
Le deuxième jour du Frontiers Festival débute avec un groupe suisse, FIGHTER V, déjà auteur de trois albums, dont le tout récent « Déjà Vu », et présenté par une Cassidy Paris qui essaie de faire chanter du BON JOVI au public...

La formation semble avoir rétréci au lavage, puisque seulement quatre musiciens se présentent sur scène, désormais sans claviériste, mais avec des parties de synthé enregistrées. Qu’importe, les Helvètes font preuve d’enthousiasme, « si peu de temps, alors que nous avons tant à jouer », regrette le chanteur Emmo Acar. Lui et ses compères déroulent donc durant une demi-heure leur heavy mélodique assez costaud (« Raging Heartbeat », « Victory »), plus rapide (« Speed Demon ») ou en version power ballad (« Miracle Heart »), jusqu’au sympa « Radio Tokyo » final.
Rien d’essentiel, mais le job est correctement fait.

HELL IN THE CLUB est plutôt attendu de pied ferme ici, puisque c’est un groupe italien, à la carrière déjà bien fournie avec pas moins de 7 albums dans sa besace. Son glam-sleaze efficace, qui vire désormais au metal plus moderne, est depuis quelques temps interprété vocalement par une chanteuse, Tezzi Persson, une Suédoise expérimentée, qui officie sur le dernier disque en date, « Joker In The Pack », disponible depuis l’an dernier. Les Transalpins optent sagement pour un mix 50/50, avec quatre titres récents, « Robert The Doll », la ballade « The Ocean » qui casse bien l’atmosphère en milieu de show, «Magnetars », et le glam « The Kid » en toute fin. Le reste est donc constitué de classiques, comme l’entrainant, « Shadow Of The Monster » qui ouvre le bal, « We Are On Fire » qui suit, ou l’excellent « Sidonie ». Une prestation bien accueillie, mais semble-t-il en deçà de ce que le groupe proposait du temps de son précédent chanteur…

C’est ensuite au tour de ATLANTIC de venir faire son tour de piste. ATLANTIC, ou comment rater son come-back dans les grandes largeurs… Pour ceux qui ne connaissent pas, ce combo britannique a sorti il y a une trentaine d’années « Power », considéré comme un classique mineur de l’AOR. Puis il s’est mis en sommeil, jusqu’à ce que son créateur et guitariste, Simon Harrison, ne réactive la machine (autrement dit, lui et des petits nouveaux) en 2024 avec « Another World », bien moins accrocheur et donc logiquement un peu passé inaperçu. Ce samedi, les fans d’AOR ont clairement envie d’entendre des titres de « Power », d’autant que la formation ne se signale pas par une activité live intensive.
ATLANTIC débute donc bien avec « Can’t Hold On », titre efficace tiré de son premier album. Mais le groupe ne capitalise pas sur ce bon départ, alignant les mollassons « Without Love », « Missing You », « Nothing To Lose », puis son dernier single en date pour Frontiers, « What Hurts The Most », tout aussi poussif. Les Britanniques ne sont pas aidés par les problèmes techniques que connait le deuxième guitariste (« tu sais en jouer ? tu es sûr ? », se moque le chanteur), mais se rattrapent un peu avec le plus dynamique « Whole Lot Of Love ». Simon Harrison annonce qu’il y aura une surprise en fin de concert mais, le moment venu, apprend qu’il ne reste plus de temps au groupe pour jouer quoi que ce soit ! Le groupe quitte donc les planches hué par une partie du public (ce sera la seule fois du festival), qui espérait au moins un « Power Over Me » un peu plus électrique…

