« Nous sommes là pour célébrer la musique des années 80 ». Le Frontiers Festival, finalement, c’est Michael Sweet, le patron de STRYPER qui en parle le mieux. STRYPER, la tête d’affiche du dernier jour de ce rassemblement annuel organisé en Italie, à l’initiative du label Frontiers.
Depuis 2014, et avec une longue interruption entre 2019 et 2025, la maison de disques invite ses poulains - ou artistes ayant des liens avec elle - pour deux ou trois jours avec pléthore de groupes connus ou émergents relevant du heavy mélodique, de l’AOR ou de ce qu’on appelait autrefois hard FM. Et qui, trop souvent, évitent soigneusement la France lors de leurs tournées. Prenez, les trois têtes d’affiche de cette 8e édition : STARSHIP, jamais venu dans l’Hexagone, NIGHT RANGER, vu une seule fois et encore, pour trois concerts en première partie de FOREIGNER en juin 1985, STRYPER, deux passages seulement au compteur.
Si on descend d’un cran, c’est quasiment la même chose : GIANT, passé une seule fois au début des années 90, NELSON, jamais, H.E.A.T. étant heureusement là pour sauver l’honneur grâce à ses concerts réguliers chez nous.
Et je ne vous parle même pas des petites formations…
Bref, la zone artisanale de Trezzo Sull’Adda, petite ville entre Milan et Bergame, et son Live Club, discothèque/salle de concerts qui peut accueillir jusqu’à 2 000 personnes, devient à chaque fois un petit paradis accueillant des passionnés du monde entier, jusqu’au Brésil et Pérou, et cette année un fort contingent de Français.

Les Suédois STREETLIGHT (le pays de EUROPE est fort bien représenté au line-up avec pas moins de 6 groupes sur 21 à l’affiche !) ont l’honneur d’ouvrir le bal avec leur AOR ultra-typé 80s très influence par TOTO. Ils piochent pour cela de manière quasi équitable entre leurs deux albums, ouvrant avec un « Hit The Ground » dynamique, et concluant par « Captured In The Night » qui ne l’est pas moins. 25 minutes bien agréables, d’où l’on retient un claviériste, John Svensson, qui n’hésite pas à venir se frotter aux premiers rangs synthé en bandoulière et, côté chansons, un « Sleep Walk » qui se termine en canon à la QUEEN, et la rythmique à la POLICE de « Fly With Eagles ».
En sus de celle de STREETLIGHT, trois autres batteries sont déjà disposées sur scène, permettant des transitions rapides entre les prestations, une vingtaine de minutes en général, ce qui permet un peu de souffler ou de prendre l’air dehors.

Avec SHIRAZ LANE, changement d’atmosphère, le groupe glam des débuts ayant laissé place à un combo davantage tourné vers un metal pop moderne. Tel le morceau d’ouverture, « Plastic Heart », heureusement sublimé par la puissance vocale du chanteur, Hannes Kett. Retour au glam grâce au percutant « Stone Cold Lover », bien meilleur que les « Broken Into Pieces » et «Dangerous » qui suivent, vraiment de la pop électrifiée, pas désagréable mais bien loin des espoirs qu’on pouvait placer dans la formation finlandaise autrefois.

Dan Byrne est l’un des invités de dernière minute du festival. Quatre jours avant le début de l'événement, Frontiers a en effet annoncé l’annulation des concerts, officiellement pour raisons médicales, de HOUSE OF LORDS, Robin Beck et FRONTLINE, remplacés par Dan Byrne, Russ Ballard et SMOKING SNAKES. Dan Byrne, un jeune Britannique auteur d’un EP et dont le premier long est sorti le 22 mai, entame une carrière solo, après un passage dans REVIVAL BLACK, sous les meilleurs auspices, la presse d’outre-Manche s’extasiant notamment sur sa puissance vocale. Et il est vrai que le gaillard possède un sacré coffre, à la Ronnie James Dio, Jorn, Jimmy Barnes par moment, dont il se sert pour délivrer un classic rock très musclé aux touches modernes.
Pour son premier show en dehors du Royaume-Uni, comme il le confesse, Byrne se révèle convaincant, transcendant des compositions pas spécialement originales. Les costauds « Saviour », « Like Animals », « She’s The Devil » font leur petit effet, « Praise Hell » malgré son nom s’avère plus soul, la ballade « Easier » endort un peu tout le monde. Mais Byrne termine sur les chapeaux de roues via « Hard To Breathe » et surtout « Death Of Me », un titre tellement bien qu’on le trouve à la fois sur son EP et sur son disque à sortir. Byrne finit sous les applaudissements et parait ravi de l’accueil reçu. Un jeune homme à suivre !

