À la question : « Mais comment faire tenir sept musiciens sur la scène de la Maroquinerie ? », la réponse a été donnée ce vendredi 20 mars. Après une première partie assurée par le duo français ALBER JUPITER, les groupes MONKEY3 et MARS RED SKY ont livré un set chacun avant d’opérer l’une des fusions les plus attendues du public du stoner et du psych français pour former MONKEYS ON MARS. Retour sur une soirée sold-out légendaire et un concert haut en couleurs.
La soirée commence en douceur avec la musique d’ALBER JUPITER, entre psych et kraut rock envoûtant. Les lumières sont douces et la machine à fumée est, décidément, plus que fonctionnelle afin de nous plonger dans une atmosphère nuageuse, douce et cotonneuse à souhait. Composé de Nicolas Terroitin (basse, synthés) et Jonathan Sonney (batterie, synthés) remplacé ce soir par Mathieu Noblet, le duo joue une musique qui a le don de tout faire oublier, même la jauge de la salle. La magie des titres fleuves fonctionne : on nage dans une note, puis dans la suivante, puis dans une autre qui nous porte lentement jusqu’à la fin du premier titre. Le groupe joue son incontournable "Pas de Bol pour Peter", issu de son dernier album « Puis Vient la Nuit », dont la tension tient le public en éveil. Le seul mauvais côté d’un tel concert, c’est qu’on ne réalise pas qu’on arrive déjà à la fin après deux titres, quand il n’en reste plus qu’un. Pour rappel, il est rare qu’un titre d’ALBER JUPITER passe sous la barre des sept minutes. Le duo conclut son set avec "We Are Just Floating In Space" au final un peu rude comparé aux envolées qui l’ont précédé et remercie le public pour son accueil chaleureux.

Une fois passé l’entracte, le quartet suisse MONKEY3 monte sur scène. La deuxième étape du voyage commence alors avec "Collapse" : alors que les claviers de dB installent une ambiance spatiale vite renforcée par la basse de Jalil et la batterie de Walter, la guitare de Boris a vite fait de nous faire décoller. Sur scène, chacun ses mimiques : Boris ouvre la bouche au rythme des notes avec lesquelles il jongle, Walter est concentré sur son jeu toujours aussi impeccable, Jalil n’enlève ses lunettes de soleil que pour éponger la sueur de son visage et dB disparaît bientôt derrière ses longs cheveux druidiques dans un nuage créé par la machine à fumée et sa propre cigarette électronique. Le set est efficace, jouant sur les différentes ambiances, les mélodies reconnues par le public et l’équilibre entre une guitare méthodique et une basse caressante. Une fois "Mass" joué, retour à l’album « Welcome To The Machine » pour l’enchaînement de "Kali Yuga" et "Rackman". Tout au long du set, les lumières sont franches pour favoriser l’immersion : beaucoup de bleu, du rouge, du violet et quelques variations. MONKEY3 termine son set avec "Through The Desert" dont la mélodie envoûtante nous emmène cette fois sous un soleil de plomb. Le trio MARS RED SKY rejoint alors le groupe pour offrir un final magistral à ce titre, formant une très belle transition avec la troisième partie de la soirée.

Au tour de MARS RED SKY de plonger le public dans son ambiance psych. Une fois Julien Pras installé avec sa guitare, Jimmy Kinast positionné à la basse et Mathieu Gazeau derrière ses fûts (pour rappel, la batterie de chaque groupe est installée sur scène), les premières notes du titre "Arcadia" résonnent. La guitare guide les envolées tandis que la basse nous ramène parfois à la réalité à l’aide d’un ostinato. Vient ensuite "Collector" pendant lequel on profite à l’envi de la voix androgyne de Julien Pras ainsi que des distorsions de guitare, suivi de près par "Apex III". Le fuzz domine et il est impossible de lui résister. Le chant de sirène et la basse saturée au possible happent les esprits vers d’autres dimensions. Parmi les points communs que partagent les deux groupes, il y a la capacité à transporter le public dans l’espace, aussi bien dans le noir absolu que sur la surface de Mars depuis laquelle on contemple un ciel rouge. MARS RED SKY conclut le set avec deux titres issus de son dernier album « Dawn Of The Dusk » (2023), "Maps of Inferno" et "The Final Round". Comme lors du précédent set, le groupe sur scène est rejoint par le groupe complémentaire et c’est un round final avec deux fois plus de son qui achève le set de MARS RED SKY.

Le public attend de voir cette collaboration depuis presque un an, quand elle a été annoncée. Une fois l’EP sorti le 17 octobre 2025, il était sûr que voir un concert des singes sur Mars allait devenir un incontournable pour les amateur.ice.s du genre. Le groupe complet se tient devant le public de la Maroquinerie avec, de gauche à droite : Walter, Jalil, Julien Prats, dB, Jimmy Kinast, Mathieu Gazeau et Boris. Sorti sur le label de MARS RED SKY, « Monkeys On Mars » fait figure d’ovni que l’on n’osait imaginer que dans ses rêves les plus fous. L’EP comporte deux titres qui sont, bien sûr, joués ce soir. "Seasonal Pyres" ouvre le quatrième acte de la soirée. Dès les premières notes de guitare, on se rend compte que ce concert est le moment dont on avait désespérément besoin. Tout est réuni pour que ces musiques deviennent des indispensables : des batteries qui se répondent ou se doublent, deux fois plus de basse, des guitares qui s’équilibrent entre la mélodie principale jouée par Boris et celle de Julien Prats qui n’est jamais loin, des claviers qui parachèvent l’ensemble et un chant qui, superposé à l’ensemble, n’en est que plus magnifique. Les lumières rouges et blanches dansent et tourbillonnent, la pression monte, les musiciens accélèrent et tout explose en un final qui déclenche des applaudissements et des cris à n’en plus finir. Il fallait au moins "Hear The Call" et sa mélodie de guitare, simple et douce, pour apaiser le public. La montée en pression est très progressive, hypnotique à souhait lorsque dB rajoute ses claviers qui, comme autant de sirènes, semblent vouloir convaincre les oreilles que plus il y a de psych, meilleure est la musique. C’est chose faite.
La soirée est belle, le concert est beau et après ces deux musiques attendues, les sept musiciens poursuivent les festivités en interprétant un titre du répertoire de chacun : "Strong Reflection", l’un des titres phares de MARS RED SKY, est joué avant que ne lui succède, en rappel, "Once Upon a Time In The West", hommage que rend MONKEY3 à Ennio Morricone. Il suffit que les premières notes de basse de "Strong Reflection" résonnent pour déclencher de nouveaux cris de joie dans la salle. Pas de réinterprétation majeure pour adapter ces titres au nombre augmenté de musiciens. Uniquement des parties doublées dont le cœur, les oreilles et les cages thoraciques présentes ce soir avaient besoin pour vibrer et repartir des étoiles plein les yeux et du fuzz plein la tête. C’est après ce genre de concert qu’on aime davantage la vie, la musique, le psych, le stoner, le rock et tout le reste.
