5 mai 2026, 17:44

QUEEN(ARES)

Interview Alex Renaux et Charly Millioz


Composé de membres de diverses formations (JUNON, SYLVAINE, THE LUMBERJACK FEEDBACK et BERNIE), QUEEN(ARES) est un peu le super-groupe des amateurs de la scène underground française. Avec un post-metal aussi puissant qu'indescriptible, le quartet nous propose son deuxième album en cette fin de mois de mars, « Choices », qui va encore plus loin dans les expérimentations et les enchaînements d'ambiance. C'est dans le cadre de la sortie imminente de celui-ci que nous avons pu rencontrer Charly Millioz (basse, chant) et Alex Renaux (guitare), venus spécialement à Paris pour l'occasion.
 

Vous êtes de retour avec « Choices » qui sort cinq ans après « From This Ground, From This Sea ». Comment se sont passées les cinq dernières années pour vous ?
Alex Renaux : Ces cinq dernières années, on a surtout fait de la compo, de l'organisation et de l'enregistrement. On a fini d'enregistrer l’album il y a un an et demi et il a été masterisé il y a un an. Après ça, c’est allé vite : on a chacun des projets à côté, que ce soit des groupes ou des vies, ce qui fait que le temps passe un peu plus vite. Finalement, cinq ans, ça peut sembler long mais quand on y repense, ça ne l’a pas été tant que ça.
Charly Millioz : Après la sortie du premier album, il s’est passé pas mal de choses : on a pu enchaîner pas mal de festivals, on a fait pas mal de dates... C'est vrai qu'on ne s'est pas remis immédiatement dans le processus d'écriture. On était content du set qu'on avait et de l'album qu'on avait donc on n’a pas ressenti le besoin de se remettre immédiatement sur un nouveau projet d'album. Et puis, entre le début de la composition et la sortie finale le 27 mars, il s'est passé trois ans entre le processus d'écriture, l'enregistrement, le planning de sorties d'un label dans lequel on a dû s’insérer, etc. Tout ça prend du temps ! Donc ce sont cinq ans qui sont passés assez vite.
 

Vous êtes revenus dans le Nord pour enregistrer dans trois lieux différents. Pouvez-vous me raconter l'histoire de cet enregistrement et m'indiquer où ont été enregistrées les différentes parties ?
Charly Millioz : On n’a pas enregistré en live, on a fait un instrument après l’autre. C'est ça qui a dicté les lieux d'enregistrement, notamment les moments pour lesquels on avait une vision très précise. Par exemple, on voulait que le son de la batterie soit assez différent de celui du premier album, qu’il soit beaucoup plus organique. Sur le premier, le son est très spatial, très réverbéré et on y avait mis un peu de « triggers ». Cette fois, on voulait un son 100% naturel donc vraiment la batterie dans une pièce. Quand on a commencé à enregistrer dans un studio, on n’aimait pas vraiment le son donc on est retournés enregistrer la batterie au Boss Hog Studio à Ham-en-Artois, chez notre ami Clément Decrock. Ensuite on est allés enregistrer la basse et la bass VI au studio du Métaphone : c’est une salle qui nous a accompagnés pendant deux ans et c’est aussi le lieu du Tyrant Fest. On a enregistré les guitares d'Alex et les voix à la Malterie, notre lieu de répétition qui est aussi une salle de concert. C'est un processus un peu éclaté mais l'objectif était d'avoir un son continu sur tout l'album et, surtout, une expérience qui se rapproche plus du live que le premier disque.
 

Dans cet album, vous évoquez la relation entre l'homme et le monde, entre la destruction et la construction, ainsi que l'impact d'un être a priori insignifiant sur les éléments. Comment avez-vous articulé ce thème autour des titres de l'album ?
Charly Millioz : Je pense que ce sont des thèmes qui étaient déjà présents sur le premier album. Je pense qu'on écrit en réaction à notre environnement. Vu que ce sont des questions qui sont de plus en plus abordées, à raison, on écrit dessus de façon assez naturelle. Les textes sont relativement imagés et ne sont pas militants en tant que tels, mais le sous-texte et leur existence dans le contexte actuel traduisent notre ressenti sur divers sujets de société. C'est une thématique qui nous est venue naturellement. Il n'y a pas eu de conceptualisation avant l'écriture pendant laquelle on se serait dit : « On va parler de tout ça ». Ce sont juste des sujets qui nous interpellent et vers lesquels on se tourne naturellement.
 

