Se caler un nouvel album d’EXHUMED entre les oreilles, c'est un peu comme revoir ce bon vieux pote qu'on a laissé au bord du quai voilà trop longtemps, persuadé au fond que ces adieux ne seraient que temporaires. Bingo ! pile-poil quatre ans après un « To The Dead » de fort bonne tenue, le voilà donc qui revient pour la onzième fois, encore armé de son indécrottable death metal à l’ancienne aux lourdes réminiscences Carcassiennes.
Qu'attendre encore de ces vétérans, plus de trente-cinq ans après leur formation du côté de San José et de leurs albums qui incarnent la quintessence d’un death metal furieusement grind sur les bords ? Leur cultissime premier méfait, « Gore Metal », paru en 1998 incarnant l’esprit même des productions lâchées par le non moins fameux label Relapse Records à cette époque ? Et bien, le verdict est sans appel : les bouchers californiens en ont toujours dans la besace et ne se privent pas une nouvelle fois de l'afficher sans vergogne.
Que ce soit sur ses textes toujours obnubilés par la chair plus ou moins fraîche, la production sans faux col qui lui sied si bien et la prestation vocale sanguinaire du capitaine de bord historique Matt Harvey, tout ici n'est que gage de maîtrise et de suite dans les idées. Cette séance de death metal à l'ancienne pliée en trente-six minutes chrono tâche la chemise et fait ressortir les auréoles sous les aisselles, en lâchant des rythmiques lourdes et écrasantes ("Shovelhead") ne rechignant pas non plus à faire joujou avec des embardées plus speed ("Unsafe at Any Speed"). Au rayon des douceurs, signalons également une batterie bien en place, capable elle aussi de ralentir le tempo quand il le faut ainsi qu'une basse qui claque et bastonne comme il se doit. Le tout est foutrement efficace et il y a fort à parier que les fans de CARCASS, IMPALED et consorts puissent y puiser un peu de réconfort.
Emballé avec amour par une production aux petits oignons et un artwork, troussé dans la dentelle comme à son habitude, par le bassiste Ross Sewage et Jacob Speis, « Red Asphalt » fait le job, et il le fait bien. Peut-être que les esprits chagrins grommelleront dans leur barbe que tout cela reste d'un classicisme éprouvé. Mais le tout est suffisamment bien réglé pour régaler les fans de death metal à l’ancienne qui ne rechigneront pas non plus à quelques accents de modernité bienvenus. Voilà qui est plutôt réconfortant en ces temps troublés !