Imaginez le monde à l’époque où les êtres humains ne l’avaient pas encore modifié. Une époque lointaine où la vie s‘efforçait d’apparaître, de grandir et de subsister pour survivre dans un milieu hostile. Alors que les cris déchirants de la vie résonnent, les instruments décrivent la lutte acharnée de celle-ci. L’album « Nåværende Lys » raconte cette histoire, parachevant les deux albums précédents, pour compléter la fresque brûlante d’INGRINA.
Originaire de Corrèze, le quintet composé de Florian Compain (guitare, voix), Adrien Delpeuch (basse, voix), Raphaël Durand (batterie, voix), Nicolas Guerrier (guitare, voix) et Antonin Le Coz (guitare, voix) est d’une composition plutôt atypique : tous les membres chantent et le duo basse-batterie doit composer avec trois guitares. Il n’en fallait pas moins pour livrer une musique entre les confins du post-hardcore dont on retrouve les voix éraillées et ceux du post-metal atmosphérique, entre la colère de YEAR OF NO LIGHT et la délicatesse de RUSSIAN CIRCLES.
Si INGRINA s’est fait attendre depuis la sortie du deuxième album de la trilogie, c’est parce qu’il fallait du temps pour atteindre l’objectif que le groupe s’est fixé : dépeindre l’émergence de la vie et son combat contre des forces qui la dépassent. La colère, la rage et la furieuse envie de vivre sont donc au cœur des six titres de l’album. Alors que le post-metal peut très vite sembler abstrait et facilement aléatoire, celui d’INGRINA devient un véritable support de méditation pour qui veut se détacher du monde contemporain et de ses futilités pour plonger dans une époque résolument lointaine et y puiser une rage qui se mue en force tranquille.
"Time" nous plonge directement dans une ambiance particulière : entre l’apocalypse de la batterie et les cris des guitares, la basse semble décrire le mouvement du sol auquel se joignent les voix qui jaillissent de l’ensemble. La colère gronde, mais l’apaisement est également présent dans les notes réverbérées de "Loosen" et "Grips", d’une douceur telle qu’elle fait oublier le déferlement de "Out". Les nappes sonores prennent le relais et jouent la carte de l’immersion avant que la batterie ne relance le tempo. Et, alors qu’on craint de plonger dans la redondance, INGRINA change de recette pour intégrer des éléments électroniques dans "Laws" : de quoi apporter un vent de nouveauté au magma sonore du groupe. L’histoire s’achève par "And All The Deadly Frontiers" qui sonne comme un dernier élan dont la force permet d’atteindre l’apaisement.
La base du récit des trois albums est bien géologique, mais on peut également lui trouver un sens plus allégorique : celui d’une civilisation qui brise les barrières et qui se dresse contre les oppresseurs pour déverser son rêve d’un monde plus juste. « Nåværende Lys » ne se dévoile pas complètement et se laisse interpréter différemment selon la situation, comme un chef-d’œuvre intemporel.