Place ensuite à DEGREED. Encore un groupe complètement méconnu en France, alors qu’il affiche déjà 8 albums et 1 EP à son compteur, dont le fort recommandable « Curtain Calls », l’un de ses meilleurs, sorti fin avril. Ces Suédois proposent un heavy mélodique qui sait mélanger les atmosphères, parfois bien hard, parfois très sucrées, que Robin Ericsson, le bassiste et chanteur, revendique comme du « dirty AOR ». Pas idiots, les Scandinaves abordent le public avec l’aussi solide que véloce « Curtain Calls », plus d’énergie en un seul titre que durant toute la prestation d'ATLANTIC !
Et ça continue à barder avec « Holding On To Yesterday », puis le plus alambiqué « Shakedown », avant l’obligatoire passage sentimental, « This Is Love », une des ballades les plus musclées de la journée. L’autre bonne nouvelle, c’est que Robin Ericsson, qui se cherchait capillairement depuis les débuts du groupe, semble s’être calmé, arborant une coupe lévrier afghan, certes grunge, mais qui passe inaperçue (même lorsqu’il viendra plus tard assister à la suite du festival, incognito dans la foule, avec semble-t-il son fils).
« Lost Generation » ressemble à du H.E.A.T. survitaminé, et « One Helluva Ride » voit de nouveau les Suédois appuyer à fond sur l’accélérateur. On se calme avec « Believe », puis Ericsson prévient : « Il nous reste 4 ou 5 minutes, on va tout déchirer, vous voulez nous aider ? ». Prélude au bien speed « The Scam » final. Voici 45 minutes qu’on n’a pas vues passer, tout le monde est désormais bien chaud pour la suite.

Car, comme pour GIANT ou NIGHT RANGER, une bonne partie du public a acheté son billet pour HEAVENS EDGE. Le groupe américain est devenu culte depuis ses deux albums parus durant les 90s, et a effectué un retour unanimement salué grâce à son « Get It Right » sorti en 2023. Bonus appréciable, à la différence de nombre de come-backs, ce sont les bien les musiciens de la grande époque qui sont de retour, à l’exception du malheureux bassiste George Guidotti, hélas décédé en 2013.
Emmenés par les piliers, le guitariste Reggie Wu et le chanteur Mark Evans, le quintet américain fait donc ce qu’il sait faire : du bon vieux heavy mélodique, les fans étant rassurés d’emblée par « Play Dirty » et « Rock Steady » (ce soir, seul représentant du 2e album). Evans n’a pas perdu ni sa voix, si son exubérance capillaire, ni sa souplesse (il lève souvent la jambe tel un David Lee Roth d’autrefois), et il brille même sur les chansons les plus récentes, comme « Had Enough ».
Le même nous annonce également un nouvel album pour 2026 et, de fait, HEAVENS EDGE nous propose ce soir deux inédits, hélas pas franchement éblouissants : le pataud « Let’s Go » et, en fin de concert, le pas non plus très inspiré « What’s It’s Got ». Prions pour des compositions plus abouties pour la suite !
Evans sort la guitare acoustique le temps de la ballade « When The Lights Go Down », avant une accélération bien électrique grâce à « 9 Lives (My Immortal Life) ». La fin du concert frappe fort, via « Skin To Skin » et « Find Another Way », non sans qu’Evans ait chaleureusement remercié les organisateurs du festival et le public pour la seconde chance qui est offerte au groupe. Un vrai retour gagnant, bien matérialisé ce soir.

