Pas d’album studio depuis 2018, juste un EP, puis un live l’an dernier… Qu’à cela ne tienne, THE SWORD se lance quand même ce printemps dans une tournée sur le vieux continent, sans doute activée par l’invitation aux différents Desertfest européens. Et le pari se révèle réussi, puisque notre Petit Bain parisien affiche complet ce mardi soir.
Peut-être aussi grâce à la première partie, EARTHLESS, certes pas avare en passages dans la capitale, mais dont chaque prestation fait le buzz. C’est encore le cas cette fois. Une heure de concert, quasiment sans interruption, trois morceaux à peine, dont les deux premiers agglomérés en un long magma de metal en fusion, un grondement tellurique incessant d’où surnage la guitare saturée en perpétuel solo, Isaiah Mitchell le plus souvent le pied à fond sur sa pédale wah-wah.
Peu éclairés, les musiciens s’agitent, le batteur Mario Rubalcaba accomplissant l’équivalent d’un marathon, produisant une longue transe chamanique qui envoûte les spectateurs, et s’apprécie bien plus en live que sur disque, il faut avouer. Les premiers vocaux n’interviennent qu’au bout d’une cinquantaine de minutes, pour une reprise du "Cherry Red" de GROUNDHOGS. Avant, le groupe nous a assené après une longue intro "Uluru Rock" et "Violence Of The Red Sea".
Nos oreilles en bourdonnent encore.

Après des débuts très stoner/doom, THE SWORD a opéré un virage plus mélodique à partir de l’album « High Country » (2015), introduisant dans sa musique des éléments classic-rock, southern-rock, et même des passages avec synthés. Pourtant, lors de sa tournée américaine l’an dernier, le groupe avait préféré revenir à ses racines, célébrant le 15e anniversaire de son disque « Warp Riders ». D’où la question qu’on pouvait se poser : quel répertoire pour ce soir ?
Tout simplement un best of, piochant dans toutes les étapes de sa carrière, a décidé le patron, J.D. Cronise, désormais les cheveux courts et d’une discrétion exemplaire tout au long de son show, à peine un « merci beaucoup » à mi-parcours. Lui et ses acolytes débutent donc avec "Empty Temples", très classic-rock à ses débuts, puis se durcissant progressivement, veine également exploitée par "Tears Like Diamonds" et "Mist And Shadow" qui suivent. "Sea Of Green" bénéficie lui aussi de son introduction calme et apaisante d’origine, avant que les Américains ne commencent à revenir à leurs racines davantage stoner/doom.

Car ça riffe bien plus velu et heavy sur l’enchaînement "Celestial Crown" et "Barael’s Blade", et surtout sur "Maiden, Mother & Crone", qui fait littéralement un tabac auprès du public, et lance les premiers pogos dans la fosse.
Nous sommes désormais de retour dans les premiers âges de THE SWORD, voire du hard rock américain du début des années 70, lorsque les pionniers restaient encore traumatisés par l’écoute d’un MOUNTAIN ou d’un CACTUS. Des riffs simples mais qui font littéralement tanguer Petit Bain (rappelons que c’est une péniche), avec "Arcane Montane" ou "Winter’s Wolves".

Un devin dans la salle (ou quelqu’un qui a vu la set-list affichée de la table de mixage) réclame "Tres Brujas" juste avant que le groupe ne l’entame, parfait timing. Succès assuré pour ce titre emblématique où les Américains accélèrent un peu, et démarrent une trilogie consacrée à l’album « Warp Drivers », puisque suivent "Lawless Lands" et "Night City".
Cronise reprend enfin le micro, mais c’est pour annoncer qu’il ne reste que deux chansons à venir et pas des moindres : "Cloak Of Feathers" et "Freya", déclenchant une vague ininterrompue de slammers, à la grande surprise des musiciens et de l’ingénieur du son, qui filme cette déferlante incessante.
THE SWORD s’en va au bout d’1h10, mais les spectateurs insistent : « One more song ! ». Le quartet revient donc, et il fait bien, puisque c’est pour balancer le titre le plus speed du moment, "Iron Swan", un morceau sauvage qui rend littéralement dingue les spectateurs des premiers rangs… Ça jumpe et ça slamme, et Petit Bain tangue à nouveau.
Un rappel qui n’est pas un coup d’épée dans l’eau, mais plutôt un dernier coup de SWORD sur l’eau !