J’imagine sans peine que la provenance du groupe, Montargis, résonnait déjà comme un avertissement au sujet de ce troisième album qui ne fait pas dans le détail. La spécialité de cette ville du Loiret, la fameuse "Prasline", friandise réalisée à base d’amandes grillées enrobées de caramel... a trouvé son équivalent musical avec la "Praline" de SLAVE ONE. Une friandise, elle, réalisée à base de riffs dissonants et massifs, de parties de batterie incisives à souhait, d’une basse bien gourmande et de lignes de chant passées au papier émeri. Le tout enrobé avec soin dans un mixage et mastering en béton armé de Frédéric Gervais dans son antre des Henosis studios. Miam.
Une définition bien à propos puisque le maelstrom de sauvagerie proposé ici arrache les esgourdes avec un certain doigté dès les premières mesures de "A Sigil Traced With Coal". Qui indique la tendance sans détours en distillant un death metal sombre et technique en diable. Et l’on retrouve cette recette tout du long de « The Seraphic Conspiracy » qui reste certes brutal, mais toujours maîtrisé. Les mélodies y sont discrètes, meurtrières et les parties de batterie exécutées avec méthode et rigueur. Et que dire de cette production idéale pour le style, d’une subtile intensité, qui vient percuter les esgourdes avec doigté ? Et de cet artwork mystique à souhait troussé par les doigts de fée de Belial NecroArts ?
Mais il demeure important de mettre en avant le travail dantesque réalisé par le bassiste et la paire de guitaristes sur leurs parties respectives. Mélodiques, certes, ces dernières prennent ici un malin plaisir à happer l’auditeur à grands coups de dissonances et de breaks irrésistibles. Le tout au service d’un déluge de riffs taille patron et de rythmiques vertigineuses (l’instrumental "The Seraphic Conspiracy" et la doublette "The Adversarial Path II: Penitent" et son obscur pendant "The Adversarial Path III: Theistic"). Le chanteur n’est pas en reste et assure les growls avec son larynx empreint d’une sauvagerie et d’une hargne quasi palpables. Le résultat est sans appel : SLAVE ONE écrase sans sourciller par ses changements de rythmes et ses tempos plus massifs, en déchirant sans répit ce qu’il reste de conduits auditifs.
A grands coups d’ambiances opaques et d’envolées rythmiques complexes, cette galette est une véritable déclaration d’amour pour les amateurs de death metal un brin dissonant, toujours ciselé dans les moindres détails. La maîtrise technique est redoutable mais celle-ci ne tombe jamais dans la torture de manche stérile. Et la technicité propre à la musique des Loirétains n’est ici utilisée que pour mieux servir sa cause, créant un fil rouge aux allures de dédale dans lesquels on prend un véritable plaisir à se perdre...