Notre actualité donne majoritairement envie de crier et de nous entourer de personnes ayant la même envie. Le premier album du groupe tourangeau KO-MA y répond parfaitement. Arrivé dans nos oreilles le 6 mars, « Anthropolis » aborde des thèmes qui donnent une rage que seul le hardcore peut apaiser.
Peuvent s’y reconnaître les personnes ayant passé une partie de leur vie dans une grande ville. Il y a quelque chose de Gotham City dans l’univers décrit par KO-MA : l’album se veut une fresque représentant plusieurs personnages dont le quotidien est étroitement lié à ceux d’autres personnes peu recommandables. Un tyran cupide, une escort qui n’a peur de rien, un enquêteur dépressif et leurs proches. Tout ce beau monde baigne dans la dépression urbaine la plus complète, le quotidien restant difficile à fuir pour qui n’en a pas les moyens.
Une heure : c’est le temps qu’approche l’album dont les cris de post-hardcore, le chaos punk et la saturation quasi-ambiante noise se déclinent en onze titres. Ça semble peu pour apprendre à connaître les personnages et leur histoire et c’est le seul point faible de l’album : l’univers décrit est dense, riche et pousse à la réflexion, mais nécessite un certain temps pour être appréhendé dans sa globalité. On ne réalise pleinement l’envergure des dystopies que quand on a le temps et l’occasion de les comparer à d’autres mondes et d’autres systèmes de valeur.
Le ton est donné dès "I.Light" et sa rage : le monde est divisé entre celleux dont le pouvoir est sans limite et les autres. C’est ensuite le détestable Tony, le tyran cupide, qui s’adresse à nous dans "T.Faked" et décrit sa vie remplie de débauche et de délits. Les portraits se succèdent : le père ouvrier qui a passé sa vie à travailler sans voir le bout de ses souffrances, sa fille la jeune escort qui tâche d’être de plus en plus indépendante, l’inspecteur qui tente de faire tomber Tony, etc. L’histoire se développe au fur et à mesure, les personnages prenant davantage de profondeur au fil des écoutes de l’album.
Si vous êtes en quête d’une œuvre dans laquelle on peut replonger régulièrement et lui découvrir de nouveaux éléments et de nouvelles significations, « Anthropolis » est fait pour vous. La dystopie décrit des personnages attachants, qui nous rappellent forcément quelqu’un, avec justesse et force. On n’a pas tou.te.s un peu d’Evan ou de Kate en nous, mais on partage leur envie de meilleures conditions de vie et d’un monde plus juste.