
Il y a des groupes à qui tout semble réussir sans difficulté, et il y a les autres, les résilients, qui traversent les épreuves et maintiennent le cap coûte que coûte. AS EVERYTHING UNFOLDS fait définitivement partie de la deuxième catégorie, et a sorti ce 10 avril 2026 son troisième disque, « Did You Ask To Be Set Free », dans un contexte extrêmement difficile : celui du deuil d'un de ses membres, Jamie Gowers, décédé en août 2024. C'est avec la chanteuse du groupe, Charlie Rolfe, que nous avons évoqué l'album, le contexte de sa création, mais aussi le futur brillant que le groupe de metalcore anglais a devant lui, alors qu'une tournée avec FUTURE PALACE et LUNA KILLS approche fin 2026.
Vous avez sorti « Did You Ask To Be Set Free ? » le 10 avril dernier, marquant de nombreux changements pour le groupe. Quel est ton état d'esprit, en entrant dans l'inconnu comme ça ?
Charlie Rolfe : Eh bien nous avons sorti deux albums avant celui-ci, donc quelque part, on sait quoi attendre, d'une certaine manière. Mais chaque album est si différent, ainsi les circonstances qui y ont mené. Chaque situation est différente. On est aussi sur un autre label que celui que l'on avait pour les deux derniers albums, avec une équipe complètement différente, et une manière de faire les choses qui change beaucoup. C'est toujours un saut dans l'inconnu. Je ne dirais pas un pari, mais on ne sait jamais comment ça va se passer, tu vois ? On ne sait jamais comment les gens vont réagir, donc il faut juste avoir foi en son propre produit. Il faut avoir confiance en sa propre création, parce que si tu ne le fais pas, personne ne va en avoir rien à faire.
De ce que j'ai compris l'album était une manière de documenter votre deuil de Jamie en partie, mais aussi d'offrir une réflexion sur la liberté et ce qu'elle implique. Est-ce que vous aviez prévu de traiter ces sujets dès le début, ou votre écriture pointait-elle dans cette direction naturellement ?
Eh bien, l'album a commencé très différemment de ce qu'il est devenu, à cause de ce qui s'est passé. Je n'avais pas vraiment de plan direct. On écrit vraiment comme ça vient, et ça a tendance à s'assembler plus tard. Lorsque Jamie est décédé, nous n'avions pas commencé à décider complètement la manière dont on allait présenter cet album. La plupart était écrite, mais on n’avait pas encore commencé à formuler d'idées de vidéo, ou de manières de le promouvoir. Rien de tout ça n'avait été encore finalisé, pas même le titre de l'album. Rien de tout ça n'avait été formulé, mais ça a changé la direction de l'album, c'est certain. C'est devenu un moyen pour moi de raconter l'histoire de mon deuil, et aussi de mon expérience du traumatisme, et de comment j'ai fait pour y faire face. Il y a beaucoup de choses dont les gens ne parlent pas, quand quelqu'un décède. Tu sais, il y a les choses à la surface, qui sont évidentes, mais il y a aussi les choses auxquelles tu dois faire face, dont personne ne parle vraiment. Pour moi c'était un trouble de la rêverie compulsive, qui était une réponse au traumatisme qui faisait que j'utilisais la rêverie éveillée pour m'échapper de la réalité. J'ai dû travailler très dur pour ne plus en souffrir, alors que c'était plus facile et confortable de garder ce trouble. C'est un peu ce que l'album raconte. Ça parle de vouloir rester enfermé dans cette chose, et de se demander « Est-ce que j'ai demandé à être libre ? ». C'est la question que je me suis presque posée directement, parce que je me suis demandé si je voulais vivre comme ça pour toujours. C'est un peu comme dans « Matrix », où tu dois choisir la pilule rouge ou la pilule bleue. Es-tu heureux de vivre dans ce mensonge, ou souhaites-tu faire face à la réalité ? Ce sera difficile, mais ça vaudra le coup à la fin.
A propos de la liberté, penses-tu que dans ce monde où on est plus libres que jamais, notre liberté est limitée par le négatif qu'elle apporte ?
