2 mai 2026, 17:17

LORD OF THE LOST

Interview Niklas Kahl et Pi Stoffers


Le 10 avril dernier, les Allemands LORD OF THE LOST ont sorti le troisième volet de la trilogie « Opvs Noir ». Trois albums de onze titres chacun pour autant de déclinaisons du rock entre glam et goth du sextet. À l’occasion du concert parisien du groupe le jour de cette sortie tant attendue, nous avons posé des questions à Pi Stoffers (guitare) et Niklas Kahl (batterie) pour en savoir plus sur l’album, la trilogie et la carrière du groupe.
 

« Opvs Noir Vol. 3 » vient tout juste de sortir. Pour quelle(s) raison(s) avez-vous choisi d’écrire une trilogie ? Quels ont été les changements par rapport à l’écriture d’un album unique ?
Pi Stoffers : On n’a pas écrit ou produit l’album en voulant en faire une trilogie dès le départ. On écrivait des chansons avec l’idée d’en faire un seul mais on ne s’est pas rendu compte qu’on avait autant de chansons et, surtout, qu’on voulait en garder autant !
Niklas Kahl : On écrit toujours beaucoup de chansons avant de choisir lesquelles iront sur l’album. On en avait trente-trois et on les a toutes trouvées très bien. On ne voulait se débarrasser d’aucune d’entre elles donc on en a fait une trilogie.
Pi Stoffers : On avait déjà fait un double album avec « Judas » et on ne peut pas faire deux fois la même chose. Enfin, on peut, mais on n’en avait pas forcément envie. Si on l’avait sorti comme un triple album, personne n’en aurait rien eu à faire parce que plus personne n’en a rien à faire des albums longs donc on l’a sorti comme une trilogie avec quelques mois entre chaque volume. Aujourd’hui, c’est le jour de sortie de la troisième partie et… C’est fini (rires) !

Vous êtes donc heureux d’arriver à la fin du processus ? Ou satisfaits ?
Pi Stoffers : C’est satisfaisant. Je ne dirais pas que je suis content parce que ça voudrait dire que tout a été très stressant. Ça l’a été, mais pas au point de provoquer un soulagement intense. C’est très satisfaisant de regarder tout le travail qui a été accompli et tout ce qui a mené à ce moment, à la sortie de cette troisième partie.

Et c’est aussi très satisfaisant pour le public qui peut écouter l’ensemble de la trilogie !
Niklas Kahl : Il y a un petit nombre de personnes qui a pu l’écouter en avance. Avant la sortie de la première partie, on a organisé plusieurs sessions d’écoute en avant-première pour un total de 350 personnes au studio où on a enregistré, à Hambourg. C’était génial ! Chaque session réunissait 70 personnes assises dans la salle d’enregistrement. Elles étaient assises mais n’avaient absolument aucune idée de ce qu’elles allaient écouter pendant les trois heures à venir. On a diffusé le premier volume puis on a eu un temps d’échange pour écouter leurs retours et idem pour les deuxième et troisième volume. Pour nous, c’était vraiment incroyable de pouvoir assister à la découverte de ces personnes, voir ce que les musiques provoquent chez elles, c’est magnifique.
Pi Stoffers : C’est aussi très intéressant de voir des gens sans téléphone pendant trois heures et demie (rires).
Niklas Kahl : On a dû confisquer leurs téléphones à l’entrée pour éviter qu’un enregistrement ne soit fait et que les albums ne fuitent.
Pi Stoffers : Si j’avais vécu la même chose en écoutant en avant-première les prochains albums de l’un de mes groupes préférés, tout en sachant que je ne pourrais pas écouter les trois volumes d’un coup par la suite… Ça a dû être terrible pour eux (rires) ! On a de la chance d’avoir des fans aussi patients et hardcore. C’est vraiment nécessaire pour les groupes qui font autant de choses différentes avec leur musique : on fait un genre de musique, puis un autre, puis un album de reprises, puis une trilogie, ce qui est toujours un peu étrange parce qu’on n’avance pas en ligne droite.
Niklas Kahl : Si on peut être sûr de quelque chose avec LORD OF THE LOST, c’est qu’on fera toujours quelque chose que personne n’attend.

  


Sur les pochettes des trois albums, on peut voir une clef, un verrou et une porte. Que symbolisent-ils ?
Pi Stoffers : Tout d’abord, ils représentent une chaîne d’événements logique. Quand on regarde les paroles de la trilogie… J’allais dire qu’on va tout droit en enfer (rires) mais c’est plutôt une plongée dans notre obscurité intérieure jusqu’aux endroits qu’on n’a pas encore explorés mais qui en valent la peine. Je trouve qu’il y a beaucoup plus à dire sur la noirceur que chacun porte en soi plutôt qu’au sujet du bonheur. Le bonheur est vraiment incroyable mais c’est beaucoup plus important de savoir ce qui se passe à l’intérieur de soi. Quand on a travaillé sur l’ensemble, c’est également très satisfaisant. Si on considère la clef, le verrou et la porte, on peut les voir comme une façon de déverrouiller la porte qui mène à sa propre noirceur intérieure.

