3 mai 2026, 12:57

Frontiers Rock Festival VIII • Jour 3

@ Trezzo Sull’Adda (Live Club)

La troisième journée du Frontiers Festival se présente comme la plus metal des trois, avec deux groupes relevant à fond du genre en ouverture et fermeture, IT’SALIE et STRYPER. Mais aussi la plus familiale. IT’SALIE comprend la chanteuse Giorgia Colleluori, entendue dans ETERNAL IDOL et SINNER, mais aussi le batteur Camillo Colleluori, qui n’est autre que le père de Giorgia, et a lui aussi joué dans ETERNAL IDOL ! NELSON est bien entendu dirigé par les deux jumeaux Nelson, Matthew et Gunnar, et enfin STRYPER comporte aussi deux frangins, Michael et Robert Sweet…

It'salie


IT’SALIE vient de sortir son 3e album, « Wild Games », mais le premier sur le label Frontiers. Logique que durant la demi-heure qui lui est attribuée, le combo mette l’accent dessus, ouvrant avec le puissant « Death Road », un seul titre plus ancien, « Lilith », finissant le show. Entre, le quatuor transalpin propose un power metal mélodique correct mais sans surprise, reprenant correctement le « One Way To Rock » de Sammy Hagar au passage. 
 

Transatlantic Radio

Tout autre chose avec de l’AOR totalement 80s grâce à TRANSATLANTIC RADIO, tout est dit ! Ce projet né durant le confinement révère les gloires du genre (JOURNEY, TOTO, etc) et, à défaut d’en posséder le génie, tente d’en reproduire l’esprit sur son premier album, « Midnight Transmission ». Pour une fois n’est pas coutume, on trouve à sa tête un bassiste à l’allure de prof de maths, Victor Broden, heureux comme un gamin d’être là, et qui foncera d’ailleurs, une fois son set terminé, au stand de merchandising de Frontiers voir s’il ne peut pas y trouver quelques pépites.Le show, lui, nous ramène clairement quatre décennies en arrière, avec des titres bien énergiques comme « The Good Times », « Wide Awake », ou le plus pop « All For You ». Broden vient rendre hommage à Marcie (ex-Mark) Free, vocaliste de KING KOBRA ou UNRULY CHILD, en faisant reprendre par sa formation « Arms Of A Stranger », de SIGNAL. Une touchante attention, suivie de deux autres morceaux maison, bien troussés mais qu’on a un peu l’impression d’avoir entendu déjà mille fois.
 

Smoking Snakes


SMOKING SNAKES fait partie des gagnants du week-end. Alors que ce groupe suédois doit sortir son deuxième album en juillet prochain, il a été appelé en catastrophe pour s’intégrer à l’affiche du festival. Si son glam bien hard n’était pas spécialement attendu, il faut bien avouer qu’il séduit le public, grâce à l’attitude décontractée des musiciens, qui n’ont rien à perdre. « Angels Calling », « Excited », « Sole Survivors » remuent bien la foule, malgré la voix bien âpre du chanteur, Brett Martin, qui dans ses meilleurs moments peut s’apparente à celle de Noddy Holder (SLADE). Les Scandinaves profitent de l’occasion pour présenter un extrait de leur deuxième album, « Pleasure & Pain », assez prometteur dans la mesure où le vocaliste force moins sur son organe (et c’est le cas sur tout le disque, que nous avons pu écouter et plus intéressant que son prédécesseur). Le groupe achève ses 40 minutes sur la promesse « Rocking To The Morning Light », non tenue puisque tout s’arrête à 16 h 40, mais opération commando réussie.

