26 avril 2026, 15:38

EXISTANCE

Interview Antoine Poiret et Géry Carbonnelle

Blogger : Tom Binet
par Tom Binet


Et de quatre ! Après plusieurs années de travail, EXISTANCE est enfin prêt à en découdre à nouveau avec un quatrième album intitulé « Wildfire », le premier à être édité par un label professionnel après des années d'auto-production et de débrouille pour le groupe franco-belge. L'occasion d'évoquer avec Antoine Poiret (guitariste) et Gery Carbonnelle (batteur) l'importance de ce genre de structure, notamment au moment de partir en tournée, mais également du revival du heavy metal, y compris en France.
 

Quel est le sentiment qui prédomine au moment de la sortie de ce nouvel album ?
Antoine Poiret : On a vraiment hâte qu’il sorte parce que ça fait un moment qu'on est dessus. C'est un projet qui remonte à plusieurs années. On a voulu attendre le bon moment pour le sortir dans de bonnes conditions, ce qui va arriver avec Verycords. Mais le fait d'avoir attendu tout ce temps-là nous a rendus plus qu'impatients.

Votre précédent album remonte à 2022. Comment avez-vous évolué et qu'avez-vous appris pendant cette période, que vous avez voulu inclure dans votre musique ?
Gery Carbonnelle : Le retour de tournée était assez long après deux mois en 2022, on a dû prendre quelques mois pour s'en remettre. On avait déjà quelques idées dans les placards pour le nouvel album mais on ne s'y est vraiment mis qu'à partir de 2023. Sachant qu'on écrit toujours beaucoup plus de titres pour n'en choisir, en fin de compte, que neuf pour l'album, tout ça a pris du temps. On a un peu changé le fonctionnement au niveau de l'enregistrement par rapport à « Wolf Attack » dans la mesure où on a fait la partie de batterie chez notre ingé son à Lyon. C'est de la logistique parce que j'habite en Belgique alors que les autres sont basés dans l'Oise. On a pris le temps pour que cette petite évolution se fasse sentir. Et puis, comme l'expliquait Antoine Poiret, il a fallu attendre les bonnes conditions pour sortir l'album et démarcher les labels puisque, jusqu’à maintenant, on était en auto-production mais on voulait trouver un système qui apportait suffisamment de plus-value.

Vous avez justement signé chez Verycords en décembre, une fois l'album composé. Concrètement, qu'est-ce que cela a changé dans votre fonctionnement ?
Antoine Poiret : On a eu beaucoup moins de boulot pour gérer la production, la sortie, la promo etc. S'occuper de tout ça n’est pas vraiment un boulot de musicien et on peut vite perdre la tête en s’y risquant. On finit par se demander pourquoi on fait tout ça alors que l'objectif est uniquement de faire de la musique. C'est ce qui nous a un peu sauvé la vie à ce niveau-là : une fois l'album prêt, on a envoyé toutes les infos dont le label avait besoin et on ne s'est plus occupé de rien. C'est royal (rires).

Au moment de commencer à composer pour cet album, quelles évolutions musicales aviez-vous en tête ?
Gery Carbonnelle : On s'est beaucoup basés sur les retours qu'on a eus pour « Wolf Attack ». C'est toujours intéressant de prendre en compte les critiques négatives pour pouvoir évoluer et se remettre en question. On a gardé la même recette, ça reste du EXISTANCE, mais on nous reprochait parfois de ne pas avoir de titres plus efficaces avec des refrains mémorisables. Ça paraît simple à appliquer alors que c'est plus compliqué qu’il n’y paraît d'écrire des titres qui vont davantage à l'essentiel. C'était un nouvel exercice pour nous. On voulait aussi que le son de la batterie soit plus naturel, organique, pour se démarquer des productions modernes dans lesquelles on a l'impression que c'est un peu toujours le même genre de son. On assume d’avoir un son moderne au niveau des guitares et de la production mais on essaie quand même de se démarquer tant bien que mal. Et puis, quand on compose, on pense toujours au live. Il faut que les titres puissent être retranscrits facilement en concert. Ça doit sonner comme sur l'album, faire ressentir la même énergie et la même fougue, que l'on n'ait pas besoin de sampler plein d'éléments.

Cette notion de live, vous l'avez en permanence à l'esprit ?
Gery Carbonnelle : Bien sûr ! La scène est notre endroit de prédilection, c’est là que beaucoup de gens nous découvrent. On a toujours ça en tête au moment de composer. On essaie aussi de composer des ponts en se disant : « Là, on pourrait faire chanter les gens. » et ce genre d'idées.

