13 février 2026, 07:00

OV SULFUR

Interview Chase Wilson


En ce début d’année, la formation de deathcore américaine OV SULFUR nous livre son deuxième album studio, « Endless », démarrant 2026 sur une œuvre sombre, introspective, confirmant OV SULFUR comme un acteur sérieux de la scène actuelle. Chase Wilson, guitariste du groupe, nous parle de la construction et des thématiques abordées dans cet album.
 

Le titre de l’album « Endless » a une dimension philosophique. Peux-tu nous en parler un peu et nous dire ce qu'il représente pour toi et le reste du groupe ?
Chase Wilson
: Oui, absolument. « Endless », c'est un peu comme un grand "et si ?". Ricky avait un blocage d'écriture quand on commençait à travailler sur l'album et il ne savait pas trop quelle direction prendre. Alors j'en ai discuté avec lui ; on avait écrit "Seed" et une partie de "Wither" et on réfléchissait à ce que ces deux chansons avaient en commun. Je lui ai dit : « Et si on écrivait une sorte d’album concept sur la souffrance sans fin, le chagrin sans fin, la dépression sans fin, la colère sans fin, une peur sans fin ? », puis on a en quelque sorte mis chaque chanson dans une bulle et on a lié le tout. Voilà comment l'album a été créé, c'est comme ça qu'on l’a imaginé : en concentrant nos efforts sur ce concept de souffrance sans fin.

Peux-tu me me parler un peu du processus d'écriture de l’album et de la façon dont il diffère du précédent, « The Burden ov Faith » ?
Oui, absolument. « The Burden ov Faith » était notre premier album : d'une part, on était pressés par le temps, et d'autre part, on essayait de nouvelles choses qu'on n'avait pas vraiment intégrées à l'EP. On essayait vraiment de se donner à fond. Certaines idées étaient excellentes mais j'ai l'impression qu'elles auraient pu être mieux exécutées et plus cohérentes. C'était notre objectif sur « Endless ». On a donc analysé l'album précédent en se demandant ce qui fonctionnait, ce qui ne fonctionnait pas, et comment l'améliorer.
On a commencé à écrire vers 2023, après notre tournée avec Chelsea Grin. Je suis rentré et je crois que la première chose que j'ai écrite, c'était "Wither". Peu après, d'autres idées ont germé. En gros, notre processus d'écriture est le suivant : j'ai des idées et je les développe comme une chanson que je structure. Une fois que j'ai terminé, j'envoie tout à Levi (Levi Xul – Batteur du groupe ndlr). Il s'occupe de la production, il ajoute sa touche personnelle, l'orchestre, etc. On fait des allers-retours et il m'envoie aussi ses demos. On donne nos avis respectifs et on avance. Le processus d'écriture est plutôt fluide, d’autant plus que nous ne sommes que deux à avoir composé la musique de cet album. Une fois que c'est fait, on l'envoie à Ricky pour qu'il puisse enregistrer les voix.

Les voix sont donc enregistrées après la composition...
Absolument.

Et dans ce cas précis, vu l'équilibre marqué entre la puissance extrême et la dynamique mélodique de l'album, comment avez-vous réussi à maintenir cet équilibre sans perdre en intensité, tout en enregistrant les paroles après ?
C'est une excellente question. En gros, notre façon de trouver le bon équilibre sur cet album, y compris sur les morceaux plus doux, c'est de tout faire avec intention et émotion. Je trouve que "Wither", même si c'est plus une ballade, est tout aussi percutante que n'importe quel morceau de deathcore parce qu'elle est chargée d'émotion. Tout est fait avec intention, pas juste pour faire le minimum. Sur le précédent album, il y avait des titres où on essayait de chanter et on se disait : « Tiens, autant en mettre ici. » Alors que pour celui-ci, on a réfléchi un peu plus minutieusement et je pense que c'est pour ça qu'on arrive à un résultat aussi percutant qu'un breakdown ou un riff bien lourd. Voilà, c'est un peu comme ça qu'on trouve le bon équilibre. On rend les passages les plus lourds tellement lourds qu'ils en deviennent presque risibles. Et puis, même si ce n'est pas aussi lourd, on y met du cœur. Comme ça, l'impact est plus fort. Pour les passages plus doux, tout est fait avec un peu plus d'intention et d'émotion. Du coup, ça a autant d'impact que les passages les plus brutaux.

