Il arrive parfois qu’un groupe encensé par la critique ne vous fasse pas vibrer, sans pour autant que son écoute vous soit ennuyeuse. Cette situation est souvent l’indice que cette écoute ne vous a pas laissé indifférent, mais qu’il faut laisser le temps faire son œuvre. Avec KARNIVOOL, cette révélation n’aurait pu simplement voir le jour car 13 ans se sont écoulés depuis « Asymmetry ». Un laps de temps pendant lequel bon nombre de groupes ont fini dans les oubliettes de l’histoire du rock et metal. Ici, il n’en est rien et ce n’est pas non plus la pandémie de COVID qui aura mis fin à la carrière du groupe. Elle aura toutefois imposé aux fans un délai supplémentaire de six ans pour que ce quatrième album puise enfin paraître.
C’est donc un KARNIVOOL très en verve qui concrétise un retour discographique remarquable, préparé par deux tournées marquantes : tout d’abord le bien nommé "Regeneration Tour" en 2023, qui s’est déroulé à guichet fermé, suivi en 2024 du "Tri Continental Drift Tour" avec notamment un passage par le Download UK et le Hellfest. Le groupe n’était, à l’époque, pas venu les mains vides, puisque ses concerts présentaient le très prometteur "All It Takes" qui ouvrait les hostilités sur un riff heavy et inquiétant.
Puis viennent quatre singles, à partir de juin 2025, qui l’un après l’autre vont accroître l’impatience du retour. Tout commence avec "Drone", dans la lignée de "All It Takes", indique la nouvelle ligne musicale choisie par les Australiens. Avec son mid-tempo ultra-addictif et un refrain monstrueux, "Drone" s’impose d’entrée comme un des moments forts de l’album, mais aussi comme un des classiques incontournables de KARNIVOOL.
C’est en septembre dernier, avec la sortie de "Aozora", que l’album est annoncé officiellement. Bien que rythmé et puissant, ce titre comporte un passage plus calme où l’attention de l’auditeur est captée par la ligne de chant. Produit par l’incontournable Forrester Savell, si « In Verses » émerge dans la grisaille d’un espace désertique, le chant mélancolique de Ian Kenny est irrésistible et nous entraîne, au son de la musique, dans des espaces sonores d’une infinie plénitude. Ce voyage se poursuit en décembre avec la parution de la magnifique ballade "Opal", avec laquelle le chanteur nous emmène dans un voyage introspectif. L’expérience de la traversée du désert dans laquelle il est question de frustration, de guérison et de redécouverte de soi après une longue période d'attente, est un sentiment dans lequel tout fan de la première heure ne pourra que se retrouver. Peu avant la sortie de l’album, "Animation" vient clôturer un teasing qui se fait de plus en plus insupportable. Ce superbe titre nous renvoie dans les années 90, aux plus belles heures du grunge.
Nous voilà donc à l’instant de vérité finale. Celui de la sortie officielle de « In Verses » qui dévoile les cinq autres chansons, finalisant une renaissance et se doivent de confirmer le sentiment nourri par les extraits des derniers mois. C’est avec le bien nommé "Ghost", qui résume à lui seul cette période ayant hanté l’esprit des fans, que s'alimente l’espoir d’une renaissance. Introduit par un son lointain et énigmatique, c’est sur un riff lourd et puissant qu’il ouvre l’album. Après une plage durant laquelle nous évoluons en terrain connu et conquis, "Conversations" nous plonge dans une profonde mélancolie. Malgré la tristesse de ce titre, il est majestueux.
Cette tristesse se prolonge de manière opprimante avec “Réanimation”, qui aborde la solitude dans la foule. Elle est aussi très bien retranscrite dans le solo de guitare de Guthrie Govan. Précédé de la version remasterisée de "All It Takes" afin qu’elle puisse se fondre dans l’ensemble, "Remote Self-Control" est peut-être le morceau le plus faible de l’album avec sa structure expérimentale et quelque peu déstructurée. Toutefois, sa place dans l’album évite d’en casser la dynamique. Reboosté par "Opal", l’album se termine en douceur sur le très joli "Salva" et l’irrésistible intonation dans le refrain sur « But I've gotta go ». Cela fait une heure que KARNIVOOL et son public se sont retrouvés et il est temps de se quitter pour mieux se retrouver en live. Une fin qui se termine sur un air de cornemuse qui n’est pas sans faire écho à un titre d’un célèbre groupe australien. Si le chemin vers la gloire peut être long, KARNIVOOL démontre que celui de l’attente, lorsque l’on est reconnu, peut l’être tout autant.
S’il est vrai que la valeur de KARNIVOOL n’a pas attendu le nombre des années, le vide discographique qui vient d'être comblé ne fait que la rendre encore plus précieuse.