Le premier titre de l'album, "Wildfire", qui lui donne également son nom, démarre par une longue intro instrumentale pour lancer l'album. Pourquoi ce choix ?
Antoine Poiret : Tous nos albums ont une intro comme ça, on ne s'est jamais demandé pourquoi. Généralement, on l'utilise en concert. Sans spoiler : il est possible que ce morceau ouvre les prochains concerts. Ça permet de se mettre un peu dans l'ambiance, on aime bien créer une atmosphère de cette façon. Ça plante bien le décor.

Sur une note plus personnelle, si je devais citer mes morceaux favoris, je choisirais "Ocean's Cry" et "Brighter Days". Pouvez-vous me parler de la place de ces deux morceaux au sein de l'album ?
Gery Carbonnelle : Ce sont deux chansons que l'on a écrites tous ensemble en répétition. On a plusieurs méthodes de composition : Julian (Izard, chanteur et guitariste, NDLR) ou Antoine Poiret amène une compo déjà pratiquement terminée, étant donné que notre style est centré sur la guitare, pour qu’on travaille les arrangements, ou bien on bosse tous ensemble à partir de rien. Il y a un côté dynamique dans ces morceaux parce qu'on y retrouve directement les influences de tout le monde.

L'album est également rythmé par plusieurs soli de guitare, notamment sa conclusion sur "Angel of Darkness". Avez-vous l'impression que c'est un art qui se perd dans le metal moderne ?
Antoine Poiret : Je ne me rends pas trop compte... Tu as un avis extérieur Gery Carbonnelle ?
Gery Carbonnelle : Dans notre style heavy, je ne pense pas parce que c'est très codé. Ça reste une marque de fabrique : il faut le chant perché, les soli, les refrains épiques. Après, on a un panel d'influences assez varié, notamment avec des morceaux plus glam à la MÖTLEY CRUE ou plus power metal. Dans tous ces styles, les soli de guitare restent très importants. Ça reste une valeur sûre du style et ça me paraît être encore à la mode.

Vous mentionniez le fait de partir régulièrement des riffs au moment de composer. Antoine, quel est ton rôle dans ce processus ?
Antoine Poiret : La plupart du temps, on fait ça pendant les répétitions. Il y en a toujours un qui met plus de temps à s'installer donc en attendant, les autres commencent à gratter et sortir de nouveaux riffs. Ça arrive souvent que j'entende Julian dire : « C'est quoi ce truc-là ? Bouge pas, je t'enregistre ». Je laisse un peu de côté puis je réécoute quelques semaines plus tard. De mon côté, je n'aime pas trop ne proposer que des petits bouts de composition, je préfère arriver avec quelque chose d'entier. C'est ce qui s'est passé pour le premier single, "Riding Fast" : Julian avait trouvé le riff principal puis, en rentrant à la maison, j'ai structuré le morceau. Ensuite, on s'y est tous mis pour les mélodies de chant, les paroles, les soli etc.

Certains guitaristes, passés ou actuels, t'inspirent-ils plus que d'autres ?
Antoine Poiret : Il y en a beaucoup mais instinctivement, je réponds toujours la même chose : Adrian Smith d'IRON MAIDEN. Je crois que c'est le premier avec lequel il s'est passé quelque chose pour moi, et puis IRON MAIDEN est un de mes groupes favoris.

Comment décidez-vous des thèmes que vous abordez dans vos paroles ?
Antoine Poiret : Comme c'est Julian qui chante, il est plus amené à écrire les textes lui-même. Je m’y suis essayé une fois ou deux, toi aussi Gery Carbonnelle, mais certaines choses n'allaient pas. C'est lui qui le sent. Les thèmes peuvent venir de notre état d'esprit personnel, de sujets qui nous entourent etc.

Est-ce que ça vous arrive de regretter de ne pas être nés quelques décennies plus tôt pour vivre en plein âge d'or du heavy metal, ou bien, au contraire, êtes-vous fier de perpétuer un style comme celui-ci aujourd'hui ?
Antoine Poiret : Si on était nés plus tôt, vu l'époque, je ne sais pas si on serait encore vivants (rires).
Gery Carbonnelle : Ce style connaît une sorte de revival de nos jours. C'est mélangé avec d'autres influences qui font un peu évoluer les codes donc c'est intéressant d'avoir du recul sur cette période-là. On a aussi de nouveaux moyens techniques : à l'époque, les productions sonnaient un peu roots et pourraient avoir un bien meilleur rendu avec les moyens actuels. De ce point de vue-là, c'est une chance de vivre à l'heure actuelle pour faire de la musique.
Antoine Poiret : On a grandi avec cette musique. Sans ça, on aurait pu partir sur d'autres chemins, d'autres styles plus actuels, parce qu'on est conscients que c'est un style niche. On a appris à faire de la musique avec ça et je crois que c'est dans nos veines. Je ne dirais pas que je ne peux pas jouer autre chose, mais ça fait partie de nous.

