« Nous ne sommes plus un groupe de black metal, si toutefois nous l’avons déjà été ». Voici les paroles du chanteur du groupe portugais GAEREA qui mettent directement les points sur les i. Si on se souvient des premières chroniques sur HARD FORCE qui vantaient une formation montant en puissance grâce à un black metal mélodique et plein d’émotions, on ne gardera avec « Loss » que l’ascension fabuleuse du groupe grâce à une musique puissante et inspirée. GAEREA est indubitablement efficace et fédérateur, déjà par leur imagerie et leur esthétisme moderne mais plein de sens et surtout le mystère qui tourne autour des personnages incarnés, les sigils d’Asmodée sur leurs costumes de scène, leurs masques, leur maquillage noir. Bref, ce côté ritualiste et philosophique qui les anime ne fait qu’intriguer et donc créer l’engouement. Et quand on les a vu en concert, on sait que l’énergie promise est l’énergie donnée et reçue de plein fouet par le public. GAEREA a su évoluer et se placer en challenger, bientôt leader, non plus d’une scène underground mais du son extrême, entre hardcore et post-hardcore, entre rock et post-rock. Il est difficile de les classer et c’est ce qu’ils veulent : ils sont GAEREA, point final.
Qu’attendre donc de ce « Loss » ? Eh bien, dès les premières notes de "Luminary" on comprend que l’album sera lourd, entêtant, plein de rage. Les rythmes sont rapides, les guitares sont percutantes et les growls plein d’une violence viscérale. Cependant, le refrain se veut mélodique au chant clair et les atmosphères sont très présentes avec quelques notes de piano suspendues. On est dans un post hardcore intense, diaboliquement envoûtant. "Submerged" le bien nommé est une invocation venant des tripes, un déferlement de pensée et d’émotions, comme un exutoire où se mêlent la rage et la résilience, la beauté intimiste dans la cruauté d’un monde extravagant.
Si "Hellbound" commence en toute quiétude, c’est une vague de riffs bourrins et de rythmes blastés qui arrive ensuite. Les cris sont surhumains mais les atmosphères n’en restent pas moins prégnantes. Puis, le dissonant et dérangeant "Uncontrolled" fait la part belle à un metal extrême chaotique mais harmonieux et nuancé par une deuxième partie beaucoup plus aérienne.
"Phoenix" est un des morceaux les plus aboutis de l’album avec une réelle complexité et beaucoup de nuances tant dans la musique quand dans la voix là où le très joli "Cyclone" joue sur le minimalisme et la voix chantée mélodieuse et légère du post-rock en introduction. La suite est plus musclée tout en restant hyper éthérée.
"LBRNTH" à la voix féminine, minimaliste, est un titre plutôt dark-ambiant, comme une pause dans la fureur de « Loss » avant de céder la place au premier single extrait "Nomad" au refrain grisant, à la cadence effrénée et à la mélodie captivante. Enfin, l’immense post-rock "Stardust" vient terminer un album incroyablement réussi.
GAEREA se place ici en maître de l’extrême. De la petite formation de black metal portugaise prometteuse mais intimiste, le quintet passe au statut de plébiscite d’une scène plus large et mainstream. Quelques fans des débuts risquent d’être laissés sur le bord du chemin mais il est indéniable que les foules se masseront autour de ce qui est en passe de devenir un incontournable. « Loss » n’est que le titre d’un album charnière que GAEREA peut être fier d’utiliser comme le grand gagnant.