"Evermore" explore différentes ambiances et textures. On ressent la chanson plus qu’on ne l’écoute. Comment avez-vous abordé l'écriture d'une chanson qui reflète la détérioration mentale et une souffrance sans fin, avec autant d'ambiances différentes simultanément ?
Je pense qu'elle contenait tellement d'éléments reflétant cette dégénérescence de la santé mentale et de l'état mental qu’on s'est en quelque sorte mis à la place de quelqu'un coincé sur ce chemin sans fin. Alors on y a réfléchi et on s'est dit : « Si on avait la vie éternelle, on l'apprécierait sûrement un moment. Mais qu'est-ce qui se passerait vraiment si on était condamnés à tout revivre ? On verrait tous nos proches mourir. On verrait le monde sombrer dans la guerre. On verrait le monde se dégrader et on resterait là, piégés. » Imagine l'impact que ça aurait sur notre santé mentale. On a vraiment mis du cœur à l'ouvrage pour cette chanson parce que Ricky, par exemple, fait des rêves, des crises existentielles, il a des interrogations qui le taraudent. J'ai l'impression qu'il s'est vraiment mis à la place de quelqu'un qui serait coincé là-dedans et qu'il a vraiment retranscrit ses sentiments dans cette chanson.

Et "Vast Eternal" évoque l'idée d'être dans un vide total, un néant plutôt. Ce qui fait écho à cette notion de piège dont tu parles. Qu'est-ce qui vous a inspirés ?
C'est le rêve que Ricky fait le plus souvent depuis la mort de sa grand-mère. C'est ce qui l'a inspiré pour ces rêves où il est coincé dans un noir absolu, comme un vide éternel. Personne, aucun bruit, rien. Juste du noir. Et sa conscience, là. Alors il a décidé d'intégrer ses propres expériences oniriques dans cette chanson, d'où la vidéo de la fille qui dort, se réveille et traverse des pièces où elle est confrontée à différentes horreurs. Ce n'est pas tout à fait la même signification, mais j'ai l'impression que les créateurs du clip ont bien saisi l'idée. Ce sont des choses auxquelles on pense tous. Et même dans la chanson, Ricky dit que ces pensées le hantaient chaque nuit, ce qui est vrai. Ça vient donc en grande partie de ses propres expériences, de l'idée de ne pas revoir ses proches dans l'au-delà ou de ne plus être conscient, de ne plus jamais sortir, d'être pris au piège dans ce vide sans fin, un vide infini.


L'idée même d'un vide infini me terrifie, comme la plupart des gens, et le clip illustre si bien cette angoisse que c’en est effrayant. Alors imaginons que tout l'album soit un film ou un lieu : comment décrirais-tu cet endroit ?
Je dirais que ça se rapproche d'Insidious. Tu sais, cette obscurité constante. La seule différence, c'est qu'il y a des fantômes et des gens dans l'au-delà. Mais le plus important, c'est que quand on arrive là-bas, c'est tout simplement noir. Et c'est un peu l'idée : être pris au piège dans les ténèbres pour toujours, sans personne à qui parler, sans personne vers qui se tourner. C'est juste soi-même, ce qui est plus effrayant, je crois, que de savoir ce qui se cache derrière, parce qu'au moins il y a quelque chose.

Je reviens sur la chanson "Wither" : c’est le premier titre du groupe entièrement construit autour de voix claires. Qu'est-ce qui vous a poussés à explorer ce nouveau territoire sur cet album ?
Eh bien, une fois « The Burden ov Faith » terminé, nous voulions faire une chanson entièrement chantée en voix claire. Nous ne savions juste pas de quoi elle parlerait. Et puis quelques années plus tard, ou peut-être un an après, mes grands-parents sont tombés malades et je les ai tous perdus cette année-là. Alors, j'ai immédiatement commencé à écrire. J'ai parlé de l'idée de la chanson à Ricky et je lui ai demandé si je pouvais chanter un peu, si on pouvait la diviser en deux, car j'avais des choses à dire. Il a accepté, il a trouvé que c'était une bonne idée. Voilà comment est née la chanson. Mais à l'origine, elle parlait juste de mes grands-parents, et puis la grand-mère de Ricky est décédée et le père de Josh est décédé. C'était un sujet qui touchait profondément tout le groupe. On s'est dit que ce serait une belle façon de rendre hommage à notre famille. On ne pensait même pas que ça sortirait en single. On pensait que ça serait une face B mais Century et notre management l'ont beaucoup aimée et ils ont décidé d'en faire un single.

