Le premier contact visuel avec ce cinquième album du désormais quartet de Baltimore BLACK LUNG n’est pas forcément des plus accrocheurs, mais il faut parfois savoir dépasser les apparences. Cette image de la NASA d’un astronaute qui semble à bout de souffle est d’une pâleur dont se dégage une fadeur qui donnerait l’envie de passer à l’album suivant. Mais prenons le temps d’essayer de la comprendre. Bien évidemment, il ne s’agit pas d’un astronaute essoufflé d’avoir trop fumé dont les poumons seraient noirs comme du goudron, si l’on fait référence au nom du groupe. Non, cet essoufflement est certainement le résultat d’une séance d'entraînement à un vol spatial dont le nom de code pourrait être "Par-delà l’infini". C’est en fait exactement cela que nous proposent Dave Fullerton (guitare), Elias Mays Schutzman (batterie) et Dave Cavalier (chant, guitare). L'album ayant été enregistré et mixé à domicile par Steve Wright aux Wrightway Studios, ils ont fait appel à Charles Braese (basse) pour compléter le line-up. Le mastering a été réalisé par Tony Eichler aux Goldtone MasterWorks, LCC.
Ce voyage par-delà l’infini commence fin décembre avec "Traveller" qui ouvre ce nouvel album. Après un allumage en douceur, la basse installe un groove entêtant sur lequel viennent se greffer des guitares psychédéliques. Dès le premier couplet, la voix inimitable de Dave Cavalier, immédiatement reconnaissable, se réaffirme comme un élément central et distinctif de l'identité du groupe. À contre-courant des voix rudes, classiques dans le stoner/doom, son chant mélodique et habité, dégage une puissance et une expressivité qui contrebalancent la lourdeur instrumentale du psychedelic-doom. De par son expressivité et sa mélodie, le timbre de sa voix n’est pas sans faire écho à celle du Prince des Ténèbres. Cette première étape du voyage se termine sur une ligne de chant féminine éthérée, assurée par Ms. Sara. Connue pour son rôle dans la scène rock psychédélique de Baltimore, elle avait déjà collaboré avec BLACK LUNG, notamment en assurant les chœurs sur l’album « Ancients » en 2019.
Le teasing du disque se poursuit alors en janvier avec "Follow" qui illustre bien le style psychedelic-doom de « Forever Beyond ». Il se caractérise par ses changements de tempo. Dave Cavalier explique avoir conçu la chanson pour donner l'impression d'être « un rouage dans une machine », illustrant le sentiment d'aliénation au travail et souligner le propos de ses paroles, qu’il a écrites après avoir quitté un emploi ne lui apportant aucun plaisir. Les lignes de violoncelle que l’on entend sur ce titre sont jouées par Robert Karpay. Le teasing final "Forever Beyond Me" est quant à lui basé sur un riff brut. Bien que moins immédiat que ses prédécesseurs, le groove et la mélodie du refrain proposé permettent de ne pas casser la dynamique de l’ensemble. À noter, son intro à la batterie rappelle un célèbre hit de ZZ TOP.
Vient enfin le moment de découvrir le reste de cette cinquième réalisation. D’entrée, "Death & Co." s’impose comme un incontournable avec son riff puissant et son chant métallique. Il est suivi par l’aérien "Savior" aux accents shoegaze, qui met en avant le jeu d'Elias Schutzman au mellotron et aux synthétiseurs. Plus complexe, "Border Hoarder" commence sur une tonalité plus calme qui, crescendo, monte en puissance. Structurée en deux parties, la première est chantée pour laisser place à une partie musicale endiablée et libératrice. Après un arpège chargé de mélancolie, "Scum" présente un riff entraînant malgré la lourdeur du titre qui s’étend sur huit minutes. Après le pont, les deux dernières minutes laissent place à un solo de guitare torturé.
À l’issue de ce voyage musical, BLACK LUNG délivre une œuvre majeure qui confirme son évolution musicale, entamée avec le 4e album « Dark Waves » en 2022, vers de nouvelles galaxies sonores. Ce voyage chargé de mélancolie, de tristesse, de souffrance et de révolte, est aussi l'occasion pour le groupe d’affirmer pacifiquement, mais de manière ostensible, son positionnement anti-Trump et antifasciste. Ce « Forever Beyond » démontre qu’il est possible de se révolter contre l'injustice avec une joie de vivre débordante ! Une manière de rappeler que la musique en général, et notre musique en particulier, a de tout temps été la cible des régimes autoritaires. À l’heure où nous écrivons ces lignes, n'oublions pas que des personnes continuent à risquer leur vie par le simple fait d'apprécier notre musique.