
Figure de proue du post-hardcore en Australie, THE AMITY AFFLICTION est à la croisée des chemins. En effet, suite au départ du bassiste et chanteur "clean" Ahren Stringer en 2025, c'est avec un nouveau line up et une nouvelle voix, celle de Jonathan Reeves que le groupe doit se faire entendre. Heureusement, le reste du groupe reste inchangé, mené par le parolier et chanteur "scream" Joel Birch, qui nous en révèle un peu plus sur lui avec l'album "House Of Cards", paru ce 24 avril, et sur ce qu'il a ressenti ces dernières années, suite au décès de sa mère. C'est cependant avec un Joel Birch de très bonne humeur que nous avons rendez-vous pour discuter de l'album et du groupe, mais aussi de dépression, de sa vision de la religion, du monde ainsi que de la vie en général, lors d'un échange aussi dense que positif et aussi ouvert qu'enrichissant.
Vous avez sorti « House Of Cards » le 24 avril, comment imagines-tu cette huitième ère de THE AMITY AFFLICTION ?
Joel Birch : Eh bien, c'est difficile à dire. Nous avons évidemment changé de chanteur, et nous avions tous hâte que l'album sorte, parce qu'on pense que c'est un bon album (rire). C'est difficile de sortir des singles quand les gens peuvent donner leurs avis, et qu'ils ont des désirs et des attentes, mais c'est ainsi. On a fait une tournée australienne, on est actuellement aux Etats-Unis, et on a ouvert pour PARKWAY DRIVE en Europe, et les retours étaient excellents. Donc j'imagine notre avenir plutôt clément ! En tout cas j'espère que ce le sera (rire) ! Mais j'aime bien l'ambiance dans le groupe. Le groupe est vraiment de bonne humeur, on est tous heureux, donc j'ai le regard tourné vers notre avenir et l’inconnue !
On ressent de la positivité dans « House Of Cards ». Malgré les paroles très personnelles et sombres, j'ai trouvé ça plutôt positif musicalement...
Oui, je pense voir ce que tu veux dire. Je pense que c'était un choix conscient de faire des chansons un peu typiques de THE AMITY AFFLICTION. On n'a pas essayé de sortir du moule ou quoi que ce soit. A vrai dire, on a même eu une discussion il y a un moment, peut-être il y a deux ans, et on s'est demandé : "Pourquoi est-ce qu'on a expérimenté ?" (rire). Tu vois ce que je veux dire ? Les gens aimaient vraiment beaucoup ce qu'on faisait quand on a sorti "Let The Ocean Take Me” (2014), puis on a pris un virage et on s'en est éloignés. Là, on essaie d'y revenir, pas de le dupliquer ou de le copier, mais plutôt d'apprécier la musique, et de passer de bons moments en jouant ces chansons, plutôt que d'essayer de remettre en question ce que les gens aiment. Parce que ces chansons, on serait très heureux de toutes les jouer en live ! Je pense que ça manquait depuis un moment. On a fait “Misery" (2018) et ça nous a mis face à une crise d'identité. On ne savait pas vers où aller, parce que c'est dur de savoir quoi faire quand on est jeunes, et c'est beaucoup de pression de continuer après qu'un album ait été aussi bien reçu. Et nous, on a alors dit : "on les emmerde" (rire) ! Mais tu peux voir avec ce qu'on a sorti depuis "Misery" qu'on est un peu revenus vers notre son originel à chaque fois. C'est juste que c'est difficile de sortir de ses habitudes, et on l'a fait avec "Misery", on est sortis de ce qu'on écrivait habituellement, mais on a eu du mal à revenir en arrière d'un coup. Ce genre de chose prend du temps. Mais je pense que la joie que tu entends est peut-être plutôt du confort, car on se sent bien par rapport à notre musique, et ce qu'on écrit, plutôt que de se forcer à faire tel ou tel passage. Mais je ne sais pas, j'imagine que je verrai dans dix ans. Je prendrai du recul et je verrai si j'avais raison sur ce que je suis en train de te dire (rire) !

Il y a évidemment eu de gros changements, avec le départ d'Ahren Stringer et l'arrivée de Jonathan Reeves. Comment avez-vous abordé l'avenir lorsque c'est arrivé ?
