19 juin 2026, 15:00

MÖHRKVLTH

Interview Grégory Person


Cela faisait un moment qu’on n’avait pas entendu parler du groupe breton MÖHRKVLTH. Si son premier album « A-dreñv ar vrumenn » avait déjà récolté quelques hommages, nul doute que le black metal tantôt blasté, tantôt atmosphérique qu’il propose sur « Gwenojennoù An Ankounac’h » saura trouver un public encore plus nombreux. Avec un nouveau line-up autour de lui mais toujours avec la même envie de faire vivre l’histoire bretonne à travers sa musique, Grégory Person, tête pensante de MÖHRKVLTH est fier de nous présenter ses six nouveaux titres et à cette occasion, il a bien voulu prendre le temps de répondre à nos questions.
 

A propos du nouvel album de MÖHRKVLTH intitulé « Gwenojennoù An Ankounac’h », tu dois être content de revenir sur la scène black metal après sept ans d’absence. Es-tu plutôt du genre excité ou stressé à propos d’une nouvelle sortie ?
Grégory Person : Oui il y a une forme d’excitation ou plutôt de motivation avec l’actualité à venir mais pas du tout de stress. Heureux de faire revivre MÖHRKVLTH en tout cas après tout ce temps !  

Commençons par parler un peu du line-up de MÖRHKVLTH qui a quelque peu évolué depuis le dernier album... Peux-tu nous présenter les membres actuels du groupe et ce qui vous a amené à travailler ensemble ?   
Sven (TAN KOZH, BELENOS…) qui avait mixé le premier album a intégré le poste de guitariste en 2018 et avait joué les concerts de l’été 2018 à mai 2019. 
Mathieu le nouveau chanteur est arrivé un peu après la période covid suite à l’envoi d’une démo de chant très prometteuse.
Galaad à la batterie et Florian à la basse (les deux ont joué dans FALLAKR et GOATSLAVE notamment) ont rejoint l’aventure un peu après Mathieu, la proximité géographique facilitant le travail car nous sommes tous basés entre Finistère et Côtes d’Armor. Quant à moi je suis toujours à la composition de la guitare rythmique principalement.   

Un autre changement également est celui de la signature sur le label Antiq Records. Pourquoi ce choix ? Comment s’est décidée cette collaboration ?   
Un peu comme pour le line-up j’ai souhaité travailler avec quelqu’un de proche géographiquement et possédant un catalogue solide. Il s’avère que Hyver tient un magasin physique avec ses productions et de la distro à à peine une heure de chez nous dans les Côtes d’Armor : le Kleuzenn Mystiq à Rostrenen, que je conseille à tous les passionnés de black metal de visiter dès que possible ! Je l’ai tout simplement contacté lorsqu’on avait bien avancé dans le mixage de l’album pour lui demander s’il était partant pour le sortir, et après avoir écouté une version bien avancée il a immédiatement accepté.  

Parlons un peu de ce titre, imprononçable pour le commun des mortels, mais qui a forcément du sens en breton, langue vous chérissez : « Gwenojennoù An Ankounac’h ». Peux-tu nous en donner sa signification et le symbolisme qui s’y cache ?   
En réalité ce titre n’est pas difficile à prononcer, il signifie “Les Sentiers De l’Oubli”. Il résume explicitement la globalité thématique de l’album de manière mélancolique.   

Si on se penche sur la musique de MÖHRKVLTH, on retrouve un black metal véritablement prenant avec des rythmes blastés, des riffs cinglants et un chant black mais l’alternance avec le chant clair et le côté atmosphérique nous offrent un voyage immersif dans le monde sombre de la Mort, du passage à l’inconnu de l’Au-delà. Est-ce que c’est votre intention ?   
Quand j’ai composé la base des 6 titres à la guitare je pensais simplement à jouer un black metal à la fois personnel et résumant mes influences principales. Par la suite chacun a librement ajouté sa pierre à l’édifice jusqu’à la dernière étape des textes et du placement du chant. Il n’y a pas eu d’intentions particulières à part de privilégier le Breton en créant à cinq un album ayant une âme et pouvant traverser les âges. Il était important pour nous lors de la construction de l’album et de son mixage de faire en sorte qu’il soit difficilement datable techniquement parlant sous tous les aspects. Créer une œuvre intemporelle plutôt que d’être facilement casable et rangeable dans un tiroir fermé entre deux autres groupes semblables.


​Si on prend le premier morceau "Dindan gouloù ar c'hroajoù mein" de neuf minutes, on y retrouve aussi des influences pagan tant dans sa structure que par son contenu. C’est une belle entrée en matière avec mélodies intéressantes et break saisissant. Tu peux nous en dire plus ?  
C’est le morceau le plus ancien des six figurant sur l’album. Une partie de celui-ci avait été composée en 2018. Il est assez symbolique de l’évolution de MÖHRKVLTH entre le premier album et celui-ci qui est donc seulement le deuxième. Plus riche dans sa structure générale, plus travaillé dans les arrangements avec une batterie en mode rouleau compresseur, les guitares sont accordées différemment allant puiser plus bas sonorement pour subitement retrouver la lumière. Et on y dévoile dans ce morceau la panoplie des chants utilisés dans l’album, un zest de chant clair dans un océan de saturation. 

