L’année 2026 démarre très fort pour la formation de deathcore américaine OV SULFUR. En effet, le groupe sort son deuxième album studio, « Endless », et le moins qu’on puisse dire, c’est que les trois ans d’attente qui séparent son premier album « The Burden Ov Faith » de ce dernier disque ont été largement mis à profit par le groupe pour produire un bijou musical.
Avec « Endless », OV SULFUR signe un album dense, réfléchi, qui dépasse largement le simple exercice de brutalité. Le groupe y affine une identité déjà bien installée, en privilégiant l’atmosphère et la narration à la surenchère technique. Le résultat est un disque lourd de sens, plus oppressant que spectaculaire, où chaque titre semble pensé comme un fragment d’un même vertige existentiel.
Le fil conducteur de « Endless » est clair : l’éternité non comme promesse, mais comme fardeau. L’album explore la peur de la survivance, de l’errance infinie, de la perte répétée. Cette thématique traverse l’ensemble du disque avec cohérence, sans jamais tomber dans l’abstraction excessive. Loin des clichés de souffrance et de noirceur prémâchés, OV SULFUR parvient à rester lisible, presque humain, malgré un propos profondément sombre.
Musicalement, le groupe trouve un équilibre maîtrisé entre agressivité contrôlée et respirations mélodiques. Les guitares sont massives mais jamais brouillonnes, la batterie martèle sans écraser et les structures privilégient l’impact émotionnel plutôt que la démonstration. La production, ample et précise, laisse suffisamment d’espace pour que chaque élément respire, permettant une écoute active, faisant osciller l’auditeur et l'auditrice entre un sentiment de violence et de tristesse infinies et des moments de grâce presque teintés d’une douce mélancolie. La performance du chanteur Ricky Hoover (ex-SUFFOKATE) se distingue par une vraie palette expressive : growls abyssaux, cris écorchés, mais aussi des passages plus retenus, presque fragiles. L’introduction de chant clair sur certaines chansons apporte une profondeur supplémentaire, renforçant le sentiment de vulnérabilité qui imprègne l’album. Ce n’est pas un effet de style, mais un outil narratif pleinement assumé.
Ainsi le titre "Wither", démonstration réussie d’une composition entièrement construite sur du chant clair. OV SULFUR ne cherche pas à nous écraser sous des murs de brutalité et montre que même la violence sait murmurer. Les plaintes et la douceur incarnent ici la douleur du deuil mieux que la colère et les growls bestiaux.
Mais OV SULFUR n’a pas simplement livré une collection de riffs furieux : le groupe a invité des voix étrangères au groupe comme autant de spectres hurlants au bord de l’abîme, sculptant un album plein de relief grâce aux frontmen d’INGESTED, de CARCOSA et de DISTANT. Ces trois featurings réussissent l’exploit d’apporter une texture plus profonde au disque, faisant des titres des dialogues entre le démon intérieur du groupe porté par la voix de Ricky Hoover, et ceux, parfois plus bruyants, de Josh Davies (INGESTED), Johnny Ciardullo (CARCOSA) et Alan Grnja (DISTANT).
Sans chercher à révolutionner le genre, « Endless » s’impose par sa cohérence et sa maturité. OV SULFUR ne cherche pas à impressionner à tout prix ; le groupe préfère installer une atmosphère pesante, durable, qui s’infiltre lentement.
En définitive, « Endless » est un disque sombre, exigeant, mais accessible pour qui accepte de s’y abandonner. Un album qui confirme OV SULFUR comme un acteur sérieux de la scène actuelle, capable de conjuguer intensité, émotion et retenue sans jamais forcer le trait.