lorsque c'est arrivé ? Nous avons fait le choix nous-mêmes de continuer sans Ahren. Il le savait bien avant que tout le monde ne l’apprenne. Le truc, c'est que Ahren détestait tourner. Vraiment. Et c'est comme aller au boulot et avoir un collègue qui ruine ta journée tous les jours, parce qu'il se plaint d'être au boulot. Ça rend les choses difficiles. Alors que c'est un super boulot ! J'adore ce job, et je n’en voudrais aucun autre, mais c’est un vrai boulot, et il faut aller au travail. C'est difficile d'être loin de chez soi - pour moi d'être loin de mon enfant - et je comprends les gens qui détestent tourner, mais à ce stade, tout le monde déteste les tournées (rire) ! A ce moment de nos carrières, il n'y a aucun moment où, entre groupes quand on en discute, on serait amenés à se dire : ”Wow, les tournées, on adore !" (rire) ! On aime tous être sur scène, mais à un moment, l’aspect "tournée" perd de son romantisme, et commence à vraiment t'user. Et, tu sais, Ahren a un problème d'alcool, moi aussi, mais j'ai eu la chance de devenir sobre, ce qui n’était pas son cas. C'est son propre chemin à parcourir. Mais surtout, ce qui s'est vraiment passé, c'est que j'ai envoyé à un moment donné un SMS à notre manager pour demander "Où est-ce que j'en serai financièrement si je quitte ce groupe ?". C'était très précisément ce message. Et il m'a convaincu de ne pas le faire. C'était sur une tournée américaine, et on a fini par renvoyer Ahren chez lui sur cette tournée. Puis on est allé en Europe, et juste avant de partir, notre guitariste a envoyé le message suivant : ”Est-ce qu'Ahren reste vraiment chez lui ? Parce que s'il vient, moi non. Si Ahren est là quand je descends de l'avion, je prendrai l'avion suivant pour rentrer.". Et je me suis dit "Attends une minute… Du coup, on est deux ?!”. J’ai envoyé un message à notre batteur pour lui demander "Comment tu te situes par rapport à ça ? Comment tu te sens ?", et il m'a répondu "J'en ai marre, pu**in !”. Donc, on n'a pas emmené Ahren avec nous en Europe. On avait discuté de ça depuis quelques années, de lui dire de rester chez lui et d'essayer de se faire aider. Mais on a toujours cédé. Il y avait toujours un genre de compromis qui ne marchait jamais. Donc, cette fois, on a pris Jonny (Jonathan Reeves, ndlr) avec nous. On a discuté tous les trois et on s'est demandé ce qu'on voulait faire. Soit on allait se séparer, soit on pouvait essayer que ça fonctionne de cette manière. C'était plutôt une discussion où l'on acceptait le risque d'échec en continuant à faire ce qu'on aime. Finalement, c'était ça le sujet : est-ce qu'on était prêts à échouer dans ce qu'on fait et ce qu'on aime ? Et finalement, on a décidé que, oui, il fallait essayer et ne pas vivre une vie pleine de regrets. Il y avait beaucoup de dates sur cette tournée, mais on a vraiment apprécié le fait, pendant cette tournée, de faire partie du groupe. On a invité Jonny à nous rejoindre, ce qu'il a accepté, et on a fait le titre "All That I Remember” (2025). Je pense que c'est le moment où je me suis dit que ça allait le faire. Et je pense que ce nouvel album est la vraie page blanche à partir de laquelle recommencer. La culture du groupe a vraiment beaucoup changé, de même que la communication dans le groupe, et dans l'équipe. Donc, tous ces grands changements ont eu lieu, et je pense que l’album sorti, je peux dire : ”Oui, c'est un bon point de départ”.
Pour vous avoir vus avec Jonathan, je trouve que vous semblez tous plus à l'aise sur scène que, par exemple, lors de votre passage au Cabaret Sauvage, à Paris en 2023 (avec Ahren Stringer, ndlr). Et en particulier, je trouve que tu prends plus ta place sur scène, et que tu essaies de nouvelles choses. C'est vraiment agréable de vous voir, ces derniers temps !
Oui, je ne suis pas complètement paniqué par ce qui pourrait se passer (sourire) ! Je pourrais dire beaucoup de choses à ce propos, mais je le ressens, et les gens peuvent le voir : on passe de meilleurs moments ! J'ai vu des photos de nous qui sortaient de temps en temps de ces dernières années, quand Ahren était dans le groupe, et on y voit ce qui se passe, sur beaucoup d'entre elles. Et c'est difficile à regarder, car c'est une période difficile de l'existence de notre groupe.
Par rapport à l'album, je pense qu'il s'agit d'un des plus efficaces de votre discographie, les titres sont très directs et efficaces.
Merci ! Je pense que c'est notre meilleur depuis « Let The Ocean Take Me »
L'une de mes chansons favorites est "House Of Cards", l'une des plus personnelles pour toi et des plus sombres de l'album, mais qui est aussi une chanson évoquant la fin d'une relation et ce qui peut en ressortir de positif malgré tout.
Oui, c'est exactement ça. Et la façon dont elle a été écrite m'a été en grande partie inspirée par une longue conversation que j'ai eue avec une amie, qui croit fermement que rien de beau n'arrive sans la mort de quelque chose. Ça peut être une petite ou une grande mort. Elle dit également que rien n'est jamais gaspillé tant que tu prends le temps d'y réfléchir et d'en tirer quelque chose. Même si tu n'en tires qu'un tout petit truc, ce n'est pas perdu. Et j'ai juste été inspiré par cette conversation dans sa globalité. La chanson tire son titre d'une autre qui n'a pas atterri sur l'album, mais qui collait bien avec. Je pense qu'au niveau des paroles, c'est une des chansons qui se soit le mieux assemblée, et elle frappe là où il faut. Même les paroles originales parlaient de moi. J’ai pour habitude d’écrire des paroles que j'envoie à Dan (Brown, guitariste du groupe, ndlr), et je ne les relis pas. Puis il me les renvoie, et parfois il y ajoute le texte d’un refrain initialement prévu pour une autre chanson. Au vu de comment ça sonnait, je me suis dit que j'allais légèrement la modifier, pour y parler de mon frère et de ma sœur. Je leur ai envoyé ces paroles, pour leur demander : ”J'ai écrit ça, est-ce que ça vous va si j'en fais une chanson ?", car je voulais respecter leurs sensibilités. Ils étaient très contents qu'il existe une chanson à laquelle ils pourraient se lier très intimement, donc c'était parfait ! C'est une de mes chansons préférées aussi, en particulier parce qu'il y a cette belle histoire avec mon frère et ma sœur. La phrase dont vient ce titre était "Stick with me, 'cause we'll play that song forever, you grew up in a stable home, I grew up in a house of cards."("Restez avec moi, parce qu'on jouera cette chanson pour toujours, vous avez grandi dans un foyer stable, j'ai grandi dans un château de cartes.", ndlr). C'est de là que ça vient. Il s'est passé beaucoup de choses autour de cette chanson en particulier.
Et puis, il y a cette phrase sur le breakdown que je trouve peut-être la plus inspirante de l'album : "Hate is easy, you've gotta try to love yourself." ("La haine est facile, tu dois essayer de t'aimer toi même.", ndlr) ! C’est si simple mais cela résume tellement de choses sur ce qui se passe dans le monde aujourd'hui...
