
Avec maintenant 25 ans de carrrière, la bande de potes originaire du Kentucky fait figure de vétéran. Pour autant la passion ne l'a jamais quittée et c’est bien là le point de départ de ce nouvel EP "original" : « Celebrate ». Célébrer chaque instant, chaque moment de bonheur - si minime soit-il - car c’est le sens de la vie. Qui de mieux que son leader Chris Robertson pour nous en parler, lui qui durant des années a dû se battre contre la dépression. C’est maintenant un homme épanoui et heureux d’être là où il en est. Say goodbye to self-hate...
A travers les années vous avez su conserver ce qui fait l’ADN du groupe, cette vibe du Kentucky. De plus en plus avec l’avènement du streaming et l’accès à un catalogue illimité, j’ai l’impression que ce genre de signature tend à disparaître et que l’on ne sait plus vraiment d’où les groupes sont originaires, qu’il y a un vrai manque de personnalité dans leur son. Qu’en penses-tu ?
Chris Robertson : Pour moi la musique est un art et un moyen d’expression. C’est la liberté avant tout. De mon point de vue, le côté négatif d’internet est qu’il n’y a plus aucun mystère, aucun secret. Quand LED ZEPPELIN est arrivé, il ne donnait pas beaucoup d’interviews. Il y avait tout un tas de mystères autour du groupe. C’était pareil pour BLACK SABBATH ou VAN HALEN. Tout le monde voulait en savoir plus sur ces groupes. Maintenant il te suffit d’effectuer une recherche sur Google et tu as toutes les informations que tu veux sur n’importe qui. Au final, je pense vraiment que le plus important est de créer quelque chose dans lequel tu crois vraiment et le pousser au maximum.
Cela dit je suis complètement d’accord avec toi sur le fait qu’à notre époque, en quelques secondes tu savais si le groupe venait de Californie, du Texas ou du Midwest. Et encore je ne parle que des Etats-Unis (rire). STONE TEMPLE PILOTS sonne comme un groupe de Californie alors qu’ALICE IN CHAINS au contraire sonne comme un groupe de Seattle, c’est un fait. De nos jours, je ne suis pas certain que la localisation ait une réelle importance sur ton son ou ta façon d’écrire la musique. Et encore, prenons un autre exemple : Les ROLLING STONES. Ils voulaient être un groupe de blues et finalement le mélange de tout cela a donné leur propre identité. C’est la beauté de la musique, parfois ces mélanges donnent quelque chose de complètement nouveau.

En tout cas, pour BLACK STONE CHERRY il n’y a jamais eu aucun doute et il n’y en aura jamais. Vous avez un son très personnel qui est bien loin de ce que peuvent être les sons cliniques du metal moderne et celui du tout numérique...
Il y a du bon dans les deux approches. Dans notre cas nous n’avons jamais cherché à faire ce qui est populaire, mais de faire ce qui nous semblait être en accord avec nous-mêmes. Cela passe par notre son et les chansons que nous écrivons. Pour ma part je nous situe entre le classic rock et le modern rock. Ce qui au final est autant une force qu’une malédiction. Nous ne sommes pas trop extrêmes ce qui nous rend accessible à de nombreux auditeurs et en même temps, il est compliqué pour les gens de nous ranger dans telle ou telle catégorie. Nous sommes un groupe de rock'n'Roll, après, concernant le sous genre je n’en sais rien (rire). Pour les groupes plus récents, s’ils souhaitent s’engouffrer dans ce qui est populaire et donc partir sur cette approche de la musique, plus calibrée en termes de sonorités pourquoi pas. Comme je le disais, la musique reste un art et chacun est libre de le pratiquer comme il l’entend.
Malgré ce manque de catégorie, en 25 ans vous avez réussi à placer de très nombreux singles dans les charts aux Etats-Unis. Le "Be Ourself" ne vous a pas si mal réussi finalement...
Le fait est que nous avons de nombreuses radios aux Etats-Unis et que même si parfois nous sommes trop heavy ou trop southern-rock pour certaines, les choses se passent bien. Nous avons la chance d’avoir eu des titres dans les charts mais viser le top 10 est très difficiles pour nous malgré tout.
C’est un peu ce que l’on constate ici aussi, en étant vous-mêmes, vous avez conquis un très gros marché au Royaume-Uni alors qu’il est moins important dans les autres pays Europe...
Je pense que nous n’arriverons jamais à l’expliquer et c’est bien dommage car j’aurais voulu appliquer la même recette partout (rire). Mais nous sommes extrêmement reconnaissant vis-à-vis de nos fans.