Oui, bien sûr. On vit, comme tu le dis, dans un monde où on peut faire ce qu'on veut, et on a accès à énormément d'information, ce qui est génial. Mais en tant qu'êtres humains, nous n'étions peut-être pas faits pour recevoir autant d'informations. Je ne suis pas médecin, mais je pense qu'avec les taux d'anxiété, de dépression et de ce genre de choses qui montent, qu'on a une surcharge de contenu horrible qui nous arrive. C'est bien d'être informé de ce qui se passe dans le monde, et c'est important, mais tu sais, quand on a des espaces de négativité vraiment exagérée, comme les réseaux sociaux, ou comme X (ex-Twitter, ndlr) ... Je vais sur X peut-être une fois par mois, et je ne l'utilise plus vraiment. Je l'utilisais vraiment beaucoup quand c'était Twitter, mais j'y suis allé l'autre jour pour poster quelque chose sur le compte du groupe, et j'étais choquée du contenu qui m'était poussé par l’algorithme. C'était du contenu vraiment terrifiant, et je me suis dit que le monde était devenu dingue ! Dont pour moi, il y a trop d'informations pour les êtres humains.
Je suis plutôt d'accord, et bien qu'on ait plus de moyens que jamais d'apprendre de vraies informations, on apprend de plus en plus de fausses informations aussi !
C'est le truc, tu finis par avoir plus de questions que de réponses, je pense. Et en tant qu'être humain, c'est difficile. Surtout pour quelqu'un comme moi, qui a beaucoup de choses à résoudre. Je trouve ça dur quand je découvre quelque chose et que je ne peux pas y trouver une réponse définitive, ça me dérange vraiment. Si nous avions vécu il y a 100 ans, ça n'aurait même pas été un problème, et ça ne serait jamais entré dans ma vie. Internet est un super outil d'apprentissage, j'y ai appris beaucoup en communiquant avec beaucoup de monde, et j'en suis reconnaissante... Mais c'est aussi mon pire ennemi.

Cet album parle aussi de confrontation avec la réalité, et de s'en échapper. En particulier sur ''Setting Sun''. J'ai l'impression que les gens de notre génération réalisent un peu tous les jours que nous vivons dans un monde imparfait, et on aimerait tous pouvoir aller à Narnia ou dans un autre monde lorsque le soleil se couche. Toi, comment fais-tu pour faire face à la réalité que nous vivons ?
C'est une bonne question. Je pense qu'il faut être très conscient d'où tu es, et d'où tu veux aller. Je sais que les gens ont tendance à faire des plans sur cinq ans, et je le faisais beaucoup, que ce soit sur le plan professionnel ou personnel. Les gens demandent « Comment te vois-tu dans cinq ans ? » et je répondais du tac au tac en listant plein de choses. Et ce qui s'est passé ces deux dernières années me l'ont fait oublier. Ce n'est pas négatif, ni du pessimisme, mais je pense que les gens mettent tellement de pression sur leurs propres vies pour réussir certaines choses avant un certain âge, ou en se disant « D'ici un an, je dois avoir ce truc, sinon mes plans ne se dérouleront pas. ». J'avais un plan, et il s'est effondré en une seule journée, et j'avais planifié le reste de ma vie, tu vois ? C'était comme si toute ma vie s'était effondrée. Ce que ça m'a permis de faire, c'est que je peux prévoir des choses, mais je peux aussi accepter que la vie te chie parfois dessus, et il faut que je sois préparée à ce que ça arrive. Tu sais, je vais être honnête et dire que j'envie les gens qui vivent toute leur vie sans vivre de moments difficiles. Mais en même temps, ce sont ces moments que j'ai vécus qui m'ont tant appris, notamment sur le fait de ne pas me préoccuper trop des petites choses. Non pas que les petites choses qui me rendaient anxieuses ou me dérangeaient ne le feront plus, mais je vais avoir tendance à me dire « Tu peux l'encaisser, tu as vécu dix fois pire. ». Donc oui, je pense que pour supporter sa propre réalité, c'est de planifier assez pour être enthousiaste vis-à-vis du futur, mais aussi se retenir assez pour que si tu es déçu ou si des choses arrivent, tu ne les laisses pas ruiner ta vie. Il ne faut pas se laisser aller à dire « J'abandonne, ma vie est terminée. ». La vie prend juste un autre chemin. C'est la meilleure manière de le décrire, je pense.
D'ailleurs les cinq dernières années devaient être un peu difficiles à planifier pour toi, « Within Each Lies The Other », le premier album d'AS EVERYTHING UNFOLDS, étant sorti il y a pile cinq ans...