Oui, mec, complètement ! Dans mes notes, sur mon téléphone, j'ai des chansons à moitié finies, des phrases qui sont là, toutes seules. Et quelqu'un a laissé un commentaire sur Instagram : ”J'espère qu'ils feront des chansons qui donnent de l'espoir sur cet album, parce que toutes les chansons sont terriblement tristes depuis des années...". Et je me suis dit "Mince !" Je me souviens que j'avais fait le choix conscient de ça, parce que je n'étais pas heureux. Avant, j’écrivais en enveloppant les chansons dans une petite boule de positivité, tu vois ? Et je n'étais pas super satisfait du résultat, qui semblait forcé. Donc, je m'étais dit : ”Je ne vais pas procéder comme ça." J'ai mis cette fin positive parce que j'étais conscient de l'impact des paroles sur la vie des gens, et je ne voulais pas empirer les choses vis à vis d’eux. A un moment, je commençais à me sentir moins bien moi-même et je trouvais que c'était vraiment malhonnête d’apporter une fin joyeuse à une chanson triste. Mais en lisant ce commentaire, je me suis dit : ”Tant pis, il faut que j'y arrive." Et cette phrase, je voulais initialement la développer, mais je ne l'ai jamais fait. On avait un passage sur "House Of Cards" qui avait besoin de ce sentiment, et je me suis dit que c'était l'endroit parfait !
C'est vrai que ça donne un véritable impact à la chanson !
Oui, et quand je dis « You've gotta try to love yourself », j'ai failli dire « You've got to fucking love yourself. » (« Tu dois t'aimer toi-même, putain. », ndlr). On en a beaucoup discuté en studio, et je me suis dit que ce serait une bonne idée de ne pas jurer. On jure sur les passages comme ça parce que ça nous semble normal... Enfin, on est australiens, on jure beaucoup (rire) ! Ça fait malheureusement partie de notre culture, tout ces jurons (rire) !
Oh, c'est pareil pour la France, tu sais (rire) !
Ah vraiment ? Cool (rire) ! Tu sais, ça fait partie du langage, et quand on était plus jeunes c'était différent, mais je me suis dit qu'on pourrait ne pas le faire cette fois. C'est pareil sur d'autres chansons, on a des passages où la guitare est juste là sans but parce qu'on a rempli nos chansons avec du chant du début à la fin. Et je me suis dit qu'on pouvait se donner un moment de respiration, et ne pas jurer, juste parce que c'est un moment où tu peux dire « fuck » ne veut pas dire que tu le dois. J'aime comment s'est assemblée cette chanson. Elle est venue très naturellement entre nous trois, avec Jonny et Dan, musicalement, au niveau des paroles, et avec les mélodies de Jonny, tout ça... Donc j'aime vraiment cette chanson !
Il y a aussi "Swan Dive" et son riff hyper efficace qui doit bien plaire aux fans. Est-ce que pour arriver à ce genre de résultats, tu penses que l'alchimie modifiée du groupe, suite à l'arrivée de Jonny, a beaucoup joué ?
Oui, bien sûr ! Je pense qu'Ahren aimait beaucoup mettre des tas de mots dans les chansons. Je pense qu'on en était conscients, et qu'on a essayé cette fois de changer beaucoup sans changer trop. Donc il y a eu le choix conscient de mettre moins de mots dans les refrains, et "Swan Dive" en est un parfait exemple. C'est une de mes chansons préférées. On va voir comment les gens la reçoivent, car je ne suis pas sûr qu'elle finisse par faire son chemin jusqu'aux concerts, mais j'espère qu'elle le fera ! Il y a certaines choses dont une chanson a besoin pour être jouée en live. En premier lieu, il faut que les gens l'aiment. Il faut aussi que la dynamique de la chanson fonctionne sur scène… Mais ce refrain plus posé est quelque chose qui est venu avec Jonny, et c'est plutôt cool d’arriver à des choses comme ça. Je suis comme tous les gens qui aiment le metalcore, j'aime les refrains puissants (rire) ! Les aigus qui font pousser la voix, j'adore ça. Et de l'entendre utiliser tout son spectre vocal sur l’album, ça a vraiment été génial !
Est-ce que sa voix vous a permis des choses que vous n'auriez pas pu faire avant ?
Peut-être que l'atmosphère de l'enregistrement m'a inspiré à faire des choses qu'on n'avait jamais faite, je ne sais pas. J'avais moins peur d'essayer de nouvelles choses. Il y a beaucoup de « screams » sur l'album que je n'aurais pas forcément faits avant ça, parce que j'aurais eu trop peur de la réaction qu'ils auraient causés. Mais il y a aussi beaucoup de « screams » que j'ai essayés qui n'ont pas fini sur l'album, et qui étaient mauvais (rire) ! Je ne suis pas arrivé tout simplement en disant « OK j'ai toutes ces nouveautés. » ! D'ailleurs maintenant qu'on en joue certaines en live, il y a des choses que je dois ré-apprendre à faire comme on le faisait en studio. C'est toujours un processus, mais on espère que toutes ces expérimentations continueront à évoluer sur le prochain album, et qu'on pourra avoir une expérience encore plus cohérente.
Est-ce que le fait d'ajouter de nouvelles choses comme ça fait que ça garde les choses intéressantes pour toi concernant les concerts ?
Oui, oui. Intéressantes et terrifiantes (rire) ! C'est clairement terrifiant.

Comme on le disait au début de l'interview, les tournées peuvent être ennuyeuses d'une certaine manière, et j'imagine que d'avoir ces passages sortant de l'ordinaire peuvent être le meilleur moment de ta journée ?
Le meilleur moment de ma journée tous les jours, c'est d'être sur scène. C'est de voir les gens les yeux fermés, les bras en l'air, parfois les larmes aux yeux, et chantant les paroles avec nous... C'est pour ça qu'on fait ça ! Ce n'est pas pour moi ou pour quelconque autre raison que le transfert d'énergie de quelque chose qu'on a créé en tant que groupe vers la vie de quelqu'un d'autre, pour leur offrir un moment de lâcher prise. Je pense que les gens se connectent avec notre musique, et avec notre genre de musique en particulier. Beaucoup de gens dans notre genre musical en général écrivent des choses très personnelles, et je pense que les gens s'y attachent. Et de les voir extérioriser une partie de cette énergie négative, c'est le meilleur moment de ma journée ! Tous les jours, rien ne peut surpasser ça. On ne peut pas demander plus que de participer à quelque chose d'aussi beau.
