Pendant l’été 2025, DEFTONES a connu un regain de popularité auprès des nouvelles générations, notamment par le biais de TikTok où les musiques du groupe ont été massivement partagées. Les puristes ont eu l’occasion de râler et les plus anciens de s’indigner de ces nouvelles arrivées qui n’ont pas forcément connaissance de l’antériorité du groupe avant son album « Private Music ». Pourtant, le résultat est là : le groupe reste populaire d’une décennie à l’autre et son influence sur la création musicale dans le champ des musiques extrêmes est indéniable. L’album « Going Postal » de MASCARA en est l’une des preuves et ses 32 minutes entre shoegaze et metal alternatif sont disponibles depuis le vendredi 13 mars.
Il est fort probable que si DEFTONES et NOTHING avaient un enfant, celui-ci s’appellerait MASCARA. Impossible de ne pas entendre l’influence du metal alternatif du premier et du heavy shoegaze du second dans le son à la fois si unique et si familier du quintet parisien. Le titre "Nova Ardor" ouvre l’album sur une force et un désenchantement qui mêle avec force et précision les styles des deux géants nommés précédemment. Une fois ce titre écouté, on s’attend légitimement à une succession de chansons du même acabit. C’est là que réside la magie de "Marrow" : l’album commence à peine et MASCARA cueille les oreilles les plus aguerries avec une douceur à la fois désarmante et puissante. On n’a rien vu venir et c’est précisément ce qui nous donne envie de continuer à explorer « Going Postal ». "Mass" prolonge le balancement planant avant que les guitares ne s’emballent davantage sur "Nerium" et que le chant, lent et éthéré, ne contrebalance la lourdeur des instruments.
Au fur et à mesure, on apprend à connaître le groupe. Les guitares de Valentin Beaucourt et Guillaume Guiraot se distendent par-dessus la basse forte et précise de Maxime Lebredonchel et la batterie de Clément Aulnois. À cet ensemble s’ajoutent les notes de synthétiseur et les samples de Vincent Juvillier qui apportent une nouvelle dimension à l’ensemble : celle d’une réalité dans laquelle on cherche encore un sens à la réalité qui nous entoure et qui devient chaque jour plus terrifiante. On voudrait contribuer à l’amélioration du monde, mais on replonge sans cesse dans le désespoir où l’on retourne encore et encore. C’est ainsi que résonne "N_E_S_N_S_J_W" : on s’effondre sur soi-même et on trouve une forme d’épanouissement dans un état où plus rien ne peut nous briser. On arrive alors à "Dream" et son extrait sonore sur fond de nappes de synthétiseur avant que "The Static" ne nous embarque à nouveau dans un déferlement d’espoir et d’envie de changement.
L’album de MASCARA pose parfois la question de la limite entre copie et hommage. Les influences sont omniprésentes, audible sur chacun des titres et nous rappellent à quel point certains groupes marquent l’histoire de la musique en guidant la création des suivants. Et soudain, arrivent "Going Postal" et "Withdrawal". La tension accumulée tout au long de l’album culmine dans le premier, pour bien marquer la crise existentielle qui nous accapare actuellement, avant que le deuxième ne ralentisse subitement pour proposer une ultime réflexion : un extrait sonore raconte les malheurs endurés par des individus avant que ceux-ci ne décident de continuer à se battre. La force du groupe est là, dans cette capacité à réactualiser des influences et se les approprier jusqu’à la création de son propre style à la fois marqué par son héritage et fortement personnel.
La montée en puissance n’est pas linéaire mais elle est indéniable : « Going Postal » oscille entre des moments de désespoir enragé et des temps plus calmes pendant lesquels on se surprend à chavirer. Avec ce premier album, MASCARA livre un travail qui nous guide jusqu’à notre intimité, aussi bien dans la colère que dans la tristesse la plus accablante.