Oui, complètement. J'ai beaucoup d'amis dans l'industrie, mais j'ai aussi beaucoup d'amis en dehors, qui n'ont aucune idée de comment je vis tous les jours, ça me donne une perspective différente. Ils me complimentent toujours en me disant « Je ne sais pas comment tu vis ta vie avec chaque jour complètement différent, comment tu fais sans avoir de routine ? Tu pars pendant des semaines, tu ne vois pas ta famille, tes amis, ton partenaire, et quand tu reviens, tu reviens à la réalité ! ». Et je réponds que c'est difficile, mais qu'encore une fois, on apprend à s'y ajuster. C'est une vie étrange !
Pour revenir aux chansons, j'aime beaucoup ''Denial'', car j'y ressent toute ta douleur et ta tristesse dans les cris. Je me demandais si ça t'a aidée d'écrire cet album, ou si ça a rouvert des plaies de repenser à tout ça ?
Eh bien cette chanson en particulier est venue très naturellement. Je pense que j'étais avec John dans son studio, et on a écrit ça en une journée. On a peut-être changé un petit bout de la structure, mais en gros, la chanson était presque finie en une journée. Je pense que c'était parce que c'était si inné et naturel que ça sorte comme ça. J'ai eu du mal à enregistrer, cependant. Lorsqu'on travaille, on fait une préproduction de quelques demos, et on assemble ça pour montrer comment on veut que ça sonne, puis on retourne en studio enregistrer tout pour le rendre plus brillant, et meilleur, tout ça. Il y a cependant un côté négatif à tout ça : comme tu le disais, ça rouvre des plaies. Et maintenant que je le vois d'un point de vue plus objectif, j'ai trouvé le processus d'enregistrement de cet album très dur. Physiquement et mentalement, ça m'a épuisée. C'était très, très dur, mais en même temps, j'ai choisi de le faire, et je voulais le faire. Je n'ai pas été forcée de le faire ou quoi que ce soit, je me suis poussée à le faire parce que je me disais « Je peux le faire, je peux traverser ça. ». Je me souviens avoir enregistré ''Denial'', et avoir un blocage mental tel que quand j'essayais de sortir ces cris, je ne pouvais pas. Je perdais toute ma distorsion, et ça sonnait comme si je toussais ! Je me souviens que l'ingé son m'a dit « Arrête. Détends-toi, et on y revient un autre jour parce que ton état d'esprit n'y est pas, tu commences à t'agacer. ». Mais quand on l'a fait, je suis revenue et j'ai réussi tout de suite, c'était parfait. Il y avait toujours ce côté brut, mais je ne sonnais pas comme un cheval qui tousse sur une partie du morceau. Tu sais, le chant est vraiment basé sur le mental. J'étais capable physiquement de le faire, je n'allais pas mal, mais mon cerveau bloquait. Je pense que c'était le souci de me dire « Je dois m'assurer de bien le faire, et je dois m'efforcer d'être moi, et de le faire pour moi. ». Mais j'avais besoin de ça, de redémarrer un autre jour et d'y revenir.
J'ai aussi beaucoup aimé ''Reverie'', notamment son passage un peu « house », qui m'a rappelé Dua Lipa, étrangement. Et il y a aussi un peu de techno et de drum and bass dans ''Set In Flow''. Quelles autres influences y avez-vous dissimulées ?
Alors celles-là viennent évidemment de John, parce que c'est notre claviériste et producteur. La production est son métier, et il fait beaucoup d'EDM, de drum and bass, de dubstep et ce genre de choses. C'est là qu'est son cœur musicalement. Il est très ouvert sur le fait que Skrillex est son artiste et producteur préféré de tous les temps ! J'aime vraiment le fait qu'il nous amène cet élément, et on aime tous un peu de musique électronique aussi. On est tous de grands fans de ENTER SHIKARI et PENDULUM, tout ce genre de choses, mais il s'y connaît beaucoup plus sur ce genre de choses, et on a beaucoup de chances de l'avoir pour ça. De mon côté, mes influences changent en fonction de mon humeur, mais souvent j'écoute un peu les mêmes choses. J'en suis au point où je ne m'aventure pas trop loin de mes goûts habituels. J'aime écouter les groupes de mes amis, ou ceux avec qui on a tourné, et ceux à qui j'ai été exposée. J'aime vraiment ça, mais je ne cherche pas vraiment de nouveaux artistes, ce qui est nul pour quelqu'un dans l'industrie musicale (rire) ! C'est une chose horrible à avouer ! Je reviens souvent au premier album de THIRTY SECONDS TO MARS, FLYLEAF est aussi une grosse influence pour moi, mais j'ai aussi grandi avec la musique du mouvement « new romantic » anglais. Donc beaucoup de TEARS FOR FEARS, DURAN DURAN, DEPECHE MODE, ce genre de choses. Même si évidemment il n'y a rien de tout ça au niveau des instruments, en termes de voix et de style visuel, j'ai toujours aimé le mouvement « new romantic ». Je m'en inspire beaucoup visuellement, surtout dans ma manière de me maquiller, et pour les shootings photo et vidéo.