Et avec le message du breakdown de ''House Of Cards'', qu'on évoquait plus tôt, ils pourront peut-être plus encore qu'extérioriser, mais aussi soigner certaines blessures. Je sais qu'auparavant, dans les moments difficiles, je m'identifiais un peu à ''Just Like Me'', sur l'album « Everyone Loves You Once You Leave Them », et à son refrain qui dit « I think I've already lost. » (« Je pense que j'ai déjà perdu. », ndlr). Alors que maintenant j'ai souvent ''House Of Cards'' en tête...
Génial ! J'adore ça ! ''Just Like Me'' est... C'est la seule chanson que j'ai écrite à propos d'Ahren... « Hammer me down, let me carry your cross, I think I've got a problem, I think I've already lost. » (« Frappe moi, laisse moi porter ta croix, je pense que j'ai un problème, je pense que j'ai déjà perdu. », ndlr)... C'était à propos de l'alcoolisme. C'est pour ça que je dis « Laisse moi porter ta croix. », parce que je commençais déjà à être inquiet à propos de son problème d'alcool.
On peut aussi le lire comme étant à propos de l'empathie, quelque part.
Oui, ça l'est. Mais je l'ai aussi écrite pour dire « Je ne suis pas différent, malgré mes choix. ». C'est bien sûr plus large que juste Ahren, mais il y a des liens très forts avec lui dans cette chanson. Et c'est la seule que j'ai écrite en l'ayant à l'esprit !
Il semble que la manière dont vous l'avez abordé, consistait à construire une base solide pendant quelque temps, quelques tournées et là, vous êtes clairement en train de construire le deuxième étage de ce château de cartes.
Oui, on le ressent aussi. C'est vraiment agréable d'entendre ça, parce que, ayant un trouble de la personnalité bipolaire, il est difficile pour moi de filtrer le bruit, si tu vois ce que je veux dire. Surtout parce que j'ai tendance à penser le pire de moi-même, lire des choses négatives à propos de moi a plus d'impact que d'en lire des positives. L'autre jour, quelqu'un m'a dit que tous les commentaires étaient très positifs. J’ai été regarder, et j'ai vu ce commentaire... Il y avait un commentaire négatif sur la page, et c'est celui que j'ai retenu. C'est plutôt parlant sur moi et là où j'en suis au quotidien. C’est vraiment bien de faire une interview où tu sembles en phase avec nous, parce que si je vais sur internet, je ne retiens que ceux qui ne le sont pas.
Après, je pense que les gens sont comme ça parce qu'ils ne peuvent s’adresser à toi directement. Et puis, souvent, ils ne lisent pas les paroles non plus, donc ne savent pas ce que vous vivez en tant que groupe ou écoutent la musique en cuisinant. Ce ne sont certainement pas des gens qui viendont à vos concerts.
C'est vrai. D'ailleurs il y avait quelqu'un sur la tournée australienne qui a laissé un commentaire disant "C'était le pire concert que j'ai vu de ma vie, ils sont nuls !". Et on a accès aux données de billetterie, on a donc envoyé un mail à l'entreprise qui gère la billetterie, pour savoir si la personne qui a commenté avait acheté un billet. On nous dit non, et je m'en doutais. C'est juste quelqu'un qui nous dégomme sans bonne raison. Mais je ne sais pas, j'ai aussi des groupes que je n'aime plus parce qu'ils ont changé un truc dans leur son, mais je ne vais jamais sur leur page leur dire qu'ils sont nuls désormais (rire) ! Ça ne prend aucun effort d'arrêter d'écouter quelqu'un, et beaucoup d'efforts d'aller leur dire en face.
Je n'ai d'ailleurs pas l'impression que vous ayez perdu tant de fans avec le changement de line-up...
On en a sûrement perdu quelques uns, mais ça ne me rend pas triste, car c'est valide. Si quelqu'un ne veut plus nous écouter parce qu'ils étaient tombés amoureux de la voix d'Ahren, et pas des paroles, parce que ces gens n'écoutent pas autant les paroles que la personne qui chante, c'est valide. Ahren était comme ça, il n'en avait rien à foutre des paroles, et je trouve que c'est valide. La musique est si subjective ! Si quelqu'un arrête de nous écouter pour une raison qui leur est personnelle, c'est valide. Je ne peux pas invalider ça car je ne suis pas à leur place. Le seul truc que je déteste, c'est quand les gens disent « Ce groupe est vraiment naze. », car c'est faux. Si un groupe, un musicien, ou un artiste crée quelque chose que tu n'aimes pas, tu as le droit de ne pas aimer, mais ça ne retire rien à ce qu'ils ont créé ! Par exemple, il y a quelques groupes qui ont eu une ascension vertigineuse ces dernières année, et l'un d'entre eux est SLEEP TOKEN. Je n'aime pas leur musique, cependant je l'ai écoutée et je comprends à quel point elle est incroyable ! Je peux apprécier le côté artistique, sans pour autant aimer l'écouter. D'ailleurs, l'un de nos amis est leur tour manager, et je lui ai demandé comment ils sont en tant que personnes. Je lui ai demandé « Comment sont-ils en tant que personnes ? Car je n'aime vraiment pas leur musique. » et il m'a répondu qu'ils étaient adorables. Du coup maintenant je les défends un peu quand je vois les gens dire des conneries sur eux, je leur dis « Mais taisez-vous ! » (rire) ! Ils écrivent objectivement de la bonne musique, avec un côté artistique incroyable, mais subjectivement ce n'est pas pour moi, et c'est le cas de mon groupe pour beaucoup de monde. Donc qui suis-je pour dire que mon opinion est la seule correcte ? Non, c'est de l'art, mec. Si on allait tous dans une galerie d'art, moi, un gars qui adore THE AMITY AFFLICTION, et un qui déteste le groupe, celui qui déteste le groupe et moi on va trouver des peintures qu'on aimera tous les deux, que le gars qui adore le groupe va détester. C'est vraiment subjectif.
