
Que de chemin accompli en quelques années par VISIONS OF ATLANTIS !
Depuis l’arrivée en 2013 de la chanteuse française Clémentine Delauney (ex-WHYZDOM, ex-SERENITY), le groupe autrichien a mis les bouchées doubles, et commencé à vraiment recueillir les fruits de son travail en investissant à partir de 2022 dans la mythologie flibustière. Ont suivi deux albums très populaires, « Pirates » (2022) et « Pirates II – Armada » (2024), qui ont réellement permis à la formation de franchir un cap.
L’Elysée Montmartre de ce jeudi 12 en est la preuve : il y a quatre ans, VISIONS OF ATLANTIS se produisait au Backstage By The Mill et deux ans plus tard, à Petit Bain, des salles nettement plus modestes. Le fait de proposer une double tête d’affiche, avec WARKINGS a aussi sans doute aidé à bien remplir le site parisien, qui bénéficie déjà d’une belle affluence lorsque le groupe d’ouverture, INDUCTION, débarque, à 18h25.
Ça ne démarre pourtant pas bien pour les Tchèques, basés aujourd'hui à Hambourg (à l’exception du chanteur, Gabriele Gozzi, italien, vu dans ETERNAL IDOL ou TEMPERANCE) : alors que les musiciens se lancent à fond sur une bande d’introduction, cette dernière cafouille, et tout s’arrête au bout de quelques secondes ! « Les gars, je crois que nous avons un problème. Mais essayons encore », relativise un des lascars, avant que tout ne reparte, pour de bon cette fois, avec un sauvage "Beyond Horizons".

Vu le temps imparti, INDUCTION privilégie à fond son dernier album, « Love Kills! », d’où sont extraits 6 des 7 morceaux joués ce soir. Y compris « notre titre le plus épique, mais qui ne figure pas sur l’édition digitale du disque, il faudra que vous l’achetiez en version physique », prévient Gozzi, avant le fort pesant "Gods Of Steel".
Vous l’aurez compris, INDUCTION donne dans le heavy/power metal moderne, renforcé de claviers (sur bandes), efficace et rondement mené, mais qui peinera à convaincre en dehors des amateurs du genre. Il n’empêche, ils peuvent quitter les planches au bout de 45 minutes, avec la satisfaction du devoir accompli, et sous les applaudissements du public.

Côté assistance, l’ambiance monte quand même d’un sérieux cran avec l’arrivée de WARKINGS. Rappelons le concept : quatre types qui jouent du true-metal à la MANOWAR/HAMMERFALL, chacun grimé en guerrier d’époque. Le chanteur (c’est celui de SERENITY, Georg Neuhauser), est accoutré comme un tribun romain. Le guitariste porte une tunique de Croisé. Le bassiste déboule en Viking, tandis que le batteur s’accoutre en Spartiate (casque y compris !). Le quatuor reçoit en outre la visite régulière d’une chanteuse, Morgana Le Fay, qui a effectivement de quoi ensorceller les premiers rangs avec ses robes très... découpées.
Malgré ses oripeaux, WARKINGS se révèle redoutablement pertinent dans son style, où paroles guerrières vont de pair avec riffs d’acier et refrains en béton, à reprendre à pleins poumons le plus virilement possible. Etrangement, c’est cependant Morgana Le Fay qui assure les quelques passages vocaux black, le Tribun offrant pour sa part une voix très mélodique qui ressemble, par moments, à celle de Klaus Meine (SCORPIONS).

WARKINGS possède déjà ses gimmicks de scène, que les spectateurs connaissent ou s’approprient rapidement. Telle cette question maintes fois répétée au cours de la soirée, « quelle est votre profession ? » Ce à quoi il faut répondre, non « ingénieur système » ou « petit rat d’opéra », mais un puissant « ha hou »... répété trois fois svp.
Autre incontournable du groupe germanique, la reprise de l’atroce tube des années 80 "Live Is Life", des Autrichiens OPUS, qui ne dure heureusement pas trop longtemps, et amuse bien le public. Un public bien chauffé par le Tribun, à coups de « Vive la France ! », et d’anecdotes montrant notamment sa bonne connaissance des BD d’Astérix...
Et la musique dans tout ça ? Impeccablement, voire martialement, exécutée, c’est le moins qu’on puisse en attendre, pour peu qu’on accepte de s’immerger dans cette heroic fantasy musicale qui doit tout aux MANOWAR et HAMMERFALL cités plus haut. Mais de "Gengis Khan" à "Gladiator", en passant par "Maximum", "Armageddon" , "Fight" ou "Kings Of Ragnarök", WARKINGS déroule impeccablement son show durant 1h10. Au final, les guerriers sont venus, ont vaincu et peuvent repartir avec leur butin, une Elysée Montmartre conquise, après un dernier « Vive la France ! » et quelques « ha hou » en prime...

Sur cette tournée double tête d’affiche, WARKINGS alterne la pole position avec VISIONS OF ATLANTIS. A Paris, c’est donc l’équipage mené par Clémentine Delauney qui a l’honneur de conclure la fête, lors d’un spectacle d’une heure et quart.
Sur la scène, deux canons ont été disposés sur les côtés, et les micros sont décorés avec un crâne humain, tandis qu’un décor XVIIIe siècle trône derrière la batterie. C’est bon signe, ça veut dire que les deux disques « Pirates » vont encore figurer au butin des musiciens (autrichiens, français et italien) ce soir.
Et ça ne rate pas, les flibustiers partant à l’abordage avec le tonitruant "For Those Who Choose To Fight". Les voix de Clémentaine Delauney – en longue robe rouge fendue - et de Michele Guaitoli - accoutré en forban - se complètent à merveille, avant un "The Land Of The Free", bien sautillant.
« Ça, c’est la France ! », s’exclame la Lyonnaise, avant de poursuivre avec "Mercy", un "Clocks" qui va provoquer NIGHTWISH sur son terrain, et l’orientalisant "Tonight I’m Alive".

La plupart des WARKINGS, le Tribun et Morgana Le Fay montent soudain à bord de l’esquif, pour la bonne cause, celle du single commun "Pirates & Kings", ma foi fort guilleret, et doté d’un joli solo à deux guitares, événement rare ce soir.
"Hellfire" fait un carton, avant que Clémentine Delauney ne prenne le micro pour dédier le titre suivant, "Underwater", à son père, présent dans la salle. "Pirates Will Return" offre l’occasion de voir un événement de plus en plus courant dans les concerts de metal : le groupe fait asseoir le public par terre, les spectateurs se mettant alors à souquer ferme, « hardi moussaillons ! » a-t-on envie de leur dire, avant que tout le monde ne se relève d’un seul coup. Une prestation dignement conclue par Clémentine Delauney alors que quelques-uns pestent contre la fin prochaine du show : « Jamais contents ! Par contre, vous ramez très bien. On a l’habitude des galères, en France... »
La bataille navale se conclut avec le magnifique "Melancholy Angel", avant lequel Michele Guaitoli réclame que le public fasse plus de bruit que lors de la canonnade donnée en 2024 à Petit Bain. Un souhait facilement exaucé, devant des pirates/musiciens contents d’avoir passé au fil de l’épée toute opposition. 22h32, il est temps, soit de rentrer au port, soit de mettre les voiles vers la prochaine destination...
Photos © Benjamin Delacoux - Portfolio