En parlant de voix, il y a plusieurs chanteurs invités sur l'album. Comment ces collaborations se sont-elles faites et qu'ont-elles apporté à l'ambiance générale de l'album selon toi ?
Tous les invités ont apporté une telle agressivité à ces chansons... C'est assez drôle.

La collaboration avec Alan de DISTANT est effectivement d’une brutalité absolue !
Oui (rire) !  Alan a vraiment assuré sur ce morceau. Je suis super content qu'on ait Alan avec nous. C'est un chanteur incroyable, tout comme Johnny et Josh. Ce sont des amis de longue date. Du coup, on a un peu impliqué nos potes sur l'album. En fait, on avait enregistré les morceaux comme si Ricky devait faire tout l'album tout seul. Et quand l'idée d'avoir des invités vocaux est apparue, on s'est dit : « Ah, d'accord. » On a réfléchi aux chansons qui colleraient le mieux. Alors on a appelé Alan, Josh et Johnny pour leur demander s'ils étaient partants et ils ont accepté, c'est super ! Pour être tout à fait honnête, c'est arrivé un peu par hasard, mais finalement, c'était une bonne chose parce que je pense que tout le monde a vraiment assuré sur chaque morceau.

Et est-ce que vous avez dû adapter les chansons après avoir choisi les chanteurs qui allaient collaborer ? Avez-vous dû faire des modifications pour les adapter à leur style ?
Non, pas vraiment. Franchement, on n'a pas touché aux chansons après. Enfin, je pense qu'on a pris quelques libertés avec le rythme des paroles et les styles vocaux, mais honnêtement, c'était un changement tellement minime que ça n'a pas vraiment… Si ça a changé la chanson, c'est en mieux, tu vois ce que je veux dire ?

Carrément. Et comment ces nouveaux titres ont-ils été perçus en live suite à la tournée de novembre ? 
Franchement, c'était génial. J'ai l'impression que le public a beaucoup plus accroché aux nouveaux titres qu'à certains titres de l'album « Burden ov Faith », ce qui est super. D'habitude, c'est l'inverse. Les gens veulent entendre les anciennes chansons plutôt que les nouvelles, mais je pense que comme ces nouveaux titres sont un peu mieux composés et un peu mieux écrits vocalement, musicalement, etc., les gens sont vraiment impatients de les entendre, surtout en live. Et quand on joue des morceaux comme "Wither" qu'on va jouer pendant notre tournée avec ORBIT CULTURE, ça ajoute une tout autre dimension au concert. Je suis vraiment impatient.


Je peux l'imaginer. Et en parlant de la tournée massive ce mois-ci, comment vous préparez-vous ?
On se prépare assez longtemps à l'avance pour les tournées. Mais pour celle-ci, on peaufine vraiment notre performance scénique : notre jeu, notre chant, nos cris, tout. Du coup, quand on monte sur scène, on donne tout, chaque soir. On apprend différentes façons de préserver notre voix, de nous reposer et de prendre soin de nous pendant la tournée pour donner le meilleur spectacle possible. En plus, celle-ci va être énorme. Je suis vraiment très enthousiaste. J'étais déjà fan d'ORBIT CULTURE avant cette tournée alors je suis vraiment ravi qu'ils aient accepté de nous inviter. Ce sera une opportunité incroyable pour nous. Un grand merci à eux pour ça !

Alors, quand est-ce qu'on peut espérer vous voir en France ?
Bientôt j’espère !

Est-ce un bientôt comme ceux de Netflix ?
Encore plus tôt (rires) ! On vise cette année. Je sais que je dis ça chaque année, mais on vise vraiment cette année pour venir là-bas. Mais il faut que ça ait du sens. On ne veut pas partir en tournée n'importe comment, on veut offrir un bon spectacle à tout le monde. Il faut juste que ce soit la bonne occasion. On discute de certaines choses cette année, peut-être à l'automne. Je ne peux rien dire de concret pour l'instant, rien n'est encore décidé. Mais l'idée est là et j'ai tellement envie de venir en Europe. J'aimerais bien visiter la France un jour. Le seul endroit que j'ai visité en Europe, c'est l'Italie. J'avais seize ans et c'était super. J’aimerais bien y retourner maintenant que je suis adulte. J'ai envie de voir la France, Londres, faire le tour de l’Europe et tout découvrir, imagine un peu !