Je suis allé à une exposition sur Lee Miller qui est à Paris en ce moment, c'était l'une des premières femmes photographes de guerre, peut-être même la première. Je sais que tu es passionné de photographie, et tout le monde n'aimera pas les mêmes photos de l'exposition, mais tout le monde sera d'accord que ces photographies sont importantes, et que son regard sur le monde a été crucial, notamment sur les camps...
Son travail est génial, oui ! Et je pense que la photographie est un bon exemple d'à quel point les choses peuvent être subjectives. Parce que les gens comme elle prennent des dizaines de milliers de photos, mais on en voit peut-être qu'une centaine. Moi, je prends beaucoup de photos par exemple. Et je les partageais avec les gens pendant longtemps, mais je ne le fais plus. Je les garde en ayant en tête que quand mon fils grandira, je pourrais lui montrer des décennies de ma vie, tout ce que j'ai vu dans le monde entier, et ce qui m'a ému. La photographie est donc devenu cette chose profondément personnelle que je peux cacher aux yeux des gens qui peuvent dire si c'est bon ou mauvais. La photographie est un très bon exemple, parce que je pense que c'est une forme d'art où tu peux enlever le nom du photographe et avoir des réactions très différente des gens, uniquement en fonction de ce qu'ils regardent. Si on pouvait faire ça avec la musique aussi, les gens auraient des réactions très différentes aussi. C'est certain qu'il y a des groupes que les gens n'écoutent pas à cause du nom du groupe, ou de ce qu'ils ont associé à leur musique. Les gens n'ont pas un problème avec la musique, mais avec l'idée qu'ils se sont fait de la musique du groupe.
Mais du coup, fais-tu toujours des shootings photo avec les fans en tournée comme tu le faisais récemment ?
Oui, je les ai faits sur cette tournée, mais je ne sais pas si je le ferai sur la prochaine. Je me dis toujours que je ne devrais plus les faire, puis quand je les fais, je passe vraiment un bon moment. Le truc, c'est que j'appréhende beaucoup le moment de les faire, mais que la raison pour laquelle je l'appréhende est la même que celle pour laquelle je m'y force : je peux avoir des conversations que je n'aurais pas autrement. J'aime me connecter aux gens, et entendre leurs histoires. Puis je peux prendre ces photos des gens en sachant ce qui se passe pour eux, et le faire ressortir sur les photos. C'est cool ! Souvent j'ai aussi le privilège de montrer aux gens leur propre beauté, et de leur montrer quelque chose qui sort de l'image qu'ils ont d'eux-mêmes, car je les vois différemment qu'ils se voient eux-mêmes. J'arrive à capturer ça, et souvent on me dit « Merci de m'avoir pris en photo comme ça, je ne pensais pas que je ressemblais à ça. », mais ils ressemblent vraiment à ça, c'en est la preuve. Ce n'est pas une illusion ! En plus, je prends des photos en argentique, donc ce n'est pas photoshoppé, c'est une image de ce à quoi les gens ressemblent sur le moment, donc c'est plutôt cool, je trouve. J'imagine que la même chose se passera avant la tournée européenne : je vais me torturer à me demander si je le fais ! Peut-être, mais peut-être pas...
Une autre chanson de l'album que j'aimerais souligner est ''Speaking In Tongues'', qui évoque ta vision de la religion je crois. Peux-tu me parler de cette chanson et de comment tu l'as écrite ?
Eh bien, quand ma mère est décédée, enfin quand elle approchait de la fin, je suis allé la voir à l'hôpital. Et il fallait conduire environ une heure et 25 minutes pour y aller depuis chez moi. Donc j'ai passé beaucoup de temps dans la voiture à réfléchir à la mort, et à ce que les gens méritent à la fin de leur vie. Mais quand je suis arrivé j'ai décidé que j'allais quand même lui donner grâce, car peu importe ce que je ressentais, elle était mourante, et elle était aussi ma mère. Non pas que je pensais lui devoir quoi que ce soit, mais je pense que les gens sur leur lit de mort méritent la grâce. Et nous ne l'avons pas eue en retour. Elle nous a interdit de revenir la voir, mon frère, ma sœur et moi, les deux dernières semaines de sa vie. J'étais tellement en colère pour ça et de toutes ces conneries d'aller à l'église, et d'être chrétien... On lui faisait des louanges, on prétendait être en lien avec l'Esprit Saint, et j'ai réfléchi pendant que j'étais à l'église, et j'ai réalisé que souvent, elle se déchargeait de sa responsabilité envers moi sur d'autres gens. J'étais entouré de cette culture à laquelle je ne me sens pas lié, et en laquelle je ne croyais pas, et tous ces gens qui faisaient des putain de louanges... Je me souviens qu'on m'a dupé, qu'on a inventé ça pour que je m'intègre, que j'avais ce conflit de me dire « Je ne crois pas en cette chose, mais si je ne crois pas, je ne serai pas lié à cette chose qui rassemble d'autres personne ». J'ai donc créé cette tension très négative entre moi-même et mon environnement. J'étais à l'église trois ou quatre fois par semaine, et j'allais au catéchisme deux fois le dimanche, puis on avait le putain de cercle de prières le mercredi... Je faisais toutes ces choses où j'étais entouré de ces gens que je vois maintenant comme des menteurs. A trois reprises dans ma vie, j'ai été confronté à des situations où des adultes m'ont antagonisé quand j'étais enfant. La première fois, je devais avoir sept ou huit ans, et le conseiller d'église me disait que j'avais des démons, et qu'il fallait prier pour les