : tout est en noir et blanc de façon très manichéenne sans que l’entre-deux soit évoqué. Je crois qu’on devrait essayer de se comprendre les uns les autres avec le cœur plutôt qu’avec les mots pour comprendre ce qu’on essaie vraiment de se dire, comprendre ce qu’il y a dans l’entre-deux et ce que nous avons en commun sans forcément être d’accord sur absolument tout pour autant. C’est très important qu’on ne soit pas concentré sur des opinions spécifiques, ça nous divise plus que jamais.
Est-ce que vous avez déjà vécu, en tant que groupe, des situations telles que celles que vous venez de décrire ?
Je crois que le monde entier ressent un peu la même chose. Quand on regarde Internet et les réseaux sociaux, dans le monde entier, tout le monde se divise parce qu’on n’essaie pas vraiment de comprendre l’entre-deux, les opinions exprimées sont très radicales. Je pense que nous avons besoin de nous parler davantage pour pouvoir nous comprendre de nouveau.
C’est vrai qu’on rencontre beaucoup ce type de comportements sur les réseaux sociaux...
Oui, je crois que ça a commencé avec la COVID. Les gens avaient vraiment peur et étaient très conscients des opinions toutes noires ou toutes blanches et se sont dit qu’ils avaient le droit d’avoir des opinions très tranchées, que d’autres personnes allaient forcément être d’accord avec eux et qu’une petite bulle allait se former autour d’eux à travers les réseaux sociaux, jusqu’à penser que cette bulle est représentative de la réalité. Alors qu’il y a tellement de réalités différentes dont nous ne sommes même pas conscients ! Je pense qu’il faut qu’on soit ouverts d’esprit et prêts à accepter d’autres réalités.

Dans les clips qui accompagnent les singles "Ravens" et "Can You Hear Me", on peut voir beaucoup de corbeaux et un masque doré qui semble incarner un personnage maléfique. Que représentent les corbeaux et quelle est l’histoire qui se déroule dans ces clips ?
L’histoire complète se déroule sur l’ensemble des clips de l’album dont certains ne sont pas encore sortis. La communication est une notion très importante et complexe donc nous avons essayé de raconter une histoire autour de ce thème. La protagoniste principale se rend compte que tout le monde autour d’elle suit quelque chose sans vraiment comprendre de quoi il s’agit, comme s’ils étaient en pilotes automatiques. La protagoniste principale se rend compte que ce qu’il se passe n’est pas bénéfique et elle décide de trouver les autres personnes qui se rendent compte de la même chose. De là, on se rend dans le quartier général où l’on trouve ces autres personnes qui sont représentées par les corbeaux. Les corbeaux se situent à la dernière étape de ce cheminement, quand on trouve des gens qui ressentent les mêmes émotions et se rendent compte que quelque chose cloche et qu’il faut changer ça. On était très heureux de pouvoir inclure nos fans dans l’audio et la vidéo, j’y avais pensé quand j’étais en train d’écrire la musique : je voulais vraiment montrer l’aspect communautaire et nous sommes très heureux que ça ait pu se faire.
Comment avez-vous inclus vos fans dans l’audio et la vidéo ?
On les a enregistrés au Wacken Open Air depuis les coulisses. C’est Chris (Hermsdörfer, ndlr) qui a enregistré pour l’audio et notre designer vidéo, qui a fait tous les clips, est venu au Wacken depuis la Lettonie exprès pour tourner la vidéo.
Ça a dû être une très belle expérience pour vous et pour les fans !
Oui, c’était génial ! Ils ont eu l’opportunité de venir dans backstage et c’était incroyable pour eux de venir dans les coulisses du Wacken ! On a pu faire une petite réunion et la vidéo de "Ravens".
Dans la chanson "La Vie Est Un (Cinéma)", pourquoi comparez-vous la vie à un film ?
Je trouve que la vie peut parfois être complètement dingue, on a l’impression que tout le monde devient fou, un peu comme dans un film ou une piste de cirque.
Les fans français devraient adorer !
J’espère ! Je vis près de la France, en Sarre qui, je crois, a fait partie de la France il y a très longtemps. C’est pour ça que ma première langue est le français et pas l’anglais. Je devrais le parler un peu mieux (rire) et je crois que si quelqu’un me parle vraiment très lentement en français, je devrais être capable de le comprendre. J’aime beaucoup les sonorités et j’aime beaucoup le fait d’utiliser plusieurs langues et j’ai aimé jouer avec tout au long de l’album. On voulait vraiment inclure ces langues pour accentuer le fait que la communication doit se faire dans plusieurs langues, pas uniquement en anglais, en allemand ou autre.
