
Alors que les Californiens de NEW FOUND GLORY sortent leur premier album depuis le Covid, le monde du pop punk est en ébullition. En effet, le groupe est l'un des piliers du genre depuis maintenant presque trente ans et chacune de ses sorties est scrutée, presque comme pour mesurer l'intérêt de la scène pop punk à un moment particulier. C'est pourtant avec un Jordan Pundik (chant) très détendu et souriant que nous avons rendez-vous afin de tout savoir sur ce nouvel opus tant attendu !
Votre nouvel album « Listen Up! » est sorti le 20 février. Quel est ton état d'esprit concernant cet album ?
Jordan Pundik : Je suis nerveux et enthousiaste. Pour l'instant, les retours ont été très positifs donc j'en suis reconnaissant. Je suis heureux ! C’est sympa de sortir un album à un moment où les gens peuvent le remarquer et en avoir quelque chose à faire. Le dernier album, « Forever and Ever Times Infinity », est sorti juste avant le Covid et juste avant que tout parte en cacahuète donc on n'a pas trop eu l'occasion de lui faire voir le jour. Je suis très heureux d'être sur un label qui fait beaucoup de choses pour qu'on puisse promouvoir notre nouvel album et tourner. Je suis plutôt enthousiaste, comme tu peux le voir !
Cet album est très positif, mais présente également certains de vos morceaux les plus heavy. Ce contraste était-il un choix artistique conscient ?
Je ne pense pas que quoi que ce soit ne soit un choix conscient pour nous. On fait toujours ce qui semble naturel, et on a toujours fonctionné comme ça. Parfois Chad (Gilbert, guitare, ndlr), qui écrit tous les riffs, nous en propose un en nous demandant ce qu'on en pense, puis on l'ajoute et on trouve des éléments qui vont avec. De cette façon, on compose une chanson tous ensemble en tant que groupe. Donc parfois, Chad est d'humeur à écrire un riff heavy parce qu'il est énervé pour une raison quelconque et parfois, il est d'humeur à écrire un riff plus tranquille et détendu. Ça dépend juste de ça, du moment où on choisit si on aime un riff ou non et de la façon dont on construit autour. On ne se dit jamais : « Allez, on va écrire la chanson la plus proche du hardcore possible. », ni : « Aujourd'hui, on va écrire un morceau lent qui parle d'amour. ». Ce n'est jamais comme ça, on fait toujours les choses comme on le sent.
Tous les morceaux sont pourtant très positifs et encourageants...
Oui, je pense que c'est l'humeur qui prédominait quand on écrivait l'album. Surtout pour les chansons qui parlent des soucis de santé de Chad, on a essayé de traverser ça de manière positive. Et puis il se passe tellement de merde dans le monde ! Pour nous, faire partie de ce groupe, c'est comme une escapade loin de toutes ces conneries, en particulier du stress de la vie normale et de l'actualité. Quand on se réunit pour écrire un album, c'est comme si on éteignait tout et qu'on se coupait du monde. J’espère que quand les gens écoutent cet album, ils peuvent bloquer tout ce qui se passe pour une trentaine de minutes.

La résilience est aussi un des thèmes centraux de l'album. Comment se sont passées les six dernières années pour vous et quelle a été l'étincelle qui a allumé cet album ?
Les six dernières années ont été mouvementées. Le Covid était étrange. C'est si bizarre de se dire que c'était il y a six ans ! C'était une période bizarre, mais on l'a traversée. Ça fait longtemps qu’on est un groupe, c'est d'ailleurs assez bizarre de se dire que ça fait bientôt 30 ans ! On a traversé beaucoup de choses ensemble et on s’est tous soutenus mutuellement, ça nous a aidé à tenir bon. Les soucis de santé de Chad nous ont aussi fait très peur. Il a eu des hauts et des bas et je pense que ça l'a aidé de se dire qu'on était avec lui, qu'il pouvait se reposer sur nous, mais aussi sur nos fans et sur le fait qu'ils apprécient les nouvelles chansons qu’on leur propose. On essaie, et on l'a particulièrement fait pendant le Covid, de faire tout ce qu'on peut pour créer du lien avec nos fans. On a fait des live streams et des trucs comme ça pour y arriver. Donc il y a carrément eu des hauts et des bas. D’une certaine manière, c'était comme une renaissance. Les gens étaient vraiment heureux de sortir à nouveau et de voir des groupes en live. Je pense qu'on vit une belle époque pour tourner et sortir de nouvelles chansons. Donc ces derniers temps, ça va ! Et pour ce qui est du processus, je pense qu'en sortant du Covid, après que le dernier album n'ait pas vraiment été aimé, on voulait vraiment commencer cette année à fond et sortir un album que les gens peuvent écouter fort, chanter à tue-tête, apprendre pour venir nous voir jouer en live et chanter avec nous. Parce que c'est probablement ce qui nous donne 80% de notre motivation à faire ça. C'est vraiment ça qui a déclenché cette étincelle.