faire fuir. Bordel, c'est quoi, ça ?! Puis à 11 ans, mon professeur d'école a fait la même chose, puis a fait venir ma mère pour prier pour moi, et c'est encore arrivé quand j'avais 14 ou 15 ans ! Pour ''Speaking In Tongues'' je pose la question « Quelle est la différence entre être possédé par un démon ou prétendre être touché par l'Esprit Sain ? ». Pour moi il n'y en a pas. Ils sont tous les deux fictifs. Quelqu'un les a inventés, et personne n'est possédé par le Diable, de la même manière que personne n'est possédé par l'Esprit Sain. Pour moi, faire la distinction est même risible, parce que je pense que la Bible est un ensemble d'histoires censé t'aider dans la vie. Ces histoires sont là pour nous apprendre quelque chose. Le Bon Samaritain est censé t'apprendre quelque chose. Le fait de changer l'eau en vin, et le poisson en pain pour nourrir les gens doit t'apprendre aussi à donner. Laver les pieds de Marie Madeleine, la prostituée, est censé t'apprendre que tu n'es pas censé te sentir au-dessus de quelqu'un. Ce ne sont pas des histoires littérales. Je pense que le christianisme évangélique en particulier a fait réécrire la Bible par des occidentaux, alors que tout ça vient du Moyen Orient, et de la Méditerranée. L'Occident l'a altéré, et réécrit. Putain même Henri VIII l'a réécrite pour pouvoir divorcer ! Le roi James l'a réécrite... Toutes ces réécritures ont eu lieu, et on doit dire « Oh, ce n'est pas grave, il y a sûrement une raison. » comme si c'était la putain de Constitution des Etats-Unis, et comme si ça pouvait être amendé ! Si c'est la parole de Dieu, alors ça devrait être la parole de Dieu. Et ce n'est pas le cas. Toutes ces histoires devraient nous apprendre des choses, et on devrait les voir comme telles, et voir ce qu'elles peuvent nous apporter. La mythologie de la Bible est riche, et elle devient pour les gens comme moi un livre plein de traumatismes, et je déteste ça. C'est une histoire riche qui peut nous apprendre beaucoup sur l'empathie, et sur comment lier des relations, ça parle d'adultère, d'émotions comme la jalousie, la honte, l'embarras et tout ça, tu vois ? Tout y est fait pour être instruit, et à la place de l'utiliser comme ça, on dit « C'est la parole de Dieu, et tu vas aller en enfer. », et on parle d'un truc inventé.

Les gens la réécrivent en fonction de ce en quoi ils croient, et c'est un peu comme le bateau de Thésée (paradoxe philosophique évoqué initialement par Plutarque, selon lequel si on remplace morceau par morceau quelque chose pour le conserver, il faut à un moment se dire que cette chose n'est plus la chose initiale, ndlr). La Bible n'est peut-être plus vraiment la Bible, après autant de réécritures.
Oui, je pense qu'elle ne l'est plus. Et je pense qu'elle ne l'a jamais été. Les Romains ont adopté la putain de Bible pour soumettre la population parce qu'ils ont réalisé que la religion était plus puissante que la force, c'est là que ça a commencé ! Puis les Anglais ont fait pareil en adoptant la religion, les Français ont fait pareil, les Espagnols, les Portugais... C'est devenu une mesure de soumission, une arme et une tactique pour voler la culture, et retirer la résilience et la force des populations. C'est un outil de manipulation très efficace, et à un âge de néo-impérialisme comme le nôtre, la religion est utilisée comme une matraque pour contrôler les opinions des gens, et opprimer les autres. Pour quelqu'un qui n'est pas religieux, c'est si évident de voir ce qui se passe ! C'est juste cette énorme secte de destruction ! Et ce n'est pas que le christianisme. C'est partout. Je pense qu'on a un petit groupe de gens au pouvoir qui altèrent et font changer malicieusement les idées des écritures religieuses. De l'hindouisme à l'Islam ou la chrétienté, ils l'ont utilisé comme arme pour contrôler les gens, et c'est très efficace, parce que ça interpelle par sa profondeur. C'est très réfléchi, très intellectuel et très spirituel. On y trouves ces histoires sur soi, sur les autres, sur le traumatisme, l'amour, la haine et la douleur. Bref, voilà ma super longue réponse sur d'où vient ''Speaking In Tongues'' (rire) ! Je suis très passionné sur ce sujet.
On voit un peu ça dans les livres « Dune », d'ailleurs. C'est fictionnel, mais ça le montre bien !
Oui, absolument, et ça aborde plusieurs aspects de la religion ! Frank Herbert était un enfoiré fini, mais un auteur brillant (rire) !
Est-ce que d'évoquer ces souvenirs en chanson t'aide à guérir de ces blessures en les extériorisant, ou est-ce que ce processus les rouvre un peu à chaque fois ?
Je pense que c'est un peu des deux. Parfois la guérison venant de la chanson n'arrive que longtemps après, et parfois l'écriture de la chanson ne fait rien jusqu'à ce que je la chante et que ça me frappe d'un coup. Par exemple, on a joué ''Heavensent'' il y a une semaine environ, et ça m'a beaucoup plus affecté que quand je l'ai écrite, et beaucoup plus que quand je l'ai enregistrée ! Ce genre de choses arrive constamment. Parfois je chante des chansons que j'ai écrites il y a dix ans, mais je les ressens très profondément.
Quelle chanson de l'album correspondrait le mieux à ton humeur aujourd'hui ?
Aujourd'hui... Probablement ''Eternal War'' (rire).
Elle correspond malheureusement bien à l'époque qu'on vit en ce moment...
Oui, « No peace, just pain. » (« Pas de paix, seulement de la douleur. », ndlr) ! C'est un peu comme ça que je me sens aujourd'hui.
