7 avril 2026, 16:53

TRUCKFIGHTERS

Interview Oskar Cedermalm


Son dernier album remonte à 2016. Il est connu pour être l’un des pionniers du fuzz tout en restant plus discret que ses compères. Il vient tout droit d’Örebro en Suède. Il s’agit bien sûr de TRUCKFIGHTERS, groupe formé d’Ozo (Oskar Cedermalm), Dango (Niklas Källgren) et Jolo (Joel Alex) dont le son a envahi les tympans amateurs de stoner rock chargé en fuzz dès 2001. Vingt-cinq ans plus tard, le groupe revient avec un sixième album, « Masterflow », dont nous avons pu discuter avec le chanteur et bassiste Ozo.
 

En 2018, TRUCKFIGHTERS a annoncé faire une pause d’une durée indéterminée. Aujourd’hui, vous êtes de retour avec un nouvel album. Qu’est-ce qui vous a redonné l’envie de composer et de partir en tournée ?
Ozo : Il y a plusieurs raisons. Après le dernier album, on a beaucoup tourné et à la fin on en avait vraiment marre de partir en tournée et de jouer. On a fait une pause d’un peu moins d’un an après laquelle on avait déjà envie de rejouer, ça nous chatouillait les doigts ! Donc on s’y est remis juste avant le Covid. On a fait deux tournées et ensuite, la pandémie a frappé. D’autres musiciens ont été très inspirés pendant cette période puisque c’était l’occasion de rester chez soi et de travailler en studio mais, pour nous, ça a été exactement l’inverse : si on ne peut pas jouer en concert, on n’arrive à rien. On a besoin des deux : le studio et le live. Ensuite, quand le monde a recommencé à s’ouvrir deux ou trois ans plus tard, c’était vraiment génial de recommencer à jouer, on a senti que l’envie d’écrire de nouvelles musiques était revenue. J’ai aussi connu quelques changements dans ma vie personnelle : en 2022, je me suis séparé de ma copine avec qui j’étais depuis longtemps. Les dernières années de cette relation ne se sont pas très bien passées donc je n’ai pas été inspiré pendant cette période. Quand on s’est séparés, je me suis remis à apprécier plein de choses (rires). Pour résumer, il y a plein de raisons qui expliquent notre retour. On joue de la musique parce qu’on s’amuse. Si on ne s’amuse pas en écrivant de nouvelles musiques et en les enregistrant, ça n’a rien à voir. Mais maintenant, on a vraiment envie d’écrire de nouvelles musiques.

TRUCKFIGHTERS a changé de batteur plusieurs fois au cours de son histoire. Comment ça va en ce moment avec le batteur actuel ?
Ça se passe bien. On était en répétition aujourd’hui, je trouve que ça se passe vraiment bien. Ça fait cinq ans qu’on travaille avec Joel, ça tient du record pour nous (rires) !

Vous avez choisi des noms plutôt atypiques pour vous identifier en tant que membres du groupe. Ces noms font penser à des noms de personnages de Don Quichotte. Est-ce que vous vous identifiez, en tant que membres de TRUCKFIGHTERS, à des cavaliers solitaires qui errent dans le désert ?
Quand Dango et moi avons lancé le groupe il y a vingt-cinq ans, on commençait à travailler en tant qu’ingénieurs du son et il nous fallait quelque chose à enregistrer. On a commencé TRUCKFIGHTERS comme un projet un peu rigolo à enregistrer dans le studio. On s’est dit qu’on allait partir sur du desert stoner rock et on est tombé sur un livre qui s’appelait « Truckfighters » qui parlait d’un trajet aller-retour en camion jusqu’à Mexico. C’était un livre totalement inutile mais on a gardé la couverture et le nom. Comme le chauffeur de camion roulait jusqu’au Mexique, on s’est dit qu’il nous fallait des noms à sonorité mexicaine pour ce drôle de projet. Mais ensuite, c’est resté et on devait vivre avec. C’est comme ça qu’on a choisi nos noms.

Et vous êtes toujours heureux de ces noms ?
Oui, bien sûr ! Ça marche bien. C’est assez drôle et ça montre qu’on ne se prend pas vraiment au sérieux.