Est-ce que les retours sur le single ''100%'' l'année dernière vous ont redonné la confiance nécessaire pour sortir « Listen Up! » tel qu'il est actuellement ?
Oui, ça nous a vraiment confortés dans cette direction. C'était la première chanson qu'on avait écrite pour l'album et on l'avait terminée un peu avant d'écrire tout le reste. C'était une sorte de mise en bouche pour le reste de l'album et c'était l'ambiance qu'on voulait garder, parce que quand on a sorti ce titre, les gens étaient ravis ! C'était très cool de voir les réactions face à cette chanson, en particulier en live : le public connaît parfaitement le refrain de ''100%'' et le chante dans une véritable ambiance de camaraderie. C'était vraiment très agréable ! Donc quand on s'est lancés dans le nouvel album, on avait confiance en nous et on allait dans cette direction un peu plus heavy. On a écrit ces chansons qui parlent de ce qui se passe réellement en ce moment et ça a renforcé notre motivation.
L'une des chansons que j'ai le plus appréciées est ''Treat Yourself'' qui me semble être une injonction essentielle en cette période où la dépression est plus présente que jamais. Qu'est-ce qui te fait réaliser que tu mérites une pause, ou du temps pour toi ?
Je pense que beaucoup de gens sont très durs avec eux-mêmes, en particulier quand on veut bien faire les choses, donner le maximum pour quelque chose et que cette chose ne reçoit pas l'amour ou l'appréciation qu'on pense qu'elle mérite. Les gens sont durs avec eux-mêmes dans ces situations. Je sais que je le suis tout le temps avec moi-même, que ce soit dans ma manière d'être parent ou pour une chanson sur laquelle j'ai travaillé trois semaines et que les gens ont à peine remarquée. En tant que chanteur d'un groupe, je passe mon temps à me poser des questions : je me demande si le concert était nul, si ma voix était mauvaise, etc. Je passe mon temps à être dur avec moi-même. Je crois que quand on y pense trop, ça commence à déborder sur tous les aspects de la vie. C'est essentiel de pouvoir prendre du recul et regarder la situation pour voir ce qui se passe en réfléchissant à ce que tu as déjà, à ce qui est positif dans ta vie et d'avoir simplement de la gratitude pour tout ça. Je pense que c'est de là que vient l'état d'esprit nécessaire pour se récompenser soi-même. Il ne faut pas être trop dur avec soi-même, sortez simplement acheter une glace ! Les glaces, ça règle tout.
De manière générale, j'ai l'impression que vous et le genre du pop punk avez beaucoup évolué en passant de chansons sur des ados qui font la fête à des chansons plus profondes, avec un but positif. Quand vous avez commencé, est-ce que tu imaginais que tu serais dans cette position, à pouvoir aider les gens ?
Jamais. Je n'ai jamais imaginé être là où nous en sommes aujourd'hui. On a commencé quand on était gamins ! J'avais dix-sept ou dix-huit ans et je n'ai jamais pensé qu'on serait un groupe que les gens puissent écouter en ressentant quoi que ce soit de joyeux ou même de triste. Je n'ai jamais imaginé qu'on serait un groupe qui serait aussi important pour les gens, mais nous y voilà. Je pense que c'est une vraie source de motivation pour continuer à faire ce qu'on fait. Ça a aussi beaucoup à voir avec les gens qui viennent nous voir et nous disent que tel album les a aidés à traverser tel ou tel événement. Par exemple, ''Sonny'' parlait du décès de mon grand-père et c'est une chanson qui a aidé beaucoup de gens à traverser des moments difficiles. Donc c'est vraiment ça qui nous fait continuer.
