En vingt ans d’existence, de cris de screamo et de mélodies de post-rock, FALL OF MESSIAH n’a cessé d’évoluer, de surprendre et de toucher aussi bien les cœurs que les oreilles. C’est en ce 24 avril que la trilogie d’albums entamée en 2016 par le groupe s’achève avec « Green Lands ». Dix titres, quarante minutes et un voyage dans des contrées verdoyantes dans lesquelles se déploient la rage et l’effroi, mais aussi le calme et la paix.
Auparavant quintet, FALL OF MESSIAH est désormais composé de quatre membres : Sylvain Moulin (basse, chant), Martin Moulin (guitare, chant), Florent Gerbault (guitare) et Pierre Bailleul (batterie, chant). Ensemble, les musiciens poursuivent le cheminement musical de cette trilogie qui se tourne vers les paysages. Entamée avec « Empty Colors » en 2016 et poursuivie avec « Senicarne » en 2020, celle-ci trouve son aboutissement avec « Green Lands ». Comme une forêt qu’on explore pour la première fois, cet album est d’abord intriguant : où nous mène ce post-rock mêlé de screamo ?
De prime abord, on retrouve ce qui fait le style du groupe tout en notant certains changements. Dès les premières notes de "Tour de garde", le groupe installe une ambiance particulière, à la fois douce et mystérieuse, grâce à un clapotis de notes de guitare. Le chant, plus présent sur cet album, n’est pas en reste. Toujours dosé avec une grande justesse, il est encore bien loin d’être prépondérant et laisse aux mélodies toute la place nécessaire à leur développement à la fois long, précis et riche. On n’imagine pas un instant couper la mélodie du titre "Il faut passer l’hiver" dans laquelle on plonge sans modération, sans bouée ni flotteur pour nous retenir. On découvre alors les nombreuses facettes de « Green Lands » qui alterne les ambiances et les montées en pression, le tout avec un équilibre et un talent développés pendant les vingt dernières années. "Tired Hands", son tremolo de guitare sur fond de chant torturé et sa force tantôt contenue, tantôt déployée, en sont une preuve indéniable.
Fortement inspiré par les forêts dans lesquels le batteur Pierre Bailleul aime se rendre, « Green Lands » est fortement marqué par une quête de calme et de paix. On se laisse volontiers aller à la contemplation d’un paysage mental en écoutant "Hourvari" et on imagine vite les collines de "Meadows" sur lesquelles jouerait la lumière du soir. Tous ces paysages sont autant d’occasions de plonger à l’intérieur de soi et de comprendre qu’après les "Old traces…", il est temps d’avancer vers un "New path". Mantra qui s’avère être valable aussi bien pour le groupe qui tâche d’évoluer et de se renouveler au fil des albums, que pour les individus qui le composent.
Le post-rock de FALL OF MESSIAH ne s’envole pas toujours : il nous ancre parfois dans la réalité, entre des troncs d’arbres serrés les uns contre les autres, tout en ménageant des espaces de respiration et de liberté comme une trouée lumineuse entre les feuilles des arbres. "Petrichor" est l’un de ces rais de lumière qui descend jusqu’à nous et éclaire soudain le chemin. Et soudain, on se met à courir pour suivre le rythme de "Tour de force" : tout se déchaîne et crie, depuis les voix d’Antoine Mansion et Tommy Hampshire jusqu’à la trompette de Fabien Verwaerde, tous trois invités sur ce titre. Et alors qu’on pense avoir fini de courir, "A joy of lesser means" dévoile sa fragilité mêlée de rugosité.
Une fois la tête sortie de « Green Lands », les émotions se mélangent : les mélodies sont intenses, peu importe leur tempo. Les cris sont poignants, peu importe leur force. Et les rythmes sont prenants, encore et toujours. Alors qu’on croit n’avoir fait qu’écouter de la musique, on s’aperçoit que nos réflexions prennent un tour plus profond et plus intime, comme si la musique de FALL OF MESSIAH nous avait révélé à nous-même.