CREYE nous vient de Suède, et affiche quatre albums d’AOR au compteur depuis 2018. Problème, c’est en permanence la valse des musiciens auteur du patron, le guitariste Andreas Gullstrand, et notamment au micro, avec autant de chanteurs que de disques sortis ! Le dernier en date s’appelle Simon Böös, et il connait malheureusement quelques soucis avec son organe d’entrée de jeu, amoindrissant l’impact du titre d’ouverture, « Something Missing ». Ca s’améliore durant la suite, « Face To Face », les Nordiques alternant après chansons nouvelles et anciennes. Mais le public n’accroche que modérément, la salle se vidant même lors des trop génériques « Only You » ou « Rust ». CREYE termine cependant sur une bonne note avec la jolie « Left In Silence ». Mais il est clair que les spectateurs attendent désormais des pointures sur scène.

Place à 18h45 au vétéran de la soirée, voire du festival, du haut de ses 80 printemps, nous avons nommé Russ Ballard. Depuis quelques années, le Britannique donne régulièrement des concerts, où il ne se prive pas de jouer ses propres compositions devenues des tubes grâces aux reprises qu'en ont faites quelques inconnus comme KISS, RAINBOW ou SANTANA. Mais l’homme a aussi connu le succès en solo durant les années 80, notamment avec l’album de 1984, qui porte son nom, et dont il joue carrément 6 extraits ce soir, dont trois d’affilée pour ouvrir son show, « I Can’t Hear You No More », « In The Night » et « Two Silhouettes ». Ballard a davantage l’air d’avoir 4 fois 20 ans que 80, et il se montre clairement plus en forme que lorsque nous l’avions vu en 2022 au Golden Age Rock Festival, en Belgique. Si l’on met sa voix de côté, pas toujours au top (et on a tellement l’habitude d’entendre ses chansons interprétées par d’autres), on se régale, notamment lors du boogie « Playing With Fire », où l’artiste montre qu’il n’est pas non plus manchot à la guitare, ou lors du tubesque « Voices ». Mais c’est la fin du spectacle qui plait à la fraction la plus metal de l’audience, grâce à deux « Since You Been Gone » et « God Gave Rock And Roll To You » bien fédérateurs et que nombre de spectateurs chantent à pleins poumons.