Ça explique le multilinguisme de l’album : on entend de l’anglais, du français, de l’allemand, du japonais et du bulgare. Est-ce une façon de vous adresser à vos fans du monde entier ?
On voulait pouvoir parler à tout le monde donc on s’est dit qu’on allait inclure d’autres langues et d’autres cultures, d’autres musiques et sonorités. C’est pour ça qu’on a commencé d’une façon un peu différente des autres albums : on a d’abord eu cette voix africaine sur "Rising High" et on a écrit une chanson autour de cette sonorité, une chanson dans le style de BEYOND THE BLACK mais dont le motif principal serait ce son. On a fait ça pour d’autres musiques, pour "Let There Be Rain" et "La Vie Est Un (Cinéma)". La deuxième est l’une de celles pour lesquelles on s’est dit qu’on allait faire une chanson (en français dans le texte, ndlr), un titre plus doux qui aurait une ambiance un peu différente. Ça nous a vraiment inspirés et on a beaucoup aimé le travail mené pour cet album.
Vous aviez des inspirations spécifiques pour chacune de ces chansons ? Par exemple, pensiez-vous à Édith Piaf pour "La Vie Est Un (Cinéma)" ?
Ça aurait été génial (rire), je chantais ses chansons quand j’étais petite. Je crois que, pour les autres musiques, on a juste essayé de créer des ambiances différentes. Par exemple, pour "The Art Of Being Alone", Chris Harms est un chanteur allemand qui a un style beaucoup plus gothique et j’aime beaucoup son interprétation de la musique, d’autant plus qu’elle est très profonde et émotive. Pour la chanson avec le chœur bulgare, j’adore vraiment ce type de musique donc c’était parfait, pour moi, de les inclure dans l’album ! Pour le japonais, j’adorerais savoir chanter dans cette langue, j’ai essayé pendant la phase d’écriture mais je me suis aperçue que je n’étais pas assez douée (rire) donc il fallait vraiment avoir un featuring sur cette chanson. Je suis très contente qu’Asami de LOVEBITES ait accepté de le faire, je trouve qu’elle a une voix très différente de la mienne et c’est très important pour moi qu’on puisse entendre la différence entre les deux et que l’ensemble ajoute une dimension supplémentaire à la chanson. Vraiment des collaborations géniales !

En parlant des featurings, il y en a plusieurs sur l’album : un avec Chris Harms de LORD OF THE LOST, avec Asami de LOVEBITES et un avec THE MYSTERY OF THE BULGARIAN VOICES. Comment se sont passées ces différentes collaborations ?
On a principalement travaillé à distance. Quand on écrit les musiques, parfois on s’assied ensemble, parfois on crée une musique chacune de notre côté et on finit ensemble, mais quand on enregistre ensemble, on fait ça principalement à distance. Parfois, on est dans le studio du producteur mais généralement, on le fait chez soi à distance, une bonne habitude de la nouvelle génération (rire). Ça marche très bien pour les featurings : l’autre personne la chante dans un autre studio, puis nous l’envoie et on en fait quelque chose.
On avait déjà rencontré LORD OF THE LOST en festival, mais on ne s’était encore jamais parlé donc on ne se connaît pas personnellement. Le chanteur travaillait avec nos producteurs à peu près en même temps et c’est à ce moment qu’on s’est dit qu’on cherchait des voix magnifiques et que la sienne irait parfaitement sur ce morceau. J’ai beaucoup aimé être sur scène avec eux la semaine dernière, on a passé un très bon moment ensemble et on est un peu amis maintenant.
Pour les autres collaborations, je n’ai évidemment jamais rencontré Asami (rire) donc on a beaucoup travaillé à distance, mais j’espère avoir la chance de la rencontrer un jour et qu’on pourra faire une tournée au Japon. Je crois que pour cet album, comme on n’a encore jamais eu l’idée d’inclure autant de langues différentes, on a vraiment cherché ce qu’on aimait profondément et on s’est demandé quels groupes on connaissait.