Ce serait génial ! Je m’interroge donc, quelle serait ta tournée idéale, ta tournée de rêve?
Si je pouvais avoir n'importe quel line-up, franchement, ce serait : PANTERA, TRIVIUM, KILLSWITCH ENGAGE, OV SULFUR !
Je pense que ce serait ma tournée parfaite. Si on faisait la première partie de ces trois groupes, je serais aux anges ! Voilà mon top 3 de tous les temps.

Attention question piège : quand tu dis KILLSWITCH ENGAGE, tu choisis quel chanteur ?
Je vais commencer par dire ceci : ils sont tous les deux excellents. Mais je suis fan d'Howard et je le serai toujours. Bon, je sais que Jesse est fantastique et les nouveaux titres de KILLSWTICH sont géniaux, mais… je ne sais pas, la voix d'Howard est juste incroyable. Et pour moi, personnellement, c'est lié à une forme de nostalgie. Et puis, on a même eu Howard sur le dernier album. J'étais tellement excité que j'ai failli faire une crise d'angoisse. C'est l'un de mes chanteurs préférés de tous les temps. C'était dingue. Une fois l'album terminé, on a reçu un texto de lui et je me suis dit : « Oh mon Dieu ! Oh mon Dieu ! Howard Jones m'envoie un texto ! C'est quoi ce délire ? » J'avais l'impression d'avoir quinze ou seize ans à nouveau. Mais bon, non, je choisis Howard. Franchement, pour être tout à fait honnête, c'est ma période préférée de KILLSWTICH. Je sais que Jesse fait aussi un travail incroyable et sa voix est géniale. Soyons honnêtes : je les aime tous les deux.

Je comprends, « The End Of Heartache » est un pilier de cette génération. Alors, tu es fan de ce genre, de l’ancien metalcore ?
Oui j’ai grandi pendant cette période, toute cette époque. Je devais avoir quatorze ou quinze ans à ce moment-là. C'était mon époque. J'étais passionné par les groupes comme TRIVIUM, KILLSWTICH ENGAGE et LAMB OF GOD. Tu vois, du metalcore typique du début des années 2000. J'apprenais ces morceaux par cœur. Je connais tellement de chansons de KILLSWTICH ENGAGE à la guitare... Comme tu l'as dit, «The End of Heartache » m'a beaucoup influencé quand je l'ai entendu pour la première fois. Et « As Daylight Dies » aussi, après. Franchement, c'est «The End of Heartache » qui m'a vraiment fait découvrir KILLSWTICH. Du coup, j'essaie de me souvenir des autres groupes que j'écoutais à l'époque. J'essaie de me rappeler que LAMB OF GOD, TRIVIUM et KILLSWTICH étaient vraiment les groupes phares de cette époque. J'aime bien SHADOWS FALL aussi, enfin, il y a quelques titres que j'aime bien. Je sais que ça fait un peu vieux jeu, mais oui, c'est un grand groupe.

Après la sortie d'un album aussi dense et introspectif, qu'est-ce qu’il vous reste à dire par la suite ? De quoi vos futures œuvres seront-elles faites ?
Je pense qu’on va continuer à livrer un travail plein d'âme pour aller de l'avant, et qu'en conclusion, il y a beaucoup de choses qui restent non dites. Pour le moment, je ne sais pas car on est juste un groupe qui parle de ce qu'il ressent sur l’instant. Et tu sais, pour cet album, on a décidé de mettre beaucoup plus d'émotion qu’avant. On sera toujours un groupe anti-religieux et ce thème sera toujours présent. On a toujours été un groupe contre les religions organisées. C'est encore un thème récurrent, mais on l'intègre beaucoup plus dans nos chansons. On l'a intégré subtilement, ce n'est pas aussi direct que dans « Burden ov Faith». On voulait juste aborder d'autres sujets. Et puis, qui sait, le prochain album sera peut-être un album concept sur un tout autre thème. On pourrait avoir une idée d'histoire à raconter. On pourrait avoir d'autres choses à dire sur la famille. Ou ça pourrait parler de n'importe quoi. Ça dépendrait des émotions qu'on ressentirait à ce moment-là. Il y a tellement de choses à dire, on a encore beaucoup à dire. Alors, restez à l'écoute !

Blogger : Sonia Salem
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Sonia Salem
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