Sur les trois albums, il y a beaucoup de featurings. Quels étaient vos objectifs principaux ?
Niklas Kahl : On n’avait pas vraiment d’objectif principal mais pour certaines chansons, on avait clairement besoin d’une deuxième voix. Par exemple, une voix de femme comme sur "Break The Silence" qu’on joue pendant la tournée avec Anna Brunner (chanteuse de LEAGUE OF DISTORTION qui joue en première partie de la tournée européenne de LORD OF THE LOST, ndlr). Pour certains artistes, ça faisait très longtemps qu’on voulait faire un featuring avec eux, notamment Chris Corner de IAMX. Chris Harms nous en parlait depuis très longtemps et quand on a fini la chanson "What Have We Become ?", on s’est dit : « Ça irait vraiment très bien avec la voix de Chris Corner. » On lui a envoyé la démo avec quelques indications sur ce qu’on imaginait et il nous a renvoyé quelque chose, j’ai des frissons rien que d’en parler. Honnêtement, quand on l’a écouté pour la première fois, on était tous assis et on s’est regardé les uns les autres en se disant : « Oh mon Dieu ! ».
Pi Stoffers : C’était sa première prise et c’était très brut, il y avait toutes ces imperfections mais on s’est vraiment dit que c’était la prise parfaite. Ça ne l’était pas vraiment mais c’était exactement ce qu’il fallait à cette chanson.
Niklas Kahl : Donc tous ces featurings sont le résultat de nos rêves qui se réalisent mais aussi d’un processus qui devient de plus en plus clair.


La chanson "Days Of Our Lives" est plus triste que le reste de l’album et elle occupe la dernière place. Pourquoi avoir choisi de la placer à cet endroit ?
Pi Stoffers : Après que toutes les chansons ont été écrites, je les ai listées pour voir où elles devraient aller. Assez vite, je savais lesquelles devaient ouvrir et lesquelles devaient conclure l’un des trois albums. Pour les fins d’album, on a plutôt choisi les chansons qui ne sonnent pas vraiment comme nous. Elles sont toutes un peu électroniques et atmosphériques. "The Days Of Our Lives" était la plus désespérée de toutes (rires) et on a trouvé que, parfois, on n’a pas besoin d’une fin pleine d’espoir, en particulier sur cette trilogie. Il y avait besoin d’un dernier coup pour plonger dans les abysses, c’est pour ça qu’on l’a mise à cette place. Parfois, on a juste besoin que quelque chose touche à sa fin et soit sans espoir, fini et achevé, pour pouvoir reconstruire quelque chose.
Niklas Kahl : Toutes les chansons d’ouverture et de clôture d’album sont parfaitement choisies. C’est comme de regarder une série à la télévision : un épisode se termine sur une scène qui nous donne envie de voir la suite et, d’une certaine façon, on a essayé de faire ça sur les deux premiers volumes et d’apporter une clôture au troisième. On a voulu apporter quelque chose qui permette de libérer les gens dans… Je ne sais pas exactement… Dans rien ? Dans l’obscurité ? Honnêtement, après avoir écouté l’ensemble de la trilogie et avoir fini sur cette dernière chanson, je n’ai plus envie d’écouter quoi que ce soit d’autre parce que…
Pi Stoffers : Parce que c’est fini ! Tout est fini ! Si on réfléchit à la nature de la vie, en prenant en compte le fait que sa fin est imminente, on se rend compte que finalement, tout a beaucoup plus de valeur et ça nous amène à la chérir davantage. Donc ça n’est pas entièrement sans espoir. Mais ça l’est quand même. Ça s’achèvera et tout disparaîtra donc il vaut mieux apprécier pleinement ce qu’on vit.
Nikals Kahl : Je pense que chaque personne peut y attacher la signification et l’importance qu’elle désire.
Pi Stoffers : Peut-être qu’il n’y a que de l’obscurité et qu’à des années lumière d’ici, il y a une minuscule étincelle. Peut-être que c’est l’espoir.