Je connaissais déjà THE MYSTERY OF THE BULGARIAN VOICES grâce à Lisa Gerrard qui chante pour Hans Zimmer. Je l’ai vue chanter à un concert de Hans Zimmer en Allemagne sur "Honor Him" du film Gladiator. C’était déjà ma musique préférée de ce compositeur et je ne l’avais jamais imaginée ainsi que c’était très impressionnant ! Elle est vraiment magnifique et tout ce qu’elle fait est impressionnant. J’ai découvert ses autres projets, notamment le chœur bulgare qui a aussi fait partie d’une chanson de BRING ME THE HORIZON. J’étais vraiment très heureuse que le chœur accepte de travailler sur cette chanson !
BEYOND THE BLACK est sur le point de commencer une tournée européenne avec une date à Paris ce 17 janvier. Quelle relation avez-vous avec le public français ? Avez-vous des souvenirs particuliers avec lui ?
Ils sont toujours adorables et très gentils, on adore être à Paris ! Et on aime aussi beaucoup être à Disneyland (rire). Pendant la dernière tournée, on avait une journée de repos à Paris donc on est allés à Disneyland, et on fera la même chose pendant cette tournée puisqu’on a un jour off juste après notre concert à Paris ! Je suis trop contente ! Je fais toujours des journées de repos à Paris maintenant (rire) !
Vous avez déjà rencontré des fans à Disneyland ?
Oui, la dernière fois qu’on y est allés ! Il y avait quelques fans mais pas beaucoup. Et je ne pense pas que les fans me parleraient s’ils me voyaient, je suis juste moi-même et je fais ce que je veux (rire). Je m’amuse beaucoup là-bas, comme tout le monde !
Vous avez une carrière personnelle très remplie, vous écrivez et vous chantez pour BEYOND THE BLACK mais vous créez aussi des objets vous-mêmes et vous animez parfois des streams. Comment arrivez-vous à gérer une carrière aussi remplie et parvenez-vous à vous reposer ?
Je suis quelqu’un qui a toujours envie de se lancer dans de nouveaux projets (rire) et je crois que jusqu’à récemment, je ne me suis jamais vraiment reposée. Je trouvais toujours quelque chose à faire mais ces deux dernières années, je me suis vraiment entraînée à me reposer, même si c’est une fois par semaine. Je sais que c’est important et qu’il faut éviter le burn-out et récemment, j’ai décidé d’accorder plus de temps à ma famille. Mon frère vient d’avoir une fille donc je suis une tante maintenant ! Elle a un an et demi et j’essaie de passer le plus de temps possible avec elle. Elle est vraiment merveilleuse, magnifique, elle sourit tout le temps et je passe des moments géniaux avec elle donc j’essaie de faire ça plus souvent.
Vous pourrez peut-être l’emmener à Disneyland de temps en temps ?
Oui ! J’ai dit à mon frère et à sa femme : « Je serai la première à l’emmener là-bas ! Avec vous bien sûr, mais je l’emmènerai ! ». Mais ses parents veulent attendre qu’elle réalise vraiment ce que c’est donc je dois attendre un peu. Elle reçoit déjà beaucoup de merchandising de Disney de la part de sa tante de toute façon (rire)... Je lui ai ramené quelque chose du Japon quand je suis allée au Disneyland de Tokyo, ils ont pas mal de merchandising vraiment très chouette là-bas ! J’espère juste qu’on ne célèbre pas Disney au point où elle le détestera plus tard. Ça arrive parfois mais j’espère vraiment que ça ne sera pas le cas !
Il y a eu quelques changements dans la scène metal récemment : Alissa White-Gluz a quitté ARCH ENEMY pour se concentrer à sa carrière solo et Noora Louhimo a fait la même chose en quittant BATTLE BEAST. Que pensez-vous de leur choix et considérez-vous le fait de mener une carrière solo comme un accomplissement ?
Je ne quitterai jamais BEYOND THE BLACK, c’est mon bébé. Je ne dirai pas que je ne ferai jamais autre chose comme de travailler en solo. J’ai déjà fait quelques collaborations en mon nom parce que je considérais que ça ne correspondait pas à l’univers du groupe, je pourrais imaginer quelque chose comme ça mais je ne quitterai jamais BEYOND THE BLACK. J’aime aussi d’autres choses et j’ai toujours été ouverte aux autres genres, pas uniquement le metal, mais je trouve que le metal symphonique est ce qui me permet le mieux de retranscrire mes émotions. J’ai décidé que ça serait mon projet artistique.