Confess


C’est un peu moins le cas pour CONFESS, autre combo suédois, dont la prestation live n’arrive hélas pas au niveau de ses très bons albums, dont le dernier, « Metalmorphosis », sorti le 15 mai, que nous vous recommandons particulièrement. Etonnant quand on pense que son chanteur n’est autre que l’expérimenté John Elliot, qui officie depuis 2024 dans CRASHDÏET, et au même poste. Est-ce d’ailleurs parce qu’il est conscient de ses limites que le groupe n’utilise pas entièrement son créneau horaire et termine en avance ? Durant sa demi-heure sur les planches, il attaque donc avec le vieux « Malleus », avant de poursuivre avec plusieurs extraits de son bon nouvel album, à savoir le morceau éponyme, bien rapide, puis le pesant « The Warriors ». Des titres bien accueillis, tout comme l’excellent et plus ancien « Strange Kind Of Affection » (dont on dirait au début que c’est un inédit de IRON MAIDEN !), ou l’autre inédit, l’hymne glam « Wicked Temptations » dont le refrain vous entre tout de suite dans la tête. Juste avant de conclure, CONFESS remporte également in extremis la palme de la reprise la plus inattendue, à savoir le « What’s Love Got To Do With It » immortalisé par Tina Turner. Fun, mais nous attendions davantage.
 

John Corabi


Il pourrait chanter un discours du chancelier Friedrich Merz devant le Bundestag, il resterait l’un des artistes les plus cool sur scène. J’ai bien sûr nommé John Corabi, pour une fois en rupture de ses DEAD DAISIES. Nous avons déjà écrit ici tout le bien que nous pensions de son premier album solo studio, « New Day », et nous ne nous renierons pas à la vision de son réjouissant concert d’un petit peu moins d’une heure. John est venu accompagné de quelques amis, style Marco Mendoza (THIN LIZZY, Ted Nugent, WHITESNAKE, DEAD DAISIES) à la basse, Troy Luccketta (TESLA) à la batterie, ou Paul Taylor (WINGER) aux claviers. Mais surtout de sa grosse voix chaude, et de sa gouaille permanente, comme lorsqu’il apostrophe la foule après son deuxième morceau, « That Memory » : « Comment ça va ? Plus fort, j’entends rien, ça ressemblait à l’enterrement de ma grand-mère ! » Corabi consacre la moitié de son set à son nouvel album, ouvrant avec le joli « New Day », poursuivant donc avec « That Memory », et proposant plus tard « One More Shot » - dans lequel il intègre un bout du génial « I Want To Take You Higher » de Sly Stone, qu’il fait chanter au public -, « When I Was Young » où il s’aide d’une guitare acoustique, et le très CREEDENCE CLEARWATER REVIVAL « 1969 ». Mais l’Américain sait aussi qu’on attend de lui des clins d’œil à l’ensemble de sa carrière, et il ne se défile pas. On apprécie donc du DEAD DAISIES (« I’m Gonna Ride » et la reprise que le groupe fait du « Midnight Moses » du SENSATIONAL ALEX HARVEY BAND), mais aussi du MÖTLEY CRÜE (« Hooligan’s Holiday » en « version des marais », prévient Corabi), du UNION (« Do You Own Thing »), et même du SCREAM, sa toute première formation, grâce au sympa « Man On The Moon ». Au final, l’un des très grands moments de ce festival.
 