''Cut The Lies'' est à l'opposé de ''Reverie'', et est une des chansons les plus heavy de l'album. Peux-tu nous parler de cette chanson et de comment elle a été créée ?
Celle-ci et ''Set In Flow'' sont un peu des chansons « sœurs ». Souvent quand on écrit un album, on a tendance à avoir des chansons qui se ressemblent parce que tu ne veux pas qu'une chanson se démarque trop. Tu as tendance à t'assurer que tout s'enchaine bien, et ''Cut The Lies'' et ''Set In Flow'' étaient un peu comme ça. Je me souviens qu'on voulait partir sur un single un peu osé, on voulait démarrer à fond, et ''Cut The Lies'' avait été considérée pour ça. Mais on s'est dit que ''Set In Flow'' semblait plus sympa. Mais ''Cut The Lies'' est très intéressante, par exemple le refrain où tout s'arrête au niveau des instruments à part une infrabasse, puis redémarre... ça nous a permis d'expérimenter un peu. On a parlé de Ariana Grande en studio, en disant que beaucoup d'artistes pop aiment faire monter les refrains puis retirer toutes les instrumentations plutôt que d'en ajouter, donc on a essayé, et c'était marrant ! Je pense que c'est pour ça que j'aime autant les chansons d'album, qui ne sont pas des singles, parce que ça te donne la chance d'expérimenter. Si on avait fait ça pour un single, et que ça n'avait pas payé, peut-être qu'on ne serait pas dans une aussi bonne position. Et puis ''Set In Flow'' est le single qui a le moins marché parmi ceux qu'on a sortis, parce qu'elle est un peu plus bizarre, et peut-être moins facile à écouter en tant que chanson seule. Je pense que dans le contexte de l'album, elle a plus de sens. Des chansons comme ''Gasoline'', tu peux les mettre comme ça en te disant « Oh cool, cette chanson a une bonne ambiance ! », tandis que sur celle-ci on ne sait pas trop ce qui se passe. Mais c'est une belle chanson d'amour.
C'est intéressant que vous ayez sorti autant de singles depuis neuf mois et que l'album sonne de manière aussi cohérente !
Ça fait plaisir à entendre ! De l'intérieur, c'est difficile à savoir parce qu'on passe évidemment tellement de temps à nous assurer que chaque détail soit parfait, et il y a des choses où je me dis « Mon Dieu, on s'est loupés sur celle-là ! », mais ça fait plaisir de savoir que ça a payé !
Carrément ! Et parmi les singles, j'ai notamment aimé retrouver Dani Winter-Bates de BURY TOMORROW sur ''What You Wanted''. Comment était la collaboration avec lui, et comment l'avez-vous choisi pour cette chanson sur les addictions et la perte de contrôle ?
