16 novembre 2025, 23:59

TURNSTILE + THE GARDEN + HIGH VIS

@ Paris (Zénith)

Blogger : Tom Binet
par Tom Binet


Où en est le phénomène ? Voilà comment on pourrait résumer l'état d'esprit au moment d'aller voir ce dont TURNSTILE est capable dans une grande salle comme le Zénith de Paris, un peu plus d'un an après avoir conquis l'Olympia. Réponse à l'issue de la soirée : encore en pleine ascension, laquelle ne semble pas vouloir s'arrêter. Quitte à tout emporter sur son passage, bien aidé par la solide prestation de HIGH VIS pour lancer les hostilités avant le déroutant interlude THE GARDEN.
 

Un Zénith qui affiche complet en ce dimanche soir de novembre, avec une fosse bien remplie dès l'entame de la soirée. Personne ne veut rater ce qui sera déjà l'un des temps forts de cette longue soirée : la venue des Londoniens HIGH VIS. Hardcore, post-punk ou les deux ? Peu importe, la bande de Graham Sayle n'est pas vraiment venue pour se poser ce genre de questions. Une petite demi-heure sur scène et huit morceaux suffisent à démontrer la puissance d'une formation toujours aussi viscéralement attachée à traiter de nombreux sujets sociétaux. Le frontman prend même le temps de quelques prises de paroles pour évoquer la situation politique du Royaume-Uni ou réfuter fermement l'idée selon laquelle l'immigration serait la source de tous nos problèmes. Côté sonore, le public a droit à une véritable décharge d'énergie brute et les premiers mosh ne tardent pas à se lancer. L'échauffement, certes nécessaire au vu du copieux menu qui nous attend, est intense. Une entrée en matière grandement réussie ponctuée d'une magnifique interprétation de "Mind's A Lie", en compagnie de la chanteuse Ell Murphy, elle aussi originaire de Londres. Décidément, ça en fait des groupes venus de l'autre côté du Channel à suivre absolument !

Vient ensuite ce que l'on qualifiera de drôle d'expérience et rien n’aurait pu préparer le public à ce qui allait suivre. À savoir l'arrivée sur scène des jumeaux Wyatt et Fletcher Shears, aka THE GARDEN pour leur nom de scène, tout droit débarqués de Californie. L'illustration du constat que l'anti-conformisme et l'expérimentation ont évidemment une grande part de bien, en particulier dans le domaine de la musique, mais au risque de parfois perdre totalement le spectateur. Dans les faits, les deux hommes (le premier au chant et à la basse, le second à la batterie) offrent un drôle de spectacle qui a pour effet de figer une foule peu à peu gagnée par l'incompréhension et qui ne sait pas vraiment quoi penser en voyant Fletcher quitter le fût, lâcher ses meilleures roulades pour finalement rejoindre son frère et faire lui aussi entendre sa voix dans un interlude tirant soudainement sur l'électro avec même quelques touches de hip-hop. Allez comprendre. Moins étrange, la suite du show propose un voyage pour le moins déroutant à travers le concept Vada Vada, philosophie originale inventée par les deux protagonistes. On ne va pas se mentir, il nous tarde assez rapidement de passer au plat de résistance de la soirée, raison principale de notre venue.

TURNSTILE débarque enfin sur les coups de 21h45. Le backdrop désormais classique aux différentes teintes de couleurs est bien là, tout comme les synthés, les riffs extrêmement travaillés propres aux petits gars (et fille, désormais) de Baltimore et la vigueur presque violente de Brendan Yates et ses acolytes. Sans prévenir, la tornade vient de frapper le nord-est de la capitale. D'un coup d'un seul, tout explose. Même l'intro de "Never Enough", pourtant planante dans un premier temps avant de monter en puissance ne laisse pas vraiment de place à la retenue. Quelques mois seulement après la sortie de l'album portant le nom du single, c'est une salle entière qui hurle les paroles à en faire trembler les murs insonorisés d'une salle qui en a pourtant vu d'autres. L'enchaînement avec "T.L.C. (Turnstile Love Connection)" en rajoute une couche, apportant déjà un constat implacable : porté aux nues ces dernières années, le groupe est devenu une véritable déflagration en live, une expérience d'une puissance et d'une intensité rares. C'est bien simple, il n'y a déjà plus le moindre centimètre carré de répit pour qui voudrait se réfugier loin de la folie qui s'est emparée de la fosse.

Pour respirer, il faut compter sur les transitions concoctées par les artistes entre chaque titre, ou presque. De courts interludes qui, sur le plan personnel, m'avaient quelque peu gâché la fête lors du passage du groupe au Hellfest quelques mois plus tôt, le contexte d'un festival ayant peut-être rendu plus compliqué le fait de se plonger pleinement dans un concert parfois saccadé. Cette fois, il n'en est rien, ou si peu. Une immersion totale permise également par la volonté de la bande d'inclure pleinement le public au show, grâce notamment à des images filmées dans la fosse pour être projetées directement sur les écrans géants. Cet article constitue d'ailleurs le moment parfait afin d'avoir une petite pensée pour le cameraman dévolu à cette tâche non sans danger.

Une pensée, la clique en a une (et même plusieurs) pour ses fans de la première heure, y compris les déçus face à leur éloignement des racines hardcore qui ont fait leurs premiers succès. De premiers tubes qui sont à l'honneur avec "Real Thing" suivi de "Drop", avant un dernier élan de nostalgie apporté par "Pushing Me Away". Un clin d’œil qui aura probablement échappé à une partie de cette foule particulièrement diverse, dépassant allégrement les frontières habituelles du genre (on n'en voudrait d'ailleurs pas aux plus grands puristes de convoquer ici le concept de gentrification).

Un public nouveau ravi de voir la part belle offerte aux deux derniers albums, plus hybrides (sept titres pour « Glow On » et huit pour le dernier né « Never Enough »). Autant de hits qui donnent un côté presque mystique à la dernière phase du concert, à commencer par l'apparition d'une gigantesque boule à facettes pour "Seein' Stars", point de départ d'un bouquet final de toute beauté. "Holiday", "Look Out For Me" puis un rappel composé de "Mystery", "Blackout" et "Birds" (avec un désormais traditionnel envahissement de scène qui n'est pas sans nous rappeler quelques souvenirs) viennent finir de vider les dernières batteries et rappeler que oui, TURNSTILE grandit, s'affranchit de certaines affluences qui l'ont porté à ses débuts (au grand dam de certains), mais continue de séduire des fans venus d'horizons différents pour se muer en phénomène transcendé par son impressionnante énergie brute en live. Nul doute que la tornade n'a pas fini de faire quelques dégâts.
 

  
© Nicko Guihal - DR

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