
En congé de ses RIVAL SONS, le chanteur Jay Buchanan en profite depuis quelques mois pour réactiver sa carrière solo. Un album, « Weapons Of Beauty », est sorti début février, et l’Américain donne ce mercredi soir un concert intimiste aux Etoiles à Paris. Un rendez-vous qui n’est pas une première, puisque Buchanan s’est produit dans la capitale en juillet dernier, mais dans le cadre d’un show sur invitations organisé par nos confrères Rolling Stone. Une prestation à l’époque déjà bien habitée, mais offerte en compagnie d’un groupe, même si très acoustique.
Ce mercredi soir, Buchanan débarque, selon ses propres mots, "nu… enfin presque", comprendre qu’il est seul, mais bel et bien habillé, et de façon plutôt bohème et colorée, un grand chapeau sur la tête.
En guise d’accompagnement, deux guitares acoustiques et une lap-steel.
Le spectacle évite donc la redite par rapport à juillet dernier, et séduit des spectateurs dans leur grande majorité enthousiastes (même si quelques départs sont à déplorer avant la fin), grâce à une formule pourtant plutôt clivante : que des compos solo (juste une reprise de RIVAL SONS), et de longs, voire très longs passages parlés, où l’homme se confie comme jamais, mais ennuie aussi ceux qui ne maitrisent que moyennement l’anglais, ou auraient préféré un véritable spectacle musical.
"Je suis venu ici pour prendre mon temps, je vais beaucoup bavarder", prévient d’ailleurs d’emblée Buchanan, et il se tiendra à sa démarche, avec seulement une douzaine de titres chantés en 2 heures, dont une bonne moitié, voire plus, consacrée à la conversation. Comme lors de cette interminable histoire consacrée à l’achat de sa nouvelle maison, en Californie. Alors qu’il n’avait pas les moyens de concurrencer les offres d’autres clients intéressés par la même bâtisse, lui a emporté le morceau avec une proposition moins disante, mais appuyée d’une lettre de motivation qui a convaincu les vendeurs. Ces derniers se sont, selon Jay, révélés sensibles à son statut d’artiste, mais aussi au fait qu’il révérait John Jacob Niles (un musicien folk légendaire), celui-ci n’étant autre que le grand oncle des vendeurs !
Dans un registre moins personnel, Buchanan se permet également quelques digressions d’actualité, comme lorsqu’il démarre "nous avons un problème en ce moment aux Etats-Unis", avant d’éclater de rire devant la réaction de la salle, et de persévérer, "nous avons des problèmes".

La quasi-intégralité de « Weapons Of Beauty » prend vie sur les planches, illuminée de la voix magique de l’Américain, jamais pris en faute. C’est souvent très calme, évoquant des bardes tels Leonard Cohen, Jeff Buckley ou Neil Young. Mais quelques titres s’envolent davantage, comme « True Black » ou l’entrainant « Tumbleweeds ».
Le moment le plus magique de la soirée intervient en fin de show, lorsque Buchanan dégaine sa seule reprise, celle de l’immense « Shooting Stars » de RIVAL SONS. Le seul moment de la soirée où sa voix doit s’effacer devant la clameur du public, qui chante toute la chanson avec lui, livre des chœurs sans doute audibles à plusieurs kilomètres, et poursuit la chanson alors que lui, s’est arrêté.
Bien qu’il annonce lui-même que le concert est soumis à un couvre-feu et qu’il va s’efforcer dès lors d’être moins bavard, Jay échoue. Il finit avec 4 minutes de retard et un « Feel Better » de toute beauté, nous ayant promis qu’il reviendrait vite à Paris, mais cette fois avec un groupe.