Sur le titre qui porte le nom de l’album, vous expliquez que le « masterflow » est symbolisé philosophiquement par une harmonie entre la discipline, la maîtrise et la spontanéité mais aussi par un équilibre entre la discipline et la liberté. Est-ce que vous définiriez TRUCKFIGHTERS comme un groupe épicurien qui recherche essentiellement le bonheur et la joie ?
Oui, à la fois dans la musique et dans la vie. On a besoin d’avoir un équilibre entre les deux. Je ne suis pas quelqu’un qui veut passer sa vie en tournée et jouer de la musique tout le temps. J’ai besoin de sortir, de me promener en forêt, de profiter de la nature et de la vie pour pouvoir créer de la musique. Il faut avoir du temps pour se relaxer et faire autre chose que de la musique pour que la musique soit vraiment bonne. Il faut de la liberté mais quand on est en studio, il faut aussi de la discipline et de la rigueur sinon, il n’y a pas d’album (rire) si on n’y met pas d’effort ni d’énergie.

Quelles sont les expériences de vie que vous avez envie de réaliser actuellement ?
Ce week-end, ma copine et moi allons faire du ski de fond dans les montagnes suédoises jusqu’à des cabanes qui sont vraiment très loin de la civilisation. C’est une vraie aventure. C’est le genre de chose qui booste les batteries du corps. Quand on revient, on a plein d’énergie et on est prêt à jouer en concert.

Sur l’artwork, Dango et vous êtes représentés avec un bouteille de carburant. Est-ce que vous considérez votre musique comme une source d’énergie ?
Oui, toujours. La musique a toujours occupé une place importante dans ma vie, avant même que je ne commence à jouer, j’écoutais beaucoup de musique et je dépensais tout mon argent dans l’achat de musique. Je crois que sans musique, on perd l’accès à une dimension de la vie qui est pourtant absolument nécessaire, même si je ne jouerai peut-être pas dans un groupe jusqu’à un âge avancé. J’aurai toujours la musique dans le sang et en écouter veut vraiment dire beaucoup pour moi.

Quels sont les groupes que vous avez dans le sang ?
Ces quinze dernières années, je ne suis pas vraiment inspiré par les autres groupes. C’est plutôt le fait de créer un son qui nous est propre qui m’inspire, j’ai envie de créer selon mes envies du moment. Mais quand on a commencé à jouer, il y avait évidemment BLACK SABBATH, DEEP PURPLE et ce genre de groupes. Dango et moi aimons aussi beaucoup la période grunge, notamment ALICE IN CHAINS, PEARL JAM, SOUNDGARDEN et tous ces groupes.

Vous avez créé un son vraiment unique et identifiable. Quel matériel utilisez-vous ?
Dango et moi-même portons une attention particulière au son, on a travaillé avec ça toute notre vie et on a aussi enregistré d’autres groupes. On sait exactement ce qu’on veut entendre. Pour nous, c’est plutôt facile de faire les réglages pour obtenir le son qu’on veut. On n’y réfléchit pas vraiment, c’est juste quelque chose qui se passe comme ça. Si ça sonne grunge, stoner, metal ou autre chose… C’est un son qui est entre tout ça.

Vous avez sorti « Masterflow » sur votre propre label, Fuzzorama Records, ce qui est aussi une forme de retour puisque vous aviez sorti « V » chez Century Media. Pourquoi ce choix ?
On a sorti tous les autres albums sur Fuzzorama. Pour « V », on s’est dit qu’on devrait peut-être essayer un gros label, juste une fois pour voir comment ça se passe, ce qui sera différent et ce qui pourra être amélioré. Mais quand on l’a sorti sur Century Media… C’est un bon label, mais on pensait qu’ils mettraient plus de muscle et plus de « oomph » que ce qu’ils ont fait. Finalement, c’est comme si on avait sorti l’album sur notre propre label. On n’avait signé avec Century que pour un seul album donc pour « Masterflow », on ne s’est pas posé la question. C’est beaucoup plus agréable de sortir un album sur son propre label. Ça représente plus de travail mais ça n’est pas ce qui compte le plus : on aime faire notre propre musique et on aime pouvoir tout contrôler.

Vous avez aussi travaillé sur les albums d’autres groupes comme WIZZERD, WITCHRIDER et DEADLY VIPERS. Qu’est-ce que ça vous a apporté de travailler sur les albums d’autres groupes ?
Ozo : On fait ça depuis le début du label en 2005. Dès le départ, on voulait sortir les albums d’autres groupes, avoir un vrai label et pas juste sortir nos démos. Sinon, ça n’aurait pas été un vrai label. Donc dès le départ, on voulait intégrer d’autres groupes à notre catalogue. Mais quelques-uns des groupes qu’on aimait vraiment beaucoup sont partis maintenant, comme ASTEROID, SWAN VALLEY HEIGHTS etc. Ces groupes étaient en train de grandir et ils sont partis. C’est difficile de savoir combien de temps les groupes vont rester.