"My Funeral" parle d’un enterrement auquel il faudrait porter du rose. Si vous y avez déjà pensé, comment aimeriez-vous que vos funérailles se déroulent ?
Pi Stoffers : Chris y a forcément pensé puisque c’était son idée, c’est sa cérémonie idéale qui est décrite. Pour ma part, je n’aimerais pas forcément que mes funérailles se déroulent de cette façon mais je n’y ai jamais pensé non plus. Malheureusement, je me suis rendu à un enterrement il y a peu de temps et je ne trouve pas que ça soit une bonne chose de voir tout le monde triste donc je pense que j’aimerais que les miennes soient aussi belles et drôles que possible. Pas comme une cérémonie déprimante pendant laquelle tout le monde pleure et où on parle de tout ce qu’on n’a plus. Je trouve que ça plutôt stupide. Ça ne représente pas la vie qui vient de s’arrêter et qui n’était probablement pas aussi triste.
Niklas Kahl : Les gens peuvent évidemment être tristes mais mon souhait serait plutôt qu’ils célèbrent la vie.
Pi Stoffers : Il n’y a qu’à voir le Mexique : ils sont bien meilleurs que nous pour ça ! Il y a tellement de cultures dans lesquelles c’est simplement une grande fête.
Niklas Kahl : D’une certaine façon, même si ça peut sembler curieux, la mort n’a rien de spécial.
Pi Stoffers : C’est la seule chose qu’on a tous en commun.
Niklas Kahl : C’est vrai. On finira tous par mourir et on le sait. On sait que chaque personne qu’on connaît et qu’on aime finira par mourir. C’est évidemment normal d’être triste mais je veux vraiment que les gens célèbrent la vie et se souviennent des bons moments. J’en ai eu beaucoup dans ma vie.


En 2023, vous avez participé au Concours de l’Eurovision. Dans quelle mesure cela a-t-il influencé votre carrière ?
Niklas Kahl : Ça a beaucoup affecté notre carrière, notamment parce qu’on a été très exposés médiatiquement. La finale a été vue par 162 millions de personnes à travers le monde donc c’est un genre de promotion qu’on ne peut pas acheter. Au-delà de ça, on a passé un moment extraordinaire. C’était un grand défi parce que c’était très stressant tout du long, de janvier à mai. Entre le moment où on a su qu’on ferait la finale allemande jusqu’au spectacle final à Liverpool, on a fait 900 interviews. On a pris des avions pour aller aux soirées de l’Eurovision, aux spectacles etc. et on était tous proches du burn-out. Mais dix jours avant de partir à Liverpool, on avait quand même une tournée en Amérique du Sud. Toute l’équipe de l’Eurovision nous a dit : « Vous allez annuler cette tournée, pas vrai ? ». On a dit non donc on est revenus trois ou quatre jours avant le début de la tournée, on a pris quelques jours de vacances à Cancún au Mexique qui étaient géniaux et vraiment nécessaires. Ensuite, on a commencé la tournée et on avait l’impression de revenir à la maison. On s’est dit : « C’est pour ce sentiment qu’on fait ça. », pour être sur scène et jouer devant des gens. Ensuite, on est revenus à la maison pour une journée, le temps de changer de vêtements (rires) et on est retournés au Royaume-Uni. C’était une expérience vraiment incroyable.
Pi Stoffers : C’était presque surnaturel parce que ça semble plus grand que la vie elle-même, notamment à cause du public devant lequel on jouait, c’est le plus grand qu’on pouvait espérer avoir. Mais évidemment, ça n’est pas la réalité de la vie d’un groupe. C’est un événement complètement fou dans une carrière et je suis très content qu’on ait eu une carrière avant cette expérience. Une carrière qu’on puisse continuer après tout ça. Je ne dirais pas que c’était un sommet dans notre carrière. C’était très différent de ce qu’on fait d’habitude mais ça a vraiment aidé ce qu’on fait. J’espère qu’un jour, et je ne veux pas sembler méprisant, on en parlera comme d’un événement parmi beaucoup d’autres qui seront tout aussi différents et qu’on aura accomplis au fil des années. On a eu cette opportunité grâce à notre travail, pas grâce à la chance donc j’espère qu’on aura eu plein d’événements dans notre carrière et que celui-ci ne sera pas le seul.

Benji Mundigler a rejoint LORD OF THE LOST en 2024. Comment se sont passées les deux dernières années avec lui ?
Pi Stoffers : Ça se passe très bien. Tous les soirs sur scène, toutes les personnes impliquées, aussi bien les membres du groupe que le public, voient que c’était la meilleure chose à faire. Il contribue beaucoup à la vie du groupe et le faisait déjà avant d’en être membre : il écrivait, il était dans le crew, il jouait dans le studio et enregistrait parfois. On le connaît depuis 2017 et je le connais depuis 2014, on s’est connu à l’université. Quand il a rejoint le groupe, on n’a pas eu une impression de changement ou de renouveau, il occupait juste une place différente et c’était une très bonne décision. Si c’était à refaire, je le referais. Quand on est venus à Paris il y a deux ans, c’était la première fois que Benji partait en tournée avec nous.
Niklas Kahl : Je crois que c’était son troisième ou quatrième concert avec nous. Pour ma part, c’est la première fois que je viens ici, j’étais à l’hôpital la dernière fois (rires).