En termes de style, j'ai été assez surpris parce qu’il y a des passages bien plus extrêmes que sur le premier album et des passages plus sereins qui m'ont notamment fait penser à OPETH. L'exemple le plus parlant est ''For Rice and Flowers'' qu'on se prend en pleine gueule, un peu par surprise, ou encore ''Black Corridor'' qui arrive comme un parpaing après ''An Upward Trail''. Comment trouve-t-on la limite quand on va d'un extrême à l’autre ? Et y en a-t-il seulement une ?
Alex Renaux : En fait, il n'y a aucune limite. On compose comme on ressent. Il n'y a pas de moment où on se dirait : « On va composer un couplet, un refrain, un couplet, un refrain. » qui donnerait une chanson structurée. On arrive en répétition avec un riff qu’on déstructure et qu’on remanie de différentes manières jusqu'à ce qu’on se dise : « Là, on a un quelque chose de cool. ». Ensuite, on regarde combien de temps ça dure, on pense que ça va durer trois minutes... Et non, ça en fait huit, merde (rire) ! Tout s’imbrique de la même façon que nos émotions et on a envie de le montrer. On s'interdit presque d’avoir une structure en couplets et refrains et en même temps, je me dis que ça ne me paraît pas naturel dans notre façon d'écrire : on écrit des titres, des riffs qui se suivent ou non mais qui ont toujours un intérêt commun. C'est vrai que ''For Rice and Flowers'' est le morceau le plus représentatif de l'extrémisme de cet album. Il y a le riff du début qui rentre bien dedans, il y a des passages plus mélodiques et il y a le côté OPETH. Je suis aussi un grand fan de A PERFECT CIRCLE. En même temps, on peut écouter ça en étant un grand fan de deathcore ou d'OPETH. Finalement, c'est notre façon de jouer qui fait que tout se marque bien et se profile bien.
Charly Millioz : Peut-être aussi qu'on a appris à se connaître musicalement quand on a écrit le premier album, ce qui fait qu'il y a des idées qu'on s'est sentis plus libres de proposer sur le deuxième. Je pense qu'il y a des éléments qu'on aimait bien sur le premier et qu'on a voulu développer encore un peu, pousser encore les curseurs sur ce deuxième album. Objectivement, il y a des chansons qui ne sont pas loin de la ballade pop et d'autres qui sont plus proches d’un black metal un peu énervé. Mais je pense qu’on l’avait déjà fait dans l'écriture du premier. Je pense que sur ''Fall'', qui est un titre du premier album, c'est la première fois qu’on s'est dit : « On va se permettre un blast beat. » et il y en a beaucoup plus sur le nouveau parce qu'on a fait cette tentative avant. Donc je pense qu'on a trouvé une formule qui nous convient plus. On va voir ce que ça donne sur l’album suivant en termes de direction artistique mais j'aime bien me dire qu'on a un peu élargi le panel d’énergies, c'est cool.
 

Est ce que vous partez de la musique pour créer les chansons ou est-ce que vous pensez à une idée que vous voulez illustrer et à partir de laquelle vous composez ?
Alex Renaux : On part de la musique pour écrire. On ne se dit pas : « On va prendre cette direction artistique. ». Tout part d'un riff, à l'ancienne. C'est le côté un peu brut qu'on a voulu dépeindre sur cet album : ça reste un album de rock avec un peu de gras et un album qu'il faut défendre sur scène sans artifice. Ça n’est pas dans notre ADN d’en utiliser et chacun fait comme il en a envie. L'album sera joué comme ça sur scène et il y aura ce gras peut-être encore plus sur scène que sur album, je n'en sais encore rien. Mais on s'interdit de mettre des instrus sur bandes et ce genre de choses.
Charly Millioz : Oui, c'est l'idée musicale qui dicte tout le reste, même si certaines idées tombent bien. Par exemple, je sais que quand on a commencé à écrire la musique de ''For Rice and Flowers'', c'est à peu près à ce moment-là que j'ai découvert un livre qui m'a beaucoup inspiré pour le texte. C'est plutôt dans ce sens-là que ça se fait.
 