Parlons à présent de votre nouvel EP et son message des plus positif : profitez de chaque bon moment, et célébrer même les plus petits...
C’est effectivement le message derrière toutes ces chansons. Nous vivons dans un monde rempli de négativité. Et malheureusement ce côté négatif l’emporte le plus souvent sur le positif. Il est toujours plus facile de parler de ce qui est dramatique. Tu vois, maintenant que la musique est mon métier - ce qui inclu cette discussion entre nous - je pourrais tourner cela négativement alors qu’au contraire c’est vraiment cool et ultra positif. « Celebrate » est un instantané de vie. C’est mon état d’esprit a l’instant "T". Je n’aurais peut-être pas été capable d’écrire ces paroles il y a quelques années car mon humeur était différente.
Dans le clip de "Celebrate", on retrouve Aaron Paulsen, un jeune musicien qui s’est fait connaître sur les réseaux et qui comptabilise pas moins de 1,6 millions d’abonnés sur YouTube et sur TikTok. Sa vision de la musique est bien différente de la vôtre, il ne sort pas d’album, il n’a pas de maison de disques etc... Avez-vous discuter de cette évolution de l’industrie de la musique ?
Pas vraiment car la seule chose qui lui tient à cœur c’est d’être un artiste avant tout. Il travaille dure, il adore la musique. Il est venu a plusieurs de nos concerts, c’est un gars génial, très humble, il voit cette collaboration comme une reconnaissance.

L’EP est sorti - pour le moment - uniquement en digital. Est-ce lié à cette évolution que vous avez constaté avec l’avènement de musicien comme Aaron ? Le streaming étant moins rémunérateur que les formats physiques, la question mérite d’être posée...
Pour le moment il n'est effectivement qu'en digital mais nous espérons le sortir dans un format physique ultérieurement. Il s’agit ici de notre premier vrai EP original et ils nous semblaient que le sortir ainsi était la meilleure chose à faire. C’est vraiment un tout nouveau chemin pour nous et nous allons voir ou cela nous mène. Mais soyons réaliste, ce n’est pas pour l’argent. Maintenant ceux sont les concerts et le merchandising qui rapportent de l’argent, pas la vente de disques ou le streaming. De cette façon tu peux espérer avoir un titre qui passe à la radio. Mais nous sommes vraiment plus curieux de voir comment les choses vont évoluer et nous sommes vraiment excités par cette nouvelle sortie.
Tu parles d’un EP original, mais on y retrouve quand même une reprise - assez surprenante - même si la thématique abordée colle à l’idée générale du disque...
L’idée d’en faire une reprise doit bien avoir 15 ans. J’étais persuadé que l’on pouvait en faire une chanson heavy rock. Et nous avons finalement fait notre version de ce titre de SIMPLE MINDS avec le concours de Tyller Connolly de THEORY OF A DEADMAN. C’est une chanson que tout le monde connaît et tu dois faire bien attention à ne pas te louper. (rire)
C’est amusant car si l’on regarde votre parcours, vous nous avez proposé une quarantaine de reprises depuis vos débuts alors pourquoi avoir attendu si longtemps pour nous offrir cette version de "Don't You (Forget About Me)" ?
Le live est une chose. Reprendre un titre pour le fun comme ça, tu as le droit de te planter ce n’est pas grave car tu te seras quand même bien amusé. Nous avons aussi enregistré pas mal de chansons mais ce n’est pas la même chose. Comme je le disais tu dois faire bien attention à ce que tu fais malgré tout. Quant à savoir pourquoi avoir attendu si longtemps, j’imagine qu’enfin nous étions tous d’accords pour le faire (rire) et nous la trouvons très cool.
A contrario est ce que tu penses que ce serait un bon titre en live ?
Je le pense oui et l’avantage serait que chaque soir tout le monde connaîtrait au moins un titre (rire). Mais je ne sais pas si cela arrivera car il faut faire en fonction du temps qui nous est imparti, voire si cela colle à la set-list. Honnêtement je ne sais pas encore ce qui va se passer sur la prochaine tournée.
Pour finir tu as participé à un titre de l’album solo de Sophie Loyd et on t’a vu la rejoindre sur scène l’année dernière pour l’interpréter. Qu’as-tu ressenti au moment de te présenter devant le public sans ta guitare ? Chose qui n’arrive quasiment jamais avec BLACK STONE CHERRY.
C’est vraiment un sentiment très étrange, tu me vois tenant le micro à une main car je ne sais pas quoi faire en réalité vue que j’ai toujours ma guitare avec moi. La seule fois ou cela arrive c’est lorsque que nous faisons "Peace Is Free", mais ce n’est pas du tout la même vibe. Là il fallait envoyer une grosse énergie rock. Je me suis senti comme un poisson hors de l’eau mais en revoyant les images ce n’était pas aussi catastrophique que ce je pensais (rire). Sophie est une super personne et ce titre est l’un des premiers que j’ai enregistré après le décès de mon père. Elle m’a envoyé la musique en me demandant si je voulais en écrire les paroles. C’est ce dont parle ce titre, de ma douleur et celle de mes frères et sœurs.
Rendez-vous avec BLACK STONE CHERRY à Paris le 23 septembre à l'Alhambra.