Nelson


Et nous dirons la même chose, tuant le suspense d’emblée, pour le concert de NELSON. Un événement, puisque le groupe n’est que très rarement sorti des Etats-Unis, hormis une poignée d’incursions au Canada ou au Royaume-Uni. Un état de fait regretté par le bassiste et chanteur, Matthew Nelson, qui explique ainsi qu’il aurait bien voulu jouer en Italie par le passé, mais qu’il lui avait fallu jusqu’à présent se limiter à une apparition télé de 10 minutes il y a bien longtemps. Lui et son jumeau Gunnar, chant et guitare, se différencient désormais aisément, le premier ayant davantage forci que son frère, et portant un chapeau. Hormis ces considérations esthétiques, force est de reconnaître que la fratrie dispose de solides atouts pour nous faire passer une bonne soirée : les deux chantent toujours aussi bien, l’accompagnement (dont le batteur David Keith, le dernier à avoir tenu les baguettes dans RAINBOW) tient la route, et les chansons itou ! Bien entendu, l’album phare « After The Rain » (1990) se taille la part du lion dans la setlist, avec pas moins de 6 titres joués ce soir, à commencer par la triplette d’ouverture : « Fill You Up », « It’s Just Desire » et « More Than Ever », durant lequel le claviériste vient accompagner les frangins à la guitare acoustique. Le groupe va ensuite chercher « Two Heads Are Better Than One », un titre qu’il avait placé sur la bande originale du film « Bill & Ted’s excellent adventure » (1989) sous le nom d’emprunt POWER TOOL, avant de nous raconter une jolie histoire : comment James Gunn, le réalisateur des trois « Gardiens de la galaxie », ou du dernier « Superman », et fan de NELSON, a utilisé la chanson « To Get Back To You », à l’origine sortie en 2010, pour sa série « Peacemaker » (visible sur HMO Max et par ailleurs truffée de classiques du hair metal), et en a refait un tube, quinze ans plus tard. Une anecdote finalement plus croustillante que le morceau lui-même, une bonne ballade comme MTV les appréciait…Les Américains continuent de présenter leurs classiques, « I Can Hardly Wait », plus rock, « After The Rain », toujours aussi magique, avant que Matthew ne s’interroge : « Il nous reste 17 minutes et nous avons 3 heures de musique sous le coude, qu’est-ce qu’on fait ? » Eh bien, on persévère, et on ose présenter un inédit de bon aloi, « Steamroller », un avant-goût d’un nouvel album prévu pour l’an prochain. Et on conclut comme il se doit avec un ultime incontournable, « (Can’t Live Without Your) Love And Affection ». Au bout d’une heure 5, le groupe s’en va, et récolte des applaudissements aussi nourris que mérités.
 

Stryper


Et dire que STRYPER doit encore passer derrière, concluant la journée et le festival ! Mais il en faudrait bien plus pour déstabiliser les papes du metal chrétien qui, eux, ont déjà rendu visite plusieurs fois à leurs ouailles européennes. Leur messe se montre donc particulièrement bien rodée, et les musiciens, respectant le code couleur noir et jaune, abordent leur public comme s’ils s’adressaient à des païens à convertir, de gré ou de force.
STRYPER, emmené par son prédicateur en chef, Michael Sweet, ce soir complètement à l’inverse de son tout nouveau disque solo gentillet et raplapla, devient un ange déchaînant la foudre divine sur les spectateurs, multipliant les montées dans les aigus proprement hallucinantes, tandis que ses compères, Robert Sweet à la batterie, Perry Richardson à la basse et Oz Fox à la guitare, bastonnent eux aussi gravement.
La « Sing-along Song » d’ouverture devient un assaut power metal, « Calling On You » ou « Free » enfoncent le clou. Pas de miracle à attendre du côté de la setlist, les deux tiers proviennent de disques vieux d’au moins 35 ans, voire 40. Mais ce n’est pas un péché pour la foule, loin de là, ravie d’entendre « Lou’n’Clear » « The Rock That Makes Me Roll », « Sorry » de faire le malin ici en utilisant l’ordre des titres pour appuyer mon argument. Mais après tout, ce n’est pas « Breaking The Law », comme le chante la formation en reprenant JUDAS PRIEST, autre gloire de ces 80s et de leur esprit que STRYPER entend bien ressusciter, au moins le temps d’un concert. Sweet précise d’ailleurs souvent, en plus du titre du morceau à venir, son année de sortie. Sur les 16 albums studio de sa carrière, le combo en sollicite tout de même 9 ce soir, ce qui nous permet de rafraichissantes redécouvertes, comme « No More Hell To Pay », le sauvage « Divider », ou le plus récent « When We Were Kings », que Sweet introduit avec une drôle de remarque :  « A la fin des années 70/début des années 80, c’était pas clair, chaque jolie fille était en fait un garçon ! ».

La célébration se termine par un rappel faisant plaisir aux vieux de la vieille : « Soldiers Under Command » et « To Hell With The Devil », ultimes cantiques à fort volume sonore , tandis que Michael Sweet lance un dernier « merci pour les boissons » à l’intention des spectateurs qui lui ont fourni quelques breuvages (du vin de messe, peut-être ?) lors de l’office. Amen ! 

Blogger : Michel Valentin
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