Entre les extrêmes, on trouve aussi des morceaux hyper efficaces comme ''What If The Souls Remain'' qui monte petit à petit en restant très entraînant. Ça rend l'album très équilibré et pour mélanger toutes ces influences différentes, il faut forcément un fil rouge. Comment avez-vous réussi à garder un son cohérent sur l'album malgré toutes ces expérimentations ?
Charly Millioz : ''What If The Souls Remain'' est le seul titre sur lequel on a utilisé ce type de structure : la plupart des idées de base viennent plutôt d'Alex alors que sur celui-ci, c’est surtout moi qui ai écrit. C’est un titre sur lequel il y a beaucoup de ruptures avec de grosses différences de dynamique et, en assemblant la grille de morceaux, je voulais qu'on essaye de composer un titre beaucoup plus progressif plutôt qu’une chanson avec une structure en escalier. Je pense que l'efficacité vient du fait qu'une grosse partie conclusive a été complètement supprimée pour garder le seul titre qui a vraiment une structure de couplet et refrain. Par contre, pour la continuité sonore, il y a eu un choix de production qui a été fait dès le début et qui est le même pour tous les titres : il y a un son de batterie commun, et pour la voix (c’est le cas dans tous mes projets mais encore plus dans QUEEN(ARES)), le nombre de sons que j’utilise est très limité. J’alterne principalement entre deux ou trois sons : clean, chorus, disto et un son lead qui est un peu tout ça à la fois. Comme il y a une continuité dans la basse et la batterie, Alex a davantage de possibilité de ramener des sons, de travailler beaucoup plus les effets et de ramener de la couleur. C'est aussi ça qui crée le contraste entre les différents titres : il y a une grosse base commune qui, pour moi, fait la continuité de cet album. On en avait bien conscience pendant l’enregistrement. On a voulu développer des dynamiques différents mais on a aussi voulu que l’album sonne comme un ensemble cohérent en termes de production.
 


L'album se termine sur le titre fleuve ''Darker Than Before'' qui a énormément d'ambiances sombres mais aussi quelques rayons de lumière. Est ce que vous l'avez structuré au fil de l'eau ou en amont ?
Alex Renaux : C'est un des rares titres qui ont été principalement composés en répétition plutôt que derrière un ordinateur. À la base, il ne ressemblait pas du tout au résultat final, ils m'ont cassé mon riff (rire) ! Pour la partie black metal de l'intro, j'avais ramené un joli arpège en son clair et puis ils ont voulu mettre une grosse partie black devant du blast beat... Finalement, je trouve ça génial ! Ensuite, tout est venu naturellement.
Charly Millioz : Ce choix s'est toujours fait un peu de la même façon et principalement sur les titres qui avaient des des riffs, des idées mélodiques, etc. On a d’abord bossé à deux pour agencer ça pour que je pose mes parties de guitare et on a un peu pré-structuré les morceaux avant de retravailler à quatre pour affiner et placer les voix. On fait aussi des maquettes pour la batterie mais généralement les idées de Nico sont relativement meilleures que celles que je fais avec le clavier MIDI. On a aussi besoin d'éprouver ces morceaux ensemble. C’est aussi pour ça que certaines parties sont un peu plus flottantes... Toute la deuxième partie du morceau, c'est une montée sur une partie qu’on a jammée en répète, sur laquelle chacun trouve progressivement ses paliers et qu’on structure peu à peu en répétant et en trouvant les niveaux d'énergie qui vont bien pour construire le morceau. C'est toujours un entre-deux : on a une base pré-travaillée et ensuite, c'est la vie musicale de groupe qui crée le résultat. Le morceau se termine sur un espèce d'interlude un peu drone ambient. Tout comme l'intro, ce sont des choses qu'Alex a créées pour l'album : plusieurs plages d'ambiances ont été créées comme ça. On est allés prendre celles qui nous semblaient être les meilleures pour structurer le disque.
Alex Renaux : Ce ne sont que des sons de guitare. J'adore bidouiller et déformer au point qu'on ne reconnaît plus la guitare. Je passe des heures à faire ça et chercher des pédales qui vont me permettre d’y accéder. À l'époque, je m'amusais souvent à leur envoyer plein d'interludes. Il y a des passages qui durent deux ou trois minutes, d’autres qui durent trente secondes... On a même un dossier « Les nappes d'Alex » (rire) dans lequel il doit y avoir six ou sept morceaux sans batterie, ce sont juste des nappes de gratte !
 