L’attente pour GIANT se révèle longue, très longue. A tel point que nous commençons à nous amuser à noter au milieu du public les tee-shirts à l’effigie des festivals les plus insolites, comme ce « Wisdom Tooth Festival » allemand (le festival de la dent de sagesse ?!), ou ce « Let It Beer » italien…
A 20h25, toujours pas de GIANT sur les planches, alors que le reste de la journée a été d’une ponctualité exemplaire. Et la chanteuse Cassidy Paris, qui figurait à l’affiche du Frontiers l’an dernier, et sert de maître de cérémonie durant ces trois jours, vient à son corps défendant plomber l’atmosphère. Elle nous annonce en effet que le groupe américain a un problème, et nous demande carrément de prier pour lui ! Un peu plus tard, c’est un organisateur qui nous précise qu’un des musiciens a eu un problème de santé et qu’il a été conduit à l’hôpital ! Nous obtenons enfin le fin mot de l’histoire : Mike Brignardello, le bassiste de GIANT, est tombé dans l’escalier et s’est apparemment fracturé le bras.
Pour finir, c’est carrément le fondateur de GIANT, le guitariste Dan Huff, qui vient s’excuser, et annoncer que le groupe se produira bien, mais sans bassiste ! Le set débute donc avec une bonne demi-heure de retard, mais avec des musiciens super motivés, devant un public qui a les crocs, GIANT constituant l’un des événements du festival (le vendredi, seule date des trois jours à afficher d’ailleurs complet).
Un « Shake Me Up » de circonstance pour démarrer, et GIANT a déjà mis le public dans sa poche. Dans sa formule comprenant le vocaliste Bryan Cole (Huff avoue « si je chantais, ce ne serait pas aussi bien qu’avec Bryan »), un deuxième guitariste, Mark Oakley (qui tournait déjà avec le groupe au début des 80s), le batteur Chris McHugh (David Huff a manifestement eu un problème de passeport) et un claviériste, Larry Hall, la formation américaine déroule comme à la parade, piochant essentiellement dans ses deux premiers albums les trois quarts de son répertoire de ce soir. « Thunder And Lightning », la ballade « I Can’t Get Close Enough », « Stay », le funky « No Way Out », le heavy mélodique des Américains passe toujours aussi bien la rampe plus de trois décennies plus tard.
Et la basse alors ? Eh bien, c’est triste à dire pour Mike Brignardello, mais elle ne manque pas vraiment, les fréquences graves étant manifestement assurées par les claviers de Larry Hall.
Après l’un peu moyen « Chained », GIANT s’intéresse enfin à son troisième album, via un « Don’t Leave Me in Love » qui fait vraiment penser au FOREIGNER de la grande époque. Bryan Cole, malgré un look pas très engageant, se révèle un sacré vocaliste, brillant sur « Hold Back The Night », « It Takes Two » ou un « I’ll See You In My Dreams » parfois un peu à la limite de la guimauve.
Nouvelle excursion du côté de l’album « III », hélas pour le bien tranquillou « Can’t Let Go », un peu le ventre mou du concert puisque suit un instrumental tout aussi pépère issu de la carrière solo de Dann Huff, « Waiting On A Whisper ».
GIANT remet heureusement les gaz pour la fin de sa prestation. Le classique « I’m A Believer », précédé comme il se doit d’un solo de guitare de Huff. La joie et l’allégresse règnent de nouveau dans la salle, d’autant que le groupe conclut avec le performant « Innocent Days », puis l’ultime et bien speed « Time To Burn ». Un choix approprié, tout le monde est carbonisé dans la salle.

Et de fait, on se dit que la partie ne va pas être facile pour STARSHIP et son rock FM dont le son originel apparait aujourd’hui affreusement daté (l’écoute de nos jours des albums « No Protection » ou « Love Among The Cannibals » peut irriter les mythiques cages à miel). Autre écueil, ne reste plus du groupe de la grande époque que le chanteur Mickey Thomas, 76 ans, désormais entouré de mercenaires. La claque que nous recevons n’en est que plus grande ! Venu exprès des Etats-Unis pour cette unique date européenne, le Vaisseau spatial démarre comme une fusée avec l’intense « Layin’ It On The Line », extrait du répertoire du JEFFERSON STARSHIP, dont faisait partie Thomas dès la fin des 70s. Malin, le gaillard, qui ressemble de loin à Philippe Manœuvre (mêmes coiffure, lunettes noires et blouson noir) propose ce soir finalement très peu de titres de STARSHIP, préférant piocher au sein de tout ce qu’il a interprété tout au long de sa carrière, donc également du JEFFERSON AIRPLANE, et même une chanson d’Elvin Bishop !
C’est donc de l’AOR à fort volume qui sort des enceintes, via « Jane », avant que l’Américain n’annonce un petit ralentissement du rythme, le temps de jouer quelques tubes un peu plus calme, « Sara ». « Wild Again », sans doute le titre le moins connu du répertoire, précède l’autre tube incontournable des 80s, « Nothing’s Gonna Stop Us Now », puis le plus intéressant saut dans les années 60, grâce aux fantastiques « White Rabbit » et « Somebody To Love » de l’AIRPLANE, ou la chanteuse Chelsee Foster, jusque là reléguée aux chœurs, abat un boulot de dingue en reprenant les parties originelles de Grace Slick.
Suit la reprise du « Fooled Around And Fell In Love » d’Elvin Bishop, propice aux slows, avant que le STARSHIP ne relance les réacteurs. D’abord modérément, grâce à « Not Enough », puis à peine propulsion via « Stranger », et l’hymne « We Built This City », un peu allongé pour la bonne cause, puisqu’il permet de présenter les accompagnateurs de Mickey Thomas. Avant un rappel dément, composé d’un court solo de claviers et surtout du pilier hard FM « Find Your Way Back » !
De l’AOR de ce niveau-là, on en réclame !