Niklas, tu es soutenu par la marque de cymbales Zultan. Peux-tu nous en parler un peu ?
Niklas Kahl : Zultan est une marque de cymbale allemande. C’est une marque de Thomann, le plus grand vendeur d’instruments de musique en Europe. Cette entreprise existe depuis déjà vingt-cinq ans et les cymbales sont produites à Istanbul, en Turquie. Elles ont des sons typiques des cymbales turques qu’on peut trouver dans d’autres marques comme Masterwork ou Istanbul Mehmet. C’est pour ça que je les aime : je n’aime pas trop les Zildjian par exemple, je déteste les cymbales Sabian et je n’aime pas du tout les cymbales Paiste parce que je n’aime pas leur son. Zultan est vraiment spécial, les cymbales ont un son particulier et toutes ces cymbales turques ont une palette sonore beaucoup plus large et plus belle. C’est pour ça que je les adore.

La tournée européenne a commencé le 12 mars. Comment se passe-t-elle pour l’instant ?
Pi Stoffers : Bien.
Niklas Kahl : Bien. Hier, c’était le premier concert de la deuxième partie de la tournée européenne. Avant ça, on était à la maison pendant une semaine après avoir fini la première partie. Et actuellement, on a l’impression que cette semaine de repos n’a jamais existé (rires).
Pi Stoffers : On est déjà plus ou moins dans une routine. La première partie de la tournée a duré trois semaines et ça s’est vraiment bien passé, il n’y avait aucun stress et on est vraiment contents de poursuivre sur la même lancée. La date d’hier à Amsterdam s’est très bien passée aussi et on est très heureux de jouer à Paris le jour de la sortie de l’album. Comparés aux autres tournées de l’année, celle-ci est extrêmement facile (rires).

Que s’est-il passé de compliqué cette année ?
Pi Stoffers : On a failli mourir de froid. On a eu presque -30°C au Canada dans un bus qui n’avait ni batterie ni chauffage et on était au milieu de nulle part en pleine nuit.
Niklas Kahl : Je me suis réveillé dans ma couchette avec le bout des pieds complètement gelé.
Pi Stoffers : En comparaison, cette tournée est donc vraiment très facile.

Vous avez toujours de très belles tenues sur scène. Combien de temps mettez-vous à vous préparer ? Quelle est votre routine pour vous habiller et vous maquiller ?
Pi Stoffers : On ne fabrique pas nos tenues nous-mêmes, on les achète donc c’est un processus plutôt facile (rire) mais, bien sûr, le choix des vêtements peut prendre un peu de temps. Pour la tournée « Opvs Noir », nos tenues sont très noires donc on essaie de porter différentes nuances et différents tissus ou lesquels on ne veut pas porter sur scène. Ensuite, on essaie de voir ce qu’on préfère. On achète à une marque bulgare basée à Sofia qui s’appelle Minoar : ils font de bons vêtements et ils sont, visuellement, la base de toutes nos tenues actuelles. Ensuite, on essaie d’ajouter des éléments qu’on achète sur Internet. Pour le maquillage, ça peut nous prendre entre cinq et cinquante minutes. Ça dépend combien de temps on a et combien de temps on veut y consacrer. Actuellement, c’est vraiment facile et rapide si on a besoin que ça le soit.
Niklas Kahl : Pendant la tournée avec IRON MAIDEN, je crois que c’était à Vienne, les horaires étaient tellement chamboulés que j’ai dû me maquiller pendant l’introduction du concert. J’étais assis derrière la scène, en train de me maquiller, j’entendais déjà le click et j’ai dit : « C’est bon, j’ai fini. »

Sur l’album, la chanson "La Vie est Hell" est chantée en français. Pouvez-vous nous en parler et nous dire quelle relation vous avez avec le public français ?
Pi Stoffers : Chris a lu un poème de Charles Baudelaire et s’en est inspiré pour l’album. Il cite le poème dans la chanson. Après avoir déjà fait plusieurs concerts et festivals en France ces dernières années, la relation avec le public n’a fait que grandir. Le public français nous aime beaucoup et à chaque fois qu’on joue, le public est plus nombreux que la dernière fois. Pareil pour les festivals dans lesquels on va revenir. On va passer tout notre mois d’août en France (rire) !
Niklas Kahl : On joue dans un nouveau festival français chaque week-end du mois d’août (rire) !
 

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