Sans transition, en plus des changements de son, vous avez également changé votre emblème, passant du « TAA » habituel à la forme qu'on voit sur la tête du personnage en couverture de l'album, et sur les t shirts que vous vendiez en tournée avec PARKWAY DRIVE. Quel est le symbolise derrière celui-ci ?
Dan et moi, on a discuté, et on voulait un nouveau départ et un nouveau logo, tout devait être nouveau. On voulait repartir de la terre brûlée. Il m'a envoyé un jour un SMS avec ce dessin incroyablement drôle sur un bout de papier, et il a dit « Mec, je viens de me réveiller, j'ai eu un rêve, et c'était dedans ! ». Et c'était tout (rire) ! C'est ce sur quoi on est partis. C'est juste « TAA » mais à l'envers, mais je ne l'avais pas vu. Et il avait regardé « True Detective » la veille (rire) ! D'où les branches, parce que je crois qu'ils ont des branches sur les tombes dans la série (rire) ! C'est venu de là, et on l'a envoyé à un de nos amis qui est un très bon designer en Australie, et il est revenu vers nous avec ça. C'est cool parce qu'il est parti avec ses enfants chercher des branches, et ça a été fait par lui et ses enfants. Le truc que tu as vu sur les t shirts existe physiquement, et a été fait par eux ! Donc voilà, ça a ajouté une histoire secondaire au logo.
La dépression semble devenue une deuxième pandémie avec le Covid. Tu le dis ouvertement dans tes paroles, tu en souffres depuis longtemps, et tu en es conscient. Pour ceux à qui cela pourrait être utile, quelles pensées te maintiennent les pieds sur terre tous les jours ?
Pour moi, ce ne sont pas vraiment les pensées, mais les actions. Je fais en sorte de rester plutôt actif. Il y a une parole d'une chanson de MEWITHOUTYOU ("Paper-Hanger", ndlr) qui est le parfait exemple de prendre quelque chose que quelqu'un a écrit pour le réutiliser pour moi. La phrase étant "If they ask you for the sign of the Father in you, tell 'em it's movement." ("Si on te demande un signe du Père en toi, réponds que c'est le mouvement", ndlr). Ça parle de voir le mouvement des arbres, de l'eau, du vent, de tout… Et pour moi, souvent, il faut que je me pose et que je regarde autour de moi le monde qui bouge, pour que je sente que je fais partie de ça, et pour l'accepter plutôt que de le combattre. Je ne médite pas vraiment, mais je me pose et j'accepte ça. Et avec l'acceptation vient un peu de paix. Parce que je pense que souvent, les gens avec des maladies mentales, on essaie de combattre les sentiments qui viennent vers nous. Si on essaie de ne plus les combattre, et de simplement accepter - “c’est comme ça que je me sens, et ça ira” - ça irait mieux. Pour moi, ce que je dois faire pour arriver à cela, c'est regarder les arbres dehors. Je ne sais pas pourquoi, mais ça m'aide (rire) ! Mais de voir le monde bouger, de voir les gens dans la rue... Tu sais, en tant que photographe, quand je marche en ville, je vois la misère, mais je vois aussi la joie, et parfois les deux viennent de gens dont tu penserais le contraire ! Parfois je distingue de la joie chez des personnes sans abri, qui apprécient le calme du matin, tu vois ? Ils rient et ils passent un bon moment ensemble loin du regard des gens, parce que c'est leur moment de paix. Et ça, c'est magnifique. Parfois je vois de la joie chez les gens allongés dans un parc, le soleil sur leur visage, sans écouteurs, juste là, en paix. C'est important de remarquer ces choses soi même et de savoir que les oiseaux n'en ont rien à faire de comment se passe ta journée, ils sont dans le ciel. Le vent est dans les arbres, et l'eau coule. Demain est un autre jour. J'aime beaucoup cette phrase dont je parlais plus tôt, elle me revient souvent quand je passe une sale journée. Ça ne me prouve pas qu'il y ait un Dieu, ça suscite même plutôt l'inverse, mais c'est quelque chose d'important pour lui. Dans cette chanson, Aaron Weiss observe autour de lui et dit que c'était l'idée de Dieu que ces choses se passent. Pour moi, c'est plutôt un signe de mon insignifiance, et c'est celle-ci qui m'apporte la paix, car grâce à elle, je peux me détendre. Ce n'est pas la fin du monde de ressentir ce que je ressens, car chacun fait son truc. C'est en quelque sorte ça, le remède. Et c'est magnifique !
Vous avez une tournée qui approche avec SILENT PLANET, VARIALS et ORTHODOX, avec une date à l'Elysée Montmartre à Paris. Qu'attends-tu de ce concert, et comment décrirais-tu votre lien avec les fans français ?
