Il existe certains groupes que l’on identifie dès la première note. Des groupes dont le son est si particulier, si identifiable et marqué par une démarche artistique singulière, qu’on ne peut que les reconnaître. MONOLORD est l’un de ces groupes. Presque magiques, les vibrations de sa musique transportent la cage thoracique dans une autre dimension : celle d’une musique lourde, sombre et triste dans laquelle seule la voix réverbérée de Thomas Jäger fait jaillir un semblant de lumière. Vous l’avez compris : l’album « Neverending » est sorti le 29 mai.
Depuis « Your Time To Shine » sorti en 2021, le trio suédois a fait patienter ses fans avec un EP composé de deux titres : « It’s All The Same » et ses lignes de guitare rentrent dans la tête plus massivement qu’une pelleteuse et sans demander notre avis. Comme toutes les mélodies du groupe. Si celle du titre "Inside A Collider" n’est pas gravée dans vos tympans dès la première écoute, il est temps de monter le son.
Au fil des années, le groupe de Thomas Jäger (chant, guitare), Mika Häkki (basse) et Esben Willems (batterie) est devenu célèbre pour une musique tout en saturation et en chant réverbéré qui, dès les premières mesures du titre d’ouverture "Iodine", prouve son efficacité toujours aussi redoutable. Inébranlable, le savoir-faire du groupe se déploie aussi bien sur les titres dépassant les sept minutes, au nombre de trois sur ce disque, que sur une temporalité plus resserrée. Ce ne sont pas les riffs de "Crystal Bridge" qui diront le contraire.
Comme les albums le précédant, « Neverending » se révèle être un monstre de force et d’angoisse. Parmi les changements notables, on note les paroles qui se distinguent des titres plus anciens : là où Thomas Jäger puisait l’inspiration dans la religion et les débats qui l’entourent, les histoires racontées ici tournent davantage autour des relations humaines. "You Bastard" parle avec colère et frustration d’une personne qui a mis fin à ses jours et a abandonné ses proches en fuyant vers la mort. Bien que les paroles des huit titres permettent une grande largesse d’interprétation, on y décèle toujours la description de relations tourmentées, souvent tumultueuses, parfois dangereuses et marquées par la souffrance. À l’image du titre de l’album et de "Ooozing Wound" qui décrit une blessure qu’on ne peut plus ignorer.
Les composants du style sont là : on entend, tout au long de l’album, la batterie fracassante d’Esben Willems, la basse de Mika Häkki qui pourrait ébranler les falaises du Grand Canyon, la guitare franche de Thomas Jäger et son chant qui n’est pas sans rappeler celui d’Ozzy Osbourne sur les premiers albums de BLACK SABBATH. À ces ingrédients s’ajoute le travail de la productrice Sylvia Massy dont les travaux sur les albums de SYSTEM OF A DOWN, THE SMASHING PUMPKINS, RAGE AGAINST THE MACHINE et bien d’autres ont contribué à faire d’elle un redoutable atout pour qui veut faire un album inoubliable. Enfin, alors qu’on croit avoir fait le tour de MONOLORD et de ses déclinaisons, "It’s Neverending" se dévoile avec la subtilité d’un tremblement de terre, dans un mélange de doom et de death amené par la voix rocailleuse de Jörgen Sandström (ex-ENTOMBED).
On ne peut pas parler d’un album marqué par le renouveau ou d’un point de rupture dans la carrière du groupe. En revanche, « Neverending » fait figure de pointe rocheuse dans l’océan tumultueux du doom profondément tourmenté de MONOLORD : plus escarpé, plus tranchant et plus intime, il se distingue de l’ensemble de la discographie du groupe pour en dévoiler d’autres facettes.