Vous êtes un groupe depuis plus de dix ans. Quel regard portez-vous sur l'évolution de la scène française ?
Antoine Poiret : C'est un petit milieu donc on se connaît presque tous. On voit qu'il y a des groupes de heavy metal dans toutes les régions : en Bretagne, dans le sud etc. On a cette chance d'avoir pas mal de festivals tournés vers ce style et qui donnent une voix à tous ces groupes. C'est un style de musique qui a toujours existé depuis 40 ans et qui compte encore de vraies têtes d'affiche.
Gery Carbonnelle : En France, il y a des groupes comme SORTILEGE qui tournent encore.
Antoine Poiret : Je ne vais pas commencer à énumérer des groupes parce que, sinon, je ne vais pas m'en sortir (rires). Il y a aussi beaucoup de jeunes groupes.
Gery Carbonnelle : Il y a toujours un public qui nous suit dans les quatre coins de la France et c'est une chance. Je dirais même que c'est plus présent qu'en Belgique, où on a un peu moins de groupes. La dynamique est plus intéressante en France, en tout cas, pour le heavy.

Y a-t-il une évolution dans la manière dont les groupes français sont perçus à l'étranger ?
Antoine Poiret : Je ne veux pas être pessimiste, mais c'est peut-être un peu plus compliqué. Il y a tellement de groupes et certains pays – notamment nordiques – sont bien plus mis en valeur et aidés par les programmes publics pour tourner. Quand on voit une affiche de festival en Allemagne, la Terre promise dans notre style, on se rend compte qu’il y a peu de groupes français. Et quand on a la chance d'y aller et qu'on dit qu'on vient de France, tout le monde nous dit : « Ah bon ? ».

Pour en revenir à vous, vous n'avez pas de tournée prévue dans les prochains mois. Aura-t-on la chance de vous voir bientôt sur scène ?
Gery Carbonnelle : On n'a pas de tournée à proprement parler parce que, malheureusement, aujourd'hui, sans agence, ça devient compliqué de trouver ce genre de plan. Pour un groupe de notre niveau, ça devient compliqué de trouver des opportunités, ça devient cher mais on ne désespère pas. On a quand même des concerts prévus cette année, notamment en Belgique ou le 16 mai au Heavy Sound Festival. C'est un peu spécial parce qu'on est liés à H-BOMB, groupe dont le père de Julian faisait partie. Ils avaient joué dans ce festival en 1984 en ouverture d'une journée avec METALLICA et TWISTED SISTERS. C'est un des premiers festivals européens où ces groupes-là ont joué. On a la chance d'y jouer cette année et c'est un peu un hommage donc on fera quelques morceaux de H-BOMB. Donc on a quand même quelques dates mais côté tournée, disons qu'on est encore en négociation.

Quels sont vos meilleurs souvenirs sur scène ?
Gery Carbonnelle : Pour moi, c’était la première partie de MEGADETH à l'Olympia (en août 2023, NDLR). Étant un grand fan du groupe, c'était un rêve pour moi. C’était vraiment inespéré de faire ça.
Antoine Poiret : Je vais dire la même chose : la salle mais surtout l'accueil que l'on a eu et la réaction des gens, c'est ce qui m'a fait le plus chaud au cœur. Arriver devant la façade dans la rue et voir son nom accroché en-dessous de celui de MEGADETH, c'est quelque chose qu'on n'aurait jamais espéré.

On connaît le défi que représente la sortie d'un album. Avez-vous eu d'autres moments de fierté personnelle ces derniers mois ?
Antoine Poiret : Quand le clip du premier single est sorti et qu’on a vu les retours du public. Comme cela faisait déjà un moment que ce morceau était prêt, on n'avait plus vraiment de recul dessus et là, ça nous a remis dedans.
Gery Carbonnelle : Il y aussi beaucoup de gens qui adorent la pochette. Les gens nous disent souvent qu'ils voient que ce n'est pas de l'IA. À l'heure actuelle, cela les intéresse beaucoup et ça fait plaisir de voir qu'ils font encore la distinction. C'est une illustration d'un concept que l'on développe dans certains morceaux. On voulait vraiment une représentation visuelle de ce qu’on peut écouter sur l’album et que la pochette prolonge le voyage.

Que peut-on désormais vous souhaiter pour 2026 ?
Antoine Poiret : Pouvoir trouver des plans de tournée, avoir une structure qui s'occupe de ça pour nous, comme pour la sortie de l'album. Je pense qu'on est un groupe de live donc si on arrivait à avoir ce genre de plan, on serait les plus heureux du monde. C'est sur scène que l'on vit. C'est ce qui nous motive à continuer de faire tout ce que l'on fait, de composer, etc. Le cœur battant de tout ça, c'est la scène. Certains disent que le gras c'est la vie, mais pour moi, la scène, c'est la vie !
 

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