5 juillet 2026, 14:07

MONOLORD

Interview Thomas Jäger


Cinq ans après l’album « Your Time to Shine » et trois ans après l’EP « It’s All The Same », le groupe de doom suédois MONOLORD sort l’album « Neverending ». Fidèle à son style tout en fuzz et en lourdeur, le trio livre un ensemble de huit titres dont les paroles, bien qu’ouvertes à l’interprétation, font davantage référence aux événements négatifs de la vie et au cercle vicieux auquel on ne peut échapper. À l’occasion de la sortie de cet album, nous nous sommes entretenus avec le chanteur, guitariste et parolier du groupe Thomas Jäger.
 

Qu’est-ce qui ne finit jamais ?
Thomas Jäger : Le thème principal fait référence au sentiment que l’on peut avoir quand on a l’impression qu’il ne nous arrive que des mauvaises choses les unes après les autres. Je pense que c’est quelque chose que tout le monde a déjà ressenti. Certaines chansons parlent de suicide, de périodes difficiles, etc., pour montrer que, pour certaines personnes qui vont toujours mal, les événements négatifs semblent ne jamais s’arrêter. C’est un album qui parle de ces cercles vicieux qui n’en finissent pas.

Les précédentes pochettes d’albums étaient plutôt oniriques et figuratives alors que celle de « Neverending » représente quelque chose d’invisible. Est-ce que cette évolution visuelle traduit une évolution dans le processus de composition ou la façon dont vous voyez le groupe ?
On a eu plusieurs idées pour la pochette avant de choisir celle-ci. Les images auxquelles on pensait ne se ressemblaient pas vraiment entre elles mais elles dégageaient quelque chose de similaire. L’image qu’on a choisie représente plutôt bien l’album. Je trouve qu’on a eu de belles pochettes au fil du temps et qu’on a toujours été exigeants sur les images qu’on choisit. Pour cet album, on a beaucoup travaillé avec la productrice et ça a en partie donné une nouvelle direction à notre musique. Donc on voulait quelque chose qui ne soit pas complètement similaire aux anciennes images. Quand on a trouvé le titre « Neverending », on s’est dit que cette image correspondait parfaitement et on a écrit à l’artiste en lui disant qu’on aimait beaucoup son œuvre et qu’on aimerait l’acheter pour notre album. Quand je vois cette image, je trouve vraiment qu’elle correspond parfaitement à « Neverending » avec ce personnage qui a le cerveau transpercé par un rai de lumière. Il y a plusieurs façons d’interpréter cette image mais je trouve qu’elle résume très bien l’album.

Les paroles sont plus personnelles et plus profondes que sur les albums précédents. Quelles sont les expériences que vous avez vécues qui ont inspiré ces paroles ?
Les paroles sont un mélange de mes propres expériences et de celles d’autres personnes. J’ai assemblé ces éléments et les ai un peu mélangés, ce qui fait que les paroles peuvent représenter mes expériences comme celles d’autres personnes. J’aime regarder les gens. Parfois, quand je bois mon café, je regarde les gens interagir entre eux, se parler et ensuite, je résume tout ça : qu’a dit cette personne ? Quel genre de personne est-ce ? Parfois, je transforme ça en paroles. Ça peut être des gens que je connais un peu, des amis d’amis, etc. Les choses plus personnelles sont des événements qui me sont arrivés ces dernières années : j’ai vécu une séparation alors que je vivais dans une maison depuis très longtemps, ce qui m’a obligé à déménager. J’ai aussi perdu mon chien. Il y a eu plusieurs événements qui ont fait que je n’étais pas heureux donc j’ai écrit des chansons pour gérer ça. Je crois que nos chansons ont toujours un aspect émotionnel. La première, "Iodine", est plus courte et va droit au but mais, pour moi, c’est la plus spéciale à cause des paroles et de ce qu’elle dégage. Pour moi, elle est très émotive et, comme je n’écris pas vraiment de quoi il est question, les paroles sont ouvertes à l’interprétation. J’aime vraiment beaucoup ça quand je lis les paroles d’autres groupes : c’est assez profond pour que j’y trouve une signification mais une autre personne peut y trouver un sens différent. Ça n’est pas dit clairement mais certaines paroles sont très personnelles.

Au sujet de ces interprétations différentes, y a-t-il une chanson qu’Esben, Mikka et toi interprétez de trois façons différentes ?
On en a parlé l’autre jour, quand je leur ai dit à propos de quoi j’écrivais. Esben m’a dit : « J’avais compris ça d’une façon complètement différente ! ». On n’en a pas vraiment parlé ligne par ligne mais plutôt de ce qu’elle dégage ou du thème. Par exemple, "You, Bastard" parle de suicide et je crois qu’on a tous eu, dans notre famille ou nos amis, quelqu’un qui nous a été enlevé trop tôt, que ça soit par suicide, par maladie ou autre chose. Les deux premiers vers sont dits par une personne qui ne se sent pas très bien et le refrain est écrit du point de vue de la personne qui est laissée derrière, celle qui est toujours là. C’est un moyen de gérer le chagrin : on peut être triste, en colère, etc. Je crois qu’on l’interprète tous un peu différemment.


"Oozing Wound" est une chanson longue et répétitive dans laquelle on peut facilement se perdre. La guitare est accordée en la avec un changement qui intervient après de longues répétitions du même riff. Est-ce un moyen de représenter le poids du traumatisme qui est décrit dans les paroles ?
Quand la chanson a pris forme et qu’on a trouvé le riff initial, qui était aussi le premier qui nous est venu à l’esprit, je crois qu’on a surtout voulu jouer avec différentes dynamiques. Il n’y a qu’un changement de corde dans cette chanson. Les parties rythmiques sont les mêmes tout au long de la chanson et c’est aussi pour ça qu’on répète les paroles dans la deuxième partie : pour ajouter de la lenteur et donner l’impression que ça continue encore et encore. La rendre répétitive semblait être la bonne chose à faire