Quel que soit son chanteur, H.E.A.T. ne donne jamais de mauvais concert. Nouvelle démonstration au Frontiers où, en à peine plus d’une heure, le groupe suédois prouve que le départ du fantastique chanteur Erik Grönwall, il y a déjà six ans, depuis passé par SKID ROW et le MICHAEL SCHENKER GROUP, n’a pas torpillé ni le talent ni l’ascension du combo. Le nouveau vocaliste (en fait, le prédécesseur de Grönwall, rappelé par ses camarades), Kenny Leckremo, se révèle lui aussi un tourbillon scénique doté d’un organe puissant.
« Disaster » et « Rock Your Body » mettent bien l’ambiance, « Dangerous Ground », dont la vidéo est diffusée en même temps sur l’écran disposé derrière la scène, maintient le cap. En fait, c’est carrément un festival permanent de metal aussi mélodique que pêchu pour la plus grande joie du public (« Hollywood », dont le refrain est repris par le public, « Nationwide »), avec juste une petite baisse tension occasionnelle (« Rise »). Sur la power ballad, « Cry », Leckremo, submergé par l’émotion, en a les larmes aux yeux, et lance « c’est de votre faute, quelqu’un a un mouchoir ? »
On se marre bien lors de « Beg Beg Beg », dont le groupe foire le début. « Tu es parti trop tôt », accuse Lecremo en désignant le batteur Lars Jarkell, « et moi je suis parti trop tard ». Pas rancunier, Larkell engloutit une banane, et l’incident est vite oublié, puisque H.E.A.T. prolonge étrangement le morceau avec un couplet du « War Pigs » de BLACK SABBATH.
Un seul autre morceau du dernier album en date ce soir, « Running To You », avec plein de woo woo woo sur les planches comme dans la foule, mais quand même moins pour le très participatif « Living On The Run ». Et H.E.A.T. plie le match avec l’ultime « One By One » qui met tout le monde d’accord. Encore une excellente prestation des Suédois !

Nous n’avons pourtant aucune inquiétude pour les artistes qui suivent, rien moins que NIGHT RANGER. Les Américains ne tournent plus des masses en Europe, mais ils étaient venus au premier Frontiers Festival, en 2014. Ils ont depuis sorti plusieurs live, et maintenu intacte leur réputation de bêtes de scène.
Ce qui se confirme rapidement. Après une introduction sur le toujours d’actualité « (You Gotta) Fight For Your Right (To Party !) » des BEASTIE BOYS, le groupe démarre à fond la caisse avec « (You Can Still) Rock In America » (et aussi faire des titres avec des parenthèses…). Les claviers d’Eric Levy ornent le côté gauche des planches, la batterie de Kelly Keagy leur fait face à droite, et le reste du groupe occupe le milieu.
Le bassiste et chanteur Jack Blades joue à merveille son rôle de maitre de cérémonie, tandis que les hits défilent comme à la parade. « Four In The Morning », « Seven Wishes », « Sing Me Away », ce dernier chanté par un Kelly Keagy vraiment à la peine ce soir, voire à la limite du sabotage lorsqu’il s’empare du micro. Ça, plus un son pas toujours top, constituent les deux seuls aspects négatifs de la prestation, sinon plutôt magique.
« C’est super d’être de retour dans votre magnifique pays », s’exclame Blades, avant de s’enquérir des nationalités présente ce soir : oui, il y a bien des Italiens, des Allemands, des Belges, des Suisses…
Par contre, il ne lui vient pas à l’esprit de demander s’il y a des Français, ce qui est assez révélateur.
Passons plutôt au répertoire qui, comme on s’en doute, ignore largement les dernières productions du groupe, au bénéfice de titres fédérateurs, même si affleurent quelques surprises : trois reprises des DAMN YANKEES, le supergroup qui comprenait Jack Blades, Ted Nugent, Tommy Shaw (STYX) et Michael Cartellone (LYNYRD SKYNYRD), avec « Coming Of Age », « Come Again » et « High Enough », ou « High Road », morceau le plus récent même s’il date déjà de 2014.
Sur la fin de « The Secret Of My Success », le groupe fait chanter le public avec différentes variations de « na na na na na », Blades terminant avec celle qu’il considère la meilleure, celle tirée du « Hey Jude » des BEATLES, que tout le monde reprend à pleins poumons.
La chanson « Night Ranger » se voit comme à chaque fois bien rallongée, avec un solo de batterie de Keagy, avant que le groupe ne calme le jeu avec « Come Again » et « High Enough » enchaînées, un « Goodbye » chanté par le même Keagy qui abandonne pour ce faire son kit, « When You Close Your Eyes » et l’obligatoire « Sister Christian ».
Il ne manque alors plus que le classique des classiques «Don’t Tell Me You Love Me », qui clôt en beauté ce show d’1h40, qui restera parmi les moments forts de cette édition du Frontiers Festival.