Je m'attends à voir Garrett (Russell, ndlr) de SILENT PLANET, sans chaussures bien sûr (rire) ! C'est vraiment le Jésus du metalcore (rire) ! Je ne sais pas si tu l'as rencontré, mais ce mec est tellement intelligent que ça intimide. Il est vraiment foutrement intelligent ! Et il a cette capacité à... Je ne sais pas, à chaque fois que je lui parle je détourne le regard (rire) ! C'est comme s'il voyait mon âme, bon sang ! J'ai vraiment hâte d’en être à cette tournée. Et je pense que par rapport à la France, on n'a jamais vraiment eu d’énorme succès en France. Cependant, les gens qui sont venus nous voir sont tellement passionnés par le fait d'être là, que ça n’a jamais été important qu'ils soient peu nombreux, tant que le concert est toujours aussi magnifique ! C'est ce que j'attends. Pour moi, la taille d'un concert importe peu, surtout en Europe, où ça fluctue beaucoup entre l'Allemagne, la France et l'Europe de l'Est, avec 3000 personnes à un endroit, et 100, parfois 300 à un autre. Les personnes qui sont là sont juste tellement impliquées, et reconnaissantes qu'on soit venus, que je ne pense à rien d'autre ! Quand on est sur scène, peu importe la taille du public, on s'en fiche, et c'est juste magnifique. J'attends donc du public français qu'il soit très… français (rire). Il y a eu quelque chose de très beau quand on est venus en France au début. Je ne comprenais pas le public, et dois avouer que je le détestais un peu. J'avais une idée préconçue des gens et de leur culture, et après des années à revenir, j'ai réalisé que, souvent, les soucis de communication peuvent venir du fait que les gens ne veulent pas s'embarrasser en parlant anglais, car leur anglais n'est pas assez bon à leurs yeux. Une fois passé ça, j'ai aussi honte de mon français, mais je fais l'effort de dire "Bonjour, comment ça va ?". Et je pense que ça casse un peu les barrières qu'il y avait. Depuis le Covid, honnêtement, à chaque fois qu'on va en France, j'ai très hâte d'y être. J'y ai toujours de formidables conversations, de gros échanges. Je pense que c'est un pays magnifique, immense en expérience, avec une politique active, une société active, un art très riche, sans parler de la nourriture incroyable. Tout en France donne l'air d'avoir une histoire, et j'adore ça. J'aime beaucoup m'y promener, surtout parce que là où je vis, tout est très homogène. C'est le Paradis, vraiment, mais je crois fermement qu'on paie un prix pour où l’on vit, et le prix, c’est ton expérience. Vivre au Paradis, soit, mais ce n'est pas très riche culturellement ou artistiquement. Le prix que tu paies pour vivre en ville, c'est le chaos, le bruit, etc. Et quand je vais à Paris, je me sens comme une éponge. J'aime marcher dans la rue et prendre des photos. Parfois, je me fais crier dessus par des Français pour en avoir prises, parce qu'ils n'ont pas peur d'engueuler quelqu'un, mais ils sont aussi ouverts à la conversation après que j'aie fait la photo. Ils demandent : ”T’as pris quoi ?”. Je la leur montre et je leur dis que je voyage, que je ne montre pas ces photos à tout le monde, et que je les garde pour moi. Je m’assois cinq minutes avec eux et leur montre toutes les photos, et comme ça, j'ai une histoire et eux aussi. J'ai participé, alors que je suis un parfait étranger, à quelques minutes de la vie de quelqu'un ! Ça a l'air dingue, mais ce genre d'expériences accumulées créent une relation différente entre un endroit et moi. Je ressens cela avec Bordeaux, avec Lyon, et avec Paris.
J'ai un peu la même expérience que toi à Paris, en tout cas.
Oui, je pense que Paris est comme New York. Les gens sont hyper stressés, mais tu ne peux pas t'attendre à autre chose dans un endroit qui use autant les gens. Ça use de belles choses, et ça use des choses en dessous de la ville aussi. Chaque endroit riche en culture est en guerre avec lui-même, car pour créer de si belles choses, il doit se détruire un peu.
Les gens passent tous les jours devant des choses qui ont plus de mille ans, et ils ne le savent même pas, parce qu'ils vont juste au taf !
Oui, tu as littéralement la poussière venant de squelettes qui remonte de sous tes pieds !
Oui, tu as même une station de métro dans laquelle tu peux voir les restes des murs de la Bastille, mais personne ne baisse les yeux pour le voir !
Ouais, c'est dingue ! A vrai dire j'ai eu la chance de vivre une vie où je me suis fait des amis qui existent en dehors de la loi. Et j'ai vu des endroits de Paris que les parisiens ne verront jamais, si tu vois ce que je veux dire. C'est vraiment une bénédiction, et ça me donne une connexion encore plus forte à la ville, d'avoir été en dessous, dans des endroits où je n'aurais pas dû être (rire) ! C'est cool !
Et pour revenir à la tournée, est-ce que le fait d'avoir Jonathan au chant clean vous permet de ressortir des chansons de vos anciens albums que vous ne jouiez plus ?
Oui, je pense qu'on est à l'aise avec tous les morceaux, maintenant. On avait baissé la tonalité au fil des ans, parce qu'Ahren n'arrivait plus à chanter les notes. Ce n'est pas une critique, mais ça a plutôt à voir avec l'âge. Quand tu es jeune, tu peux sortir les notes aiguës facilement, puis ça descend, c'est normal. Mais Jonny peut chanter tous les trucs qu'Ahren faisait sans le moindre problème ! Maintenant, on réfléchit plus en fonction de ce qu'on veut jouer plutôt que ce qu'on peut jouer. On a commencé cette tournée en Amérique en jouant ''Youngbloods'', mais ça a complètement merdé, donc on l'a sortie de la setlist. Je suis sûr que quand on jouera en Europe on y remettra des choses, et quelque chose se passera mal, on se dira « OK, on ne va plus la faire parce que c'est nul. » (rire). Ce n'est pas agréable d'être sur scène et de chanter un truc que personne ne connaît !
Mais ça fera peut-être très plaisir aux deux ou trois personnes qui la connaissent !
Ouais, mec, c'est sûr, mais à quel prix (rire) ?
A vrai dire moi-même, j'aime les morceaux expérimentaux comme ''Just Like Me'' ou ''Aloneliness'' !
Oui, j'y ai réfléchi assez récemment. Je pense que ces chansons auraient été plus adaptées sur un album qui accompagnerait un album plus standard de THE AMITY AFFLICTION, si on avait écrit deux choses, ou fait deux sorties, genre « Voilà un album, et voilà l'autre chose qu'on a faite. ». Mais ne réfléchissons pas trop au passé, ça date de 2020 !
Quel objectif avez-vous avec ce nouvel album ?
J'aimerais vraiment beaucoup aller en Asie du Sud-Est. Je veux vraiment aller en Chine, c'est notre but principal. Et dans ce qu'on fait déjà, on veut aussi revenir en Amérique du Sud le plus possible, parce que j'adore jouer là-bas !