La chanson était écrite depuis longtemps, c'était même probablement l'une des chansons les plus anciennes de l'album. Je pense qu'elle date même d'avant qu'on ne signe chez Century Media ! Et je me souviens que quand on l'a écrite, elle était très différente vocalement. Les couplets ressemblaient à la version actuelle, mais les refrains étaient complètement différents, et ce n'était pas très bon. Adam adorait le riff de guitare, et il était déterminé à en faire quelque chose. Et je me souviens qu'un jour j'ai dit à John d'effacer ce que j'avais fait pour le refrain, et que j'allais le refaire. On s'est dit « Pourquoi pas, si on ne la finit pas elle finira par être effacée. » et j'ai trouvé ce refrain assez rapidement, et ça s'est bien assemblé. Ça a pris un moment à travailler, mais ça a fini par marcher. Et parce que c'était une chanson plutôt heavy, et qu'on n'avait jamais réussi à faire fonctionner un featuring avant ça, non pas sans essayer, mais ça n'avait jamais marché pour plein de raisons. Ce n'était d'ailleurs pas une seule fois, mais plusieurs. On appelle ça la « malédiction de AEU », on ne peut jamais avoir de featuring (rire) ! On a arrêté d'essayer sur « Ultraviolet », parce qu'on avait demandé à une personne et ça s'était mal passé, donc on a décidé de ne plus essayer. Mais cette fois, on a trouvé qu'il y avait quelque chose de différent et pendant qu'on était en tournée avec BURY TOMORROW, en novembre, la chanson était majoritairement enregistrée, mais on avait un super rapport avec eux, et de bonnes relations. Dan est très ouvert sur ses combats avec la santé mentale, et tout ça, et ils ont été des fans actifs de notre groupe, au point qu'ils nous ont choisi eux-mêmes pour cette tournée. Donc j'ai juste eu à envoyer un WhatsApp à Dan et à dire « Salut mec, ça te dit d'être sur une nouvelle chanson ? », et il a répondu « Ouais, ça a l'air cool. » (Rire) ! Je lui ai envoyé la chanson, et je crois qu'un ou deux jours plus tard il est revenu vers moi avec sa partie, qui était parfaite dès la première version ! Il n'y a pas eu de travail difficile, tout était parfait ! Et moi, je suis une énorme fan de BURY TOMORROW depuis mon adolescence, comme tout le monde le sait désormais depuis la projection vidéo du dernier concert belge de la tournée... Merci David pour ça... Mais c'était un moment où tout revenait aux sources pour le groupe, qui a enfin eu un featuring qui a du sens. On ne s'est pas juste dit « On va faire venir ce chanteur d'un gros groupe. ». Dan voulait le faire, il était intéressé, on est fans d'eux, ils sont fans de nous... Ils sont juste adorables, donc ça a marché.
Vous avez fait beaucoup de clips pour les singles de l'album, et tu as écrit le scénario de tous. Est-ce que l'esthétique d'AS EVERYTHING UNFOLDS est toujours dans un coin de ton esprit quand tu travailles sur de la musique ?
Quand j'écris, la manière que j'ai d'écrire est que je mets mon casque, je lance la piste démo, et on voit ce qui sort. Mais j'ai deux cahiers ouverts, parce que je vois les choses 50% musicalement et 50% visuellement. Mes études étaient en photographie et en art, et je suis très orientée par les visuels. Je l'ai d'ailleurs toujours été. Ce sont un peu mes deux passions, je dirais. Donc quand j'écris la musique, j'écris souvent ce que je vois dans ma tête aussi. Je sais que les gens voient des couleurs en musique, mais pas moi. J'imagine vraiment les clips, leurs plans, ou des scènes. Je vois ces choses arrivées et je les écris. Ça a l'air fou au début, car ces idées n'ont pas vraiment de sens, mais ensuite je construis un genre de moodboard avec tout dessus, et je crée le concept, le style, l'histoire, l'ambiance et le brouillon. Je fais des brouillons de tout sauf des couvertures. Je n'ai pas pris les photos et tout ça, mais c'était mon idée d'avoir cette voiture, et tout correspond à quelque chose que j'ai imaginé. C'est très drôle à faire, et c'est vraiment important pour moi car, même si tout le monde est différent, je trouve que les visuels et la musique sont très liés. J'ai l'impression de ne pas pouvoir créer de musique sans voir le produit visuel en même temps.
Pour ''Gasoline'' en particulier, on peut voir des influences dans l'image proche de celle du « Dracula » de 1994. Ta tenue rouge représente Dracula, mais on voit aussi un échange de pouvoir entre lui et Mina, c'est vraiment intéressant à voir !
Je dois remercier Zak (Pinchin, ndlr), qui est le réalisateur des vidéos, et qui construit à partir de mes idées. Je dois le remercier pour tout, notamment parce qu'il crée des versions réalistes de ce que je lui donne. C'est un travail en tandem. C'est encore une fois comme être dans un groupe : la collaboration fait ressortir les meilleures choses. Je vais généralement voir Zak et lui dire « Voici mon idée, peux-tu revenir vers moi avec quelque chose avec lequel on peut travailler. », plutôt que d'aller lui dire « Tu dois créer ça exactement comme je le veux. ». Parce que finalement, je ne suis pas réalisatrice, donc je ne vois pas toujours la meilleure version. Donc même si c'était mon idée, je suis heureuse de lui attribuer les vidéos car j'ai confiance en lui pour créer la meilleure version de tout ça !