Il y a également le moment suspendu acoustique et instrumental "Recueillement" suivi du brutal et habité "Pour Une Couronne de Chrysanthèmes", très en contraste, comme si vous visitiez les différents stades du deuil, entre colère et résilience. J’imagine que le choix de la succession de ces deux titres n’est pas anodin ?  
Tout à fait ! Le morceau acoustique a été composé en dernier. Sven et moi-même étions munis de nos guitares acoustiques en extérieur sur la côte paimpolaise pour le composer. Notre objectif était de reprendre le premier riff blasté de “Pour Une Couronne De Chrysanthèmes” et de trouver des arrangements mais sans trop l’étirer. L’album en lui-même est très dense et la partie acoustique arrive à point nommé avant le retour des hostilités. Quant au texte, il prend pour exemples divers combats (Dixmude, Verdun, bataille du chemin des Dames, Conlie etc) menés par les Bretons pour un même résultat : une couronne de chrysanthèmes pour les sacrifiés sous la bannière de France.  

Peux-tu nous parler également de cette "nuit des pendus" dépeinte dans "Noz ar re grouget", un morceau mystérieux de dix minutes ?   
Cette chanson laisse plus de place à l’interprétation. Il s’agit d’une allégorie dans laquelle un tribunal populaire vient de rendre sa sentence et les pendus dépeints dans les paroles sont condamnés à mort pour acte de trahison. Sont-ils traîtres à leur drapeau ? Il succède donc à "Pour Une Couronne De Chrysanthèmes" où il est question de soldats qui sont allés mourir au combat, alors que dans "Noz Ar Re Grouget" on peut imaginer que c’est en ayant refusé de se soumettre que le même sort est réservé aux protagonistes.


Abordons un peu l’esthétisme MÖHRKVLTH avec la splendide pochette, une authentique peinture réalisée par un véritable artiste, représentant un paysage breton avec ses attributs. Comment a-t-elle été conçue ? Une commande a-t-elle été passée ou existait-elle avant l’album ?   
Ravi qu’elle te plaise et que tu en fasses mention ! C’est tout simplement Galaad qui a proposé de réaliser une peinture une fois que les morceaux de l’album avaient été mixés. Il a créé cette œuvre magistrale en osmose avec la musique et la thématique développées tout au long de l’album. Je la trouve incroyable dans sa finesse, sa beauté et ce qu’elle représente.   

Evidemment, elle est réalisée sans l’aide de l’intelligence artificielle. Est-ce important pour le groupe de créer à partir de l’essentiel et de l’authentique sans avoir recours à la technologie invasive ?  
Tu mets le doigt sur un sujet sensible. Pour nous il est inconcevable d’utiliser l’IA pour de l’art. L’IA va tuer beaucoup de professions alors que les artistes passionnés et intègres ont déjà beaucoup de contraintes au quotidien... Si on ajoute la concurrence de l’IA et que ceux qui l’utilisent parviennent à leurs fins ça signera la mort de la vocation pour une grande partie des artistes potentiels.  

La modernité a quand même du bon : vous partagez beaucoup sur les réseaux sociaux à propos de cette nouvelle sortie d’album. C’est un passage obligé pour répondre à la demande des fans et pour se faire connaître ?   
Tout dépend des objectifs de chaque groupe. Un groupe qui veut rester discret, ne pas faire de scène et rester underground n’a même pas besoin de se montrer sur les réseaux. En revanche dès que tu souhaites un minimum d’exposition et que tu signes sur un label solide ça fait partie de la marche à suivre.   

Quels sont les projets à venir ? Y’aura-t-il des concerts prévus pour la promotion de l’album ?   
Oui on a quelques plans pour revenir sur scène, à Rostrenen en Centre-Bretagne d’abord le 20 juin à l'occasion d'un festival médiéval puis plus loin ensuite voire beaucoup plus loin. On attend évidemment les officialisations avant d’annoncer tout ça mais vous serez tenus au courant sur nos réseaux en temps et en heure. On est très actif en coulisse depuis l’année dernière et on commence à explorer des idées pour une prochaine production histoire de ne pas attendre encore quasiment huit ans entre deux albums !  

On a hâte d’en savoir plus !
« Gwenojennoù An Ankounac’h » est un album riche et puissant, qui ne manquera pas de fédérer les amateurs du genre...
Merci à toi également pour ton intérêt et ravi que « Gwenojennoù An Ankounac’h » te plaise autant !
A toi et aux lecteurs de HARD FOFCE, je vous dis à bientôt pour notre retour sur scène !



Blogger : Aude Paquot
Au sujet de l'auteur
Aude Paquot
Aude Paquot est une fervente adepte du metal depuis le début des années 90, lorsqu'elle était encore... très jeune. Tout a commencé avec BON JOVI, SKID ROW, PEARL JAM ou encore DEF LEPPARD, groupes largement plébiscités par ses amis de l'époque. La découverte s'est rapidement faite passion et ses goûts se sont diversifiés grâce à la presse écrite et déjà HARD FORCE, magazine auquel elle s'abonne afin de ne manquer aucune nouvelle fraîche. SLAYER, METALLICA, GUNS 'N' ROSES, SEPULTURA deviendront alors sa bande son quotidienne, à demeure dans le walkman et imprimés sur le sac d'école. Les concerts s'enchaînent puis les festivals, ses goûts évoluent et c'est sur le metal plus extrême, que se porte son dévolu vers les années 2000 pendant lesquelles elle décide de publier son propre fanzine devenu ensuite The Summoning Webzine. Intégrée à l'équipe d'HARD FORCE en 2017, elle continue donc de soutenir avec plaisir, force et fierté la scène metal en tout genre.
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