25 avril 2026, 23:59

BRUTAL SWAMP FEST

@ Saint Omer (Salle Vauban)


Le Brutal Swamp Fest, quatrième du nom, a été une belle réussite. D’abord 100 % death metal, le festival de Saint-Omer s’est ouvert depuis l’année dernière au black et a même proposé pour cette édition 2026 une dose de thrash. Une variété bienvenue dans cette journée toujours ultra brutale !

Les Flamands REJECT THE SICKNESS, "au français couci-couça" comme l’annonce le chanteur en t-shirt MAYHEM, ont parfaitement lancé les hostilités. Mélodique, parfois groovy, le death des Belges, agrémentés de soli, est joué avec détermination, sans lésiner sur le headbanging. Le chanteur, sourire goguenard, se montre blagueur, annonçant un slow, et conclut ces quarante minutes enlevées par un passage dans la fosse.


Après avoir réglé un problème sur la batterie, MIASMES déchaîne sa furie black old-school, aux relents punk, comme sur l’initial "Délivrance". Froides ("Prophétie") et sales, les compositions s’enchaînent sans temps mort.. Elles sont basées sur des riffs répétitifs efficaces, joués à toute allure. Tel est "Destructeurs" dont le nom résume la philosophie du trio, qui lorgne vers MARDUK ou DARKTHRONE. Derrière son pied de micro tout en balles et chaînes, le bassiste-chanteur vomit sa haine. Un soupçon de groove (sur un "Peste" à la basse omniprésente ou "Agonie") surgit parfois dans cette orgie brute et sale.


CREEPING FEAR, apôtre d’un brutal death d’inspiration américaine, signe un concert de qualité. Les compositions sont de haute tenue ("Hate Crush Consume" dans la lignée de DYING FETUS) et l’exécution particulièrement soignée. A l’image du t-shirt DEICIDE du chanteur, le groupe insuffle à ses morceaux une lourdeur malsaine, une tension sinistre ("Spreading Deases") sans oublier les titres destinés à faire exploser le pit ("Wearing The Skin Of The Wicked") ; les moins virulents des spectateurs, eux, préfèrent headbanger sur des chansons créées pour faire travailler les cervicales ("Dismembered And Thrown Into Black Flames"). Puissance et rapidité s’unissent à merveille ("Demonic Ascent") pour plonger dans le chaos une salle Vauban satisfaite.


La claque, la baffe, l’uppercut ans la face arrivent ensuite avec les thrashers grecs BIO-CANCER. Après une intro longue et pompeuse, les Hellènes, dans le sillage de leur intenable chanteur à la voix écorchée, dévastent Saint-Omer à grands coups de riffs ultra calibrés certes mais qui remplissent à merveille leur rôle : tout fracasser le plus vite possible ! La salle se transforme en ring de boxe… que survole en mode stage-diving le chanteur en fin de concert. Si, sur disque, la musique du quintet, dans lequel bassiste et guitariste assurent des chœurs, est quelque peu lassante, en live elle devient la bande-son idéale d’un laisser-aller total, d’un lâcher-prise général. Jouissif !


Changement d’ambiance avec RELICS OF HUMANITY. Les Biélorusses, avec le local Flo Butcher aux growls d’outre-tombe – vraiment, ce n’est pas un effet de style : le gaillard hurle avec une profondeur abyssale – et aux screams terrifiants, misent en effet sur la pesanteur, aidés par une basse très présente. Cette lourde parenthèse noyée dans des lights rouges, parsemée de quelques accélérations, de quelques blast beats, séduit le public. Ni pogo, ni stage diving, mais du headbanging durant ces trois quarts d’heure étouffants forgés à grands coups de break sur une enclume rythmique.


Tout en perversion blasphématoire et en tension impie(toyable), DEAD CONGREGATION a récité une noire leçon de death malsain. Après un léger problème technique sur la basse, les Grecs ont laissé planer une sourde menace dans une salle conquise. Dès l’entame avec un "Martyrdoom" écrasant, des relents inquiétants s’immiscent dans l’air. Il se dégage de cette musique, traversée de dissonances hantées, une âme fétide comme sur un "Serpentskin" au final étouffant. L’instrumental "Promulgation of the Fall", titre éponyme du dernier album du groupe, est un long frisson, une invitation à son propre enterrement au son de mélopées sinistres. Porté par les blast beats d’un batteur en forme, le quatuor s’autorise de belles accélérations et quelque soli, sans jamais renier ses aspirations morbides, sans jamais oublier de glisser un passage lugubre. Le "Teeth into Red" final, longue pièce à l’obscurité éblouissante, est la conclusion parfaite de 45 minutes de radicalité effrayante.