Une autre chanson qui m'a marqué sur l'album est ''Laugh It Off'' parce que j'ai l'impression qu'il devient difficile aujourd'hui de trouver quelqu'un avec qui on peut finir une dispute en riant.
Oui, les relations sont difficiles et il faut beaucoup d'efforts pour faire fonctionner une relation, surtout sur le long terme. C'est précieux de savoir que peu importe ce que vous allez traverser avec ton ou ta partenaire, tu vas pouvoir compter sur lui ou elle de cette manière, que tu peux te disputer avec et traverser des moments vraiment difficiles, vous allez finir par vous retrouver et prendre du recul en vous disant : « Wow, c'était un peu fort ». Mais on traverse tout ça et on se dit : « Tu te souviens quand tu étais en colère contre moi parce que je n'avais pas sorti les poubelles ? », ou ce genre de choses. L’important, c'est de savoir que c'est normal et que vous allez vous soutenir dans toutes les situations. C'est vraiment l'essence même de la chose.

Vous avez joué en France pour la première fois depuis onze ans l'été dernier au Slam Dunk. Comment s’est déroulée cette expérience pour vous ?
Oh, c'était tellement génial ! Le concert était très amusant. Bien sûr, le Covid avait chamboulé notre agenda : avant, on venait dans cette zone au moins tous les deux ou trois ans, puis il y a eu le Covid et ça a tout changé pour tout le monde. Donc c'était vraiment sympa de revenir et de voir que les gens ne nous avaient pas oubliés. On s'est promené dans Lyon et c'était très agréable. Je sais qu'à chaque fois qu'on vient chez vous, on passe un bon moment, donc je ne me plains pas (rire) ! J'adore visiter la France.
On vous reverra bientôt ?
Peut-être. J'espère, parce que la France est vraiment super avec nous. On réfléchit à l'année prochaine et tout ce qui va suivre, je crois qu'une tournée européenne est en train de se préparer pour l'année prochaine. Donc oui, j'espère !
Comment décrirais-tu votre relation avec les fans français depuis toutes ces années ?
Je pense que les fans français sont fous, mais de manière positive. Ils ne se retiennent pas vraiment et ils nous disent la vérité, par exemple : « Ce concert était bon, mais c'était mieux la dernière fois. » (rire) ! Et j'aime beaucoup l'enthousiasme des fans français. Surtout quand on se promène en ville, qu'on croise un fan au hasard et qu'il vient nous voir pour nous dire qu'il apprécie qu'on prenne le temps de jouer en France. C'est une bonne motivation pour nous !
Quelle chanson de « Listen Up! » correspondrait le mieux à ton humeur aujourd'hui ?
Probablement ''Medicine''. J'aime beaucoup cette chanson. Elle me rappelle un peu de vieilles chansons de WEEZER, ou quelque chose comme ça. Ce n'était pas l'idée de départ, mais pendant qu'on l'écrivait, on s'est dit : « Ça sonne un peu comme un morceau de « Pinkerton » ou quelque chose comme ça ». Et la raison pour laquelle j'ai choisi ''Medicine'', c'est parce qu'elle évoque un peu ce sentiment où, encore une fois, si tu traverses quelque chose de difficile, il y a cette personne, cet endroit ou cette chose qui t'aide à traverser cette épreuve. Donc comme je traverse des moments un peu difficiles dans ma vie personnelle, je m'identifie à cette chanson. Ma ''Medicine'' à moi, c'est d'être chez moi avec ma famille ou d'aller dans un endroit que j'aime, comme la plage. Donc je m'identifie beaucoup à cette chanson quand je l'écoute.
Quelle pensée positive voudrais-tu transmettre à nos lecteurs ?
Tu sais, nous sommes un groupe qui joue et qui tourne encore grâce à nos fans et grâce aux gens qui lisent cette interview en ce moment même. Plus les gens pensent à nous, plus on va pouvoir continuer à jouer, tourner et sortir des albums. J'apprécie beaucoup ça et j’en suis vraiment reconnaissant. Merci beaucoup à tout le monde qui continue à venir nous voir et à écouter notre musique !