Quelle chanson de l'album correspondrait le mieux à ton humeur aujourd'hui ?
Je ne sais pas pourquoi, mais je reviens toujours vers ''Reverie''. ''Reverie'' est une de mes chansons préférées de l'album hors singles, et j'ai l'impression que les chansons « d'album » ne reçoivent pas beaucoup d'amour ces temps-ci, dans le monde des playlists Spotify et ce ce genre de choses. Et je ne sais pas pourquoi j'aime ce morceau, c'est juste un rythme motivant au chant, elle ne bouge pas trop, elle reste un peu la même tout le long, mais elle est faite comme ça et est remplie d'émotions, mais aussi plutôt stagnante à la fois parce que tout l'idée c'est d'être dans l'espace. Donc c'est intéressant, et j'y reviens beaucoup.
C'est un peu comme si tu restais dans la rêverie, en fait, et que tu choisissais la pilule bleue de « Matrix » !
Oui, pour rester heureuse dedans. J'aime beaucoup cette chanson, j'y reviens beaucoup, même si j'essaie de m'éloigner un peu de l'album un petit moment. A chaque fois qu'on fait un album j'essaie de m'en éloigner le plus possible, mais quand je l'écoute, j'écoute celle-là en premier, sans savoir pourquoi.
On vous verra d'ailleurs bientôt en France, dans une salle plus grande qu'en 2023...
Oui, on a des trucs prévus deux ans à l'avance. Avant c'était un an, maintenant c'est passé à deux ans. On va faire quelques concerts allemands en juillet, qu'on a annoncés l'autre jour, mais entre les festivals. Les gens se demandent pourquoi on fait seulement l'Allemagne comme ça, mais c'est parce qu'on est programmés sur beaucoup de festivals en Allemagne. Programmez-nous dans d'autres pays, et on y jouera (rire) ! On va jouer en France sur la tournée avec FUTURE PALACE en fin d'année. A vrai dire, je crois qu'on fait Lyon et Paris, d'ailleurs. On traverse toujours la France quand on joue en Europe, mais on n'y joue pas souvent !
Tu nous as rappelé sur Instagram il y a quelques jours que ça faisait cinq ans que « Within Each Lies The Other » était sorti. Comment penses-tu avoir évolué depuis cette sortie ?
Je suis une personne complètement différente, pour tellement de raisons ! Mais maintenant, à la fin de ma vingtaine, je me sens beaucoup plus accordée avec moi-même, mon esprit, mon corps... Et je ne savais pas vraiment ce que je faisais à l'époque, et où j'allais. Je n'avais pas vraiment de direction, je n'avais pas de plan, et d'une certaine manière je n'en ai toujours pas. Comme je le disais plus tôt, je n'essaie pas trop de planifier. Mais à l'époque, j'étais très en colère tout le temps, et très amère. J'allais toujours vers la colère plutôt que vers quoi que ce soit d'autre, et j'en suis pas mal revenue. La colère n'est plus ma première émotion pour quoi que ce soit. J'ai toujours une réponse différente aujourd'hui. Il y a un peu de maturité là-dedans, je pense. Mais je pense aussi que je dois ça à ma croissance au cours des années, des expériences et des changements. Je pense que c'est cette colère qui a fait le premier album. Et je pense que c'est la même chose pour beaucoup de groupes ! Ton premier album est toujours le plus rempli de colère, parce que c'est la première fois que tu peux changer tes émotions en musique. Ça fait du bien d'extérioriser ça ! Et j'admets que je ne suis pas une grande fan de cet album dans son ensemble, mais je l'aime pour ce qu'il est. Je ne reviendrais pas l'écouter de la même manière que si quelqu'un mettait « Ultraviolet ». Mais ça ne veut pas dire que je ne l'aime pas pour ce qu'il est. Et je ne retirerai jamais aux fans leur amour pour cet album, parce que je déteste quand les groupes réagissent en disant « Oh, tu aimes CET album ? Vraiment ? Il est nul ! ». Peu importe mon opinion, si les fans l'aiment, pourquoi serais-je en colère pour ça ? Ce serait injuste de retirer ça aux gens en disant qu'il est mauvais. Je sais que j'ai écrit de la meilleure musique depuis, mais en même temps ça ne le rend pas mauvais pour autant !