Vous faites partie de la scène stoner rock suédoise depuis longtemps maintenant. Quelles évolutions avez-vous pu observer ?
Je crois qu’il n’y a pas eu tant d’évolution, il y a surtout eu des tendances. On fait la même chose depuis vingt-cinq ans, pareil pour DOZER, un autre groupe suédois qui fait la même chose depuis trente ans. On a commencé quand le stoner n’était pas très populaire, mais quand ça l’est devenu, on était l’un des groupes les plus anciens. C’est plus une question de tendance dans l’industrie de la musique. Je ne crois pas qu’on ait beaucoup changé. On fait toujours notre propre son depuis vingt-cinq ans. C’est juste plus ou moins populaire selon les périodes.

À quel moment avez-vous observé ces tendances qui vous ont rendu plus populaire ?
Je crois que c’était quand le plus petit festival de stoner a commencé à grandir. Le Desertfest est vraiment bien établi maintenant, le festival de DOZER et les autres aident vraiment à développer le genre. Ils ont vraiment grandi en même temps que les groupes donc c’est un ensemble, même dans les plus gros festivals comme le Hellfest où il y a une scène quasiment dédiée au stoner. Il y a cinquante ans, ça n’existait peut-être même pas.

Dans le documentaire intitulé « Fuzzomentary » qui retrace votre parcours en tant que groupe de vos débuts à 2011, on peut voir que vous faites vos tournées dans un van bleu. Est-ce que vous l’avez toujours ?
On l’a vendu il y a dix ans (rires). Mais on va en acheter un autre, un peu plus ennuyant.

Toujours dans ce documentaire, vous avez dit que vous aimeriez jouer sur la Lune. Aujourd’hui, si vous pouviez choisir une planète ou un satellite sur lequel donner un concert, lequel choisiriez-vous ?
Je pense que je préférerais rester sur Terre. Il faut faire un long voyage pour un seul concert donc je vais rester ici. Il y a encore beaucoup d’endroits dans lesquels on n’a pas joué : l’Amérique du Sud, l’Australie, l’Espagne où beaucoup de gens nous demandent de venir. Je trouve que jouer sur l’ensemble de la surface terrestre est déjà largement suffisant.

Quels sont les endroits dans lesquels vous n’avez encore jamais joué et où vous aimeriez aller ?
On n’a encore jamais été en Asie, notamment au Japon et on n’a encore jamais été en Afrique du Sud. Je ne sais pas à quel point la scène y est importante mais on ira peut-être un jour. Peut-être qu’il y a quelques clubs rock où on pourrait jouer.

Il y a quelques années, Josh Homme a dit que TRUCKFIGHTERS était le meilleur groupe qui ait jamais existé. Selon vous, qui est le meilleur groupe à avoir jamais existé ?
(rires) Je dirais BLACK SABBATH ou DEEP PURPLE, mais pas tout au long de leur carrière. Tout ce qu’ils ont fait n’était pas parfait, mais ils ont quand même eu de très belles carrières.

Avec quels autres groupes aimeriez-vous avoir l’occasion de jouer ?
Ça serait génial de jouer avec QUEENS OF THE STONE AGE. On ne l’a encore jamais fait donc peut-être qu’on pourrait préparer ça ensemble.

Comment vous sentez-vous à l’idée de refaire une tournée et jouer dans plusieurs festivals, notamment le Hellfest cet été ?
Je me souviens encore de la dernière fois où on a joué au Hellfest et ça n’est pas quelque chose que je dis juste pour cette interview. Je crois que c’est l’un de mes festivals préférés parce qu’il est vraiment unique. La première fois qu’on y a été, on a joué le dimanche à onze heures du matin. La tente était vraiment remplie de gens et c’est ce que j’aime avec le Hellfest : ça n’est pas seulement un festival où on boit beaucoup d’alcool, on écoute aussi beaucoup de bonne musique. J’aime beaucoup cet état d’esprit et le fait qu’on puisse voir autant de groupes que possible.

Quels sont vos objectifs dans le futur avec TRUCKFIGHTERS et de manière générale ?
Ça serait génial de jouer et que le public continue de venir pour apprécier la musique. On n’a pas besoin d’être plus populaires que ce qu’on est maintenant, on est très heureux comme ça. On aime jouer de la musique devant le public qui vient. C’est peut-être dangereux d’être heureux de cette façon, peut-être qu’on devrait chercher à se développer davantage. Bien sûr, on aimerait faire de plus grandes scènes, mais on est vraiment heureux maintenant donc on préfère profiter tant que ça dure.

Retrouvez TRUCKFIGHTERS le 24 mai au Grand Paris Sludge à l'Empreinte de Savigny-le-Temple.
 


 

  

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