
L’incroyable succès de KOMODRAG & THE MOUNODOR a mis un bon coup de projecteur sur les deux formations bretonnes dont la fusion a donné lieu à cette hydre tentaculaire de pas moins de 7 musiciens, pourvoyeuse d’un classic rock/glam/psyché 70s aussi joyeux qu’inspiré.
Il est désormais temps pour les deux combos bretons de continuer à creuser leur propre sillon, autant discographique que scénique. Pour KOMODOR, cela passe par la publication d’un deuxième album, le réjouissant « Time & Space » en début d’année. Et une tournée faisant étape ce jeudi à la Maroquinerie de Paris.
Une salle bien pleine les attend et ce, dès la première partie, les Lyonnais de AFTER GEOGRAPHY. Un choix qui peut paraitre étonnant de premier abord, mais qui ne l’est finalement pas, à l’écoute de la prestation du quatuor. Ce dernier dévoile en effet une pop/psyché très 60s qui, comme la musique de KOMODOR, retourne aux racines.
Le tout avec un son moderne, et surtout un professionnalisme indéniable. Les musiciens savent jouer, ça se sent, les idées sont là (un break à la basse ici, un coup de cowbell là, quelques parties à la slide), et le public, dont une partie semble être clairement venue pour le groupe, adhère aux chansons, en général aussi courtes que dynamiques.
Le point fort d'AFTER GEOGRAPHY est aussi son point faible : les vocaux. Je m’explique. Le phrasé et la prononciation en anglais du chanteur conservent encore quelques marges de manœuvre (c’est le cas aussi pour KOMODOR, à vrai dire). Mais les chœurs et les harmonies vocales sont de toute beauté. Quoi qu’il en soit, les Lyonnais jouent près d’une heure, partent très applaudis, et sont encore félicités par les spectateurs qui les croisent à l’issue de la soirée, un signe qui ne trompe pas !

Pour KOMODOR, le défi reste simple : prouver que le phénomène KOMODRAG & THE MOUNODOR ne constitue pas qu’un feu de paille, et que le groupe tout seul lui aussi mérite le déplacement. Challenge largement remporté ce soir, grâce à une prestation d’une heure et quart particulièrement endiablée.
De par le répertoire, d’abord. Comment résister à une attaque de concert où s’alignent « Fall Guy », « Soul Tricker », « Hard To Deal », entre autres, hymnes festifs et rock’n’roll qui font autant taper du pied que hocher de la tête ? Comment ne pas succomber aux assauts des trois guitaristes, et surtout au Zébulon de la bande, Goudzou, bassiste, chanteur et maître d’orchestre qui ne tient pas en place ?
C’est simple, ce n’est pas possible, et mieux vaut se laisser emporter dans ce fest-noz particulier (le bagad, pardon, le groupe est originaire de Douarnenez, comme se plait à le rappeler Goudzou). Ça arrache bien par moments, par exemple lors du très MC5 « Top Of The Bock » et du sauvage « Moondrag », du plus boogie « Ladies », ou lors du sympathique « Raise Your Hands », qui recycle habilement le riff du « Born To Be Wild » de STEPPENWOLF.
On se calme un peu lors des beaux « Burning Land », qui parle des incendies des monts d’Arrée (Finistère) en 2022, avec son introduction en voix trafiquée et guitare acoustique, et du mélancolique « Once Upon A Time ».

Mais KOMODOR remet rapidement les voiles vers un cap plus électrique via la reprise de SLADE « Know Who You Are », puis un « Nasty Habits » particulièrement énergique, durant lequel Goudzou et l’un des guitaristes, Slyde Barnett (oui, c’est un pseudo), slament dans la fosse, instrument en bandoulière. Pas forcément une bonne idée, d’ailleurs : Goudzou trébuche en revenant sur scène, s’étale en beauté, et finira le concert en boitant légèrement. Quant à Slyde, lui percute le micro en remontant sur les planches, apparemment sans conséquences.
Pas de quoi fermer le clapet de Goudzou : « Vous êtes chauds ! La prochaine va pas vous calmer », avertit-il après « Believe it ». Et il enfonce le clou avant « Washing Machine Man », « elle va vous laver le ciboulot ! »
Pas faux, notamment lors du torride passage très STATUS QUO de la chanson.

A ce stade-là, KOMODOR s’éclipse d’habitude. « Mais on ne va pas faire de rappel », prévient Goudzou qui, avec ses compères, lance directement « Through The Highway », dédié aux copains de MOONDRAG.
Il y aura quand même un rappel quelques minutes plus tard, avec une dernière reprise atomique, « Ramblin’ Rose », provenant du répertoire de Jerry Lee Lewis, mais popularisée par le MC5. Ultime preuve que KOMODOR sait bien affronter la tempête et va bien naviguer vers des horizons radieux.