Je crois que mon titre préféré est ''Exiles'' parce que je trouve qu'il apporte une vraie respiration sur l’album. C'est encore un paysage différent alors qu'on approche de la fin. Est-ce que vous pouvez m’en parler ?
Charly Millioz : Il a failli ne pas y être. On avait bossé un autre morceau qui n'est pas sur l'album et à force, on a fini par échanger et se dire que ''Exiles'' avait plus sa place parce qu'il apportait une couleur un peu différente. En termes de construction, on a eu un peu le même process pour tout sur cet album donc il y a pas de grosse nouveauté. Mais c'est un choix conscient pour rétablir l'équilibre par rapport à ''Darker Than Before'' qui est beaucoup plus nerveux. Mais pour moi, il a le même rôle que ''What If The Souls Remain'' : ça peut servir de sas de décompression grâce à son côté un peu plus pop. On a fait plusieurs tentatives, notamment pour l'intro, de plusieurs instruments et finalement, c'est la guitare folk qui est restée. On se dit que c'est le bon moment. C'est quelque chose qui n'est pas du tout dans le premier album et on s'est dit qu'on allait ramener une texture, mais comme tu le dis, le but est d'avoir une petite respiration et une nouveauté pour que l'album ne s'épuise pas non plus. Ce sont des choix qui se font une fois que l'album commence à bien se structurer quand on commence à avoir des pistes de tracklist. On commence à le jouer en live à partir de la release party et je pense que même sur un set live, ça amène une autre couleur. On va aussi éviter la surabondance. C'est un morceau que j'aime bien jouer, il me met un peu au défi mais il est très cool.
Alex Renaux : Il y a un défi technique entre la guitare et le chant.
Charly Millioz : Oui, je ne me repose pas sur ce morceau !
 

Quelle chanson de l'album correspondrait à votre humeur aujourd'hui ?
Alex Renaux : Moi, je dirais ''Darker'' : l'intro pour le train et après, tout se déroule (rire) !
Charly Millioz : Peut être ''Exiles'' : c'est un titre qui avance bien et qui n'est pas trop sombre...
Alex Renaux : Avec du recul, ce titre était une vraie surprise : il n’était pas censé être sur l'album et finalement, une fois qu'on a commencé à travailler le chant, ça lui a vraiment donné quelque chose de différent.
Charly Millioz : Je repense à quelque chose : quand on a commencé à le retravailler en répétition, la plupart de mes voix sur ce morceau, sont des maquettes : ce sont les voix des démos que j'ai faites à l'arrache avec un SM-57 dans notre local. Il y a quelque chose dans la texture que j'aimais bien et qu'on a gardé plutôt que de le réenregistrer.
 

Où pourra-t-on vous voir bientôt en concert ?
Alex Renaux : La release-party était à Amiens en avril et on jouera surtout pendant l'automne. Il y a quelques dates qui se rajoutent d'ici cet été. Après la release-party, les dates sont plutôt éparpillées.
Charly Millioz : L'album sort à une période où n'avait pas encore la nouveauté, donc pour les festivals c'était un peu un entre-deux. Pour l'été, ce sera plutôt en 2027. On est aussi dans une période de reprise puisqu’on a peu joué l'année dernière. Le cœur de la tournée va se tenir en automne. On est aussi dans un temps où la plupart de nos dates sont en cours de planification.

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