Une glauque intro puis une explosion de violence rythmée de lumières stroboscopiques aveuglantes. BENIGHTED attaque avec un "Scars" malsain à souhait, sensation que l’on retrouvera sur le bien nommé "Morgue". La bonne humeur des musiciens se conjugue à la violence des titres, à l’image du frénétique "Nothing Left to Fear". Pieds nus comme à son habitude, Julien est un maître de cérémonie parfait, rappelant que le groupe est venu à Saint-Omer à l’époque où le festival s’appelait Dreamer Fest. Sa bonhomie et ses discours amusants disparaissent dès qu’il s’agit de screamer ou de growler, visage déformé, en arpentant les planches. La violence et la brutalité sont au rendez-vous et ravissent une salle déchaînée, à qui sont toutefois offerts quelques pauses groovy ("Spacegoat") et quelques ralentissements oppressants ("The Starving Beast"). Le brutal-death à tendance grind ("Martyr") de la formation, entrecoupé d’intros qui découpent le concert en trois temps, se pare d’un discret eye-liner black, d’un léger fond de teint hardcore ou d’un fard hardcore feutré. Le groupe privilégie certes son dernier-né, l’excellent « Ekbom », mais offre aussi certains incontournables de sa riche discographie comme le traditionnel "Let the Blood Spill between my Broken Teeth" en conclusion d’un set remarquable, enrichi de la fort belle reprise du classique death mélo "Slaughter of the Soul", présente sur l’EP « Dogs Always Bite Harder Than Their Master » ; sans nul doute un hommage à Thomas Lindberg. BENIGHTED, des brutes au grand cœur… Les dernières notes envolées, la folie s’empare des fans qui se lancent de longues minutes durant dans une farandole…


MONSTROSITY, connu pour être dans un lointain passé la première formation de Geroge "Corpsegrinder" Fischer, laisse une impression étrange. Les Américains, comme de nombre de leurs compatriotes, assurent un set carré, impeccable, précis… mais dénué d’âme. Peu de contact avec le public, si ce n’est quelques signes de main du guitariste ou de rares « thank you » du chanteur. Les titres, issus de tous les albums des Floridiens à l’exception de « Rise to Power », s’enchaînent avec un réel brio technique. Les compositions à la mode de Tampa 90’s ("Final Cremation") sont solides, voire brillantes, comme "Banished to the Skies", tout en maîtrise à l’image des growls de Ed Webb, ancien de MASSACRE, et de ses riffs massifs.


Deux autres morceaux ("Spirals " et surtout "The Colossal Rage"  sans doute dopé à l’EPO) issus de « Screams beneath the Surface » confirment l’extrême qualité du dernier opus d’un groupe déjà auteur de chefs d’œuvre comme "Firestorm", mélodique, rapide, enrichi d’une deuxième voix, ou "Remnants of Divination". Les soli sont parfois magiques et la basse trace des lignes magnifiques pour rendre les chansons impressionnantes sans omettre efficacité (le thrashy "Definitive Inquisition" au refrain magistral qui ouvre les hostilités) et atmosphères evil ("Destroying Divinity"). Le gang offre même une cover de "Total Destruction" de BATHORY. Hélas, la distance mise entre les musiciens et la fosse empêchent la magie d’opérer totalement. Comme l’écrivait Jules Renard à propos de Sarah Bernhardt, « on baille d’admiration ».

A minuit quinze, ravis et fatigués de cette longue plongée dans l’enfer des musiques extrêmes, les fans regagnent leurs pénates. Ils peuvent remercier une organisation parfaite, qui a respecté les horaires d’un plateau convaincant. Bravo !
 

Blogger : Christophe Grès
Au sujet de l'auteur
Christophe Grès
Christophe a plongé dans l’univers du hard rock et du metal à la fin de l’adolescence, au tout début des années 90, avec Guns N’ Roses, Iron Maiden – des heures passées à écouter "Live after Death", les yeux plongés dans la mythique illustration du disque ! – et Motörhead. Très vite, cette musique devient une passion de plus en plus envahissante… Une multitude de nouveaux groupes a envahi sa vie, d’Obituary à Dark Throne en passant par Loudblast, Immortal, Paradise Lost... Les Grands Anciens – Black Sabbath, Led Zep, Deep Purple… – sont devenus ses références, comme de sages grands-pères, quand de jeunes furieux sont devenus les rejetons turbulents de la famille. Adorant écrire, il a créé et mené le fanzine A Rebours durant quelques années. Collectionneur dans l’âme, il accumule les set-lists, les vinyles, les CDs, les flyers… au grand désarroi de sa compagne, rétive à l’art métallique.
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