Neuf années séparent « The Dusk In Us » de « Love Is Not Enough ». Et le moins que l’on puisse dire c’est que les maîtres du metal/hardcore/punk (rayer la mention inutile si besoin) font toujours partie des meubles et démontrent avec doigté leur aptitudes à retourner les esgourdes. L’urgence y est toujours érigée en ligne de conduite, doublée d’une intensité qui n’a jamais fait défaut à CONVERGE. Pourrait-il en être autrement en plus de 30 années d’activisme musical où le groupe a montré dès ses tout débuts discographiques, regroupés dans la compilation « Caring and Killing », ce sens inné de la brutalité et de la folie rythmique ?
Le quartet a toujours eu à cœur de proposer une expérience musicale unique et intense, sombre et personnelle, plongeant toujours plus loin l’auditeur dans son univers apocalyptique. Et même si la parenthèse « Bloodmoon: I », parue en 2021, qui unit son destin à celui de la chanteuse Chelsea Wolfe exprimait une volonté de se frotter à quelque chose de différent sur le fond et la forme, son ADN y demeurait bien présent en filigrane.
Sur ce nouvel album, CONVERGE revient à ses amours chaotiques initiaux et frappe fort, très fort, inutile de faire durer le suspense plus longtemps. Enregistré et mixé par Kurt Ballou comme à son habitude dans son antre du God City à Salem, Massachusetts, « Love Is Not Enough » bénéficie évidemment d’un mur du son énorme, qui fissure et détruit avec grâce tout espoir d’en sortir indemne. Et il ne faut pas moins de quelques secondes pour comprendre à quelle sauce l’on va être dévoré ici. Le morceau éponyme écrase, concasse en 2 minutes 22 chrono. Voilà ce que l’on appelle une claque, administrée en bonne et due forme. Une claque introductive qui annonce l’arrivée de paysages sonores destructeurs (la bonne grosse mandale brise-ratiches "Distract and Divide") ou des dissonances à filer la chair de poule ("To Feel Something"). Où l’on tutoie presque la rudesse du grindcore à certains moments : riffs sanglants et breaks brontosaures, ambiance perforation d’étrier garantie.
Derrière ces habiles montées en puissance, la tension reste toujours tapie dans l’ombre, palpable. En témoigne cette noirceur incisive qui plane sur "Beyond Repair", "Gilded Cage" et le grand final qu’est "We Were Never The Same". De véritable régals d'obscurité qui ont le mérite d’aérer l’album en délivrant une approche moins frontale. Sans oublier de mettre en avant ce superbe "Make Me Forget You", titre qui dévoile en toile de fond une certaine mélancolie, une sensibilité à fleur de peau qui fait mouche.
Le groupe excelle donc dans l’exécution d’une recette dont seul lui a le secret pendant une petite trentaine de minutes qui remettent à l’honneur l’extrémisme musical sous toutes ses formes. Une recette savamment orchestrée par la batterie de Ben Koller, toujours aussi inventive dans la violence et la basse de Nate Newton qui vrombit et rugit comme une lionne ("Bad Faith"). Quant aux vocalises passées au papier émeri de Jacob Bannon, celles-ci illustrent à merveille le terme "viscéral". A noter que ce dernier est également à la manœuvre sur le design de l’album, torturé et magnifique à la fois. Kurt Ballou quant à lui, au-delà d’être un producteur talentueux et reconnu, envoie des parties de guitare qui résonnent comme un appel à monter sur le front du champ de guerre.
CONVERGE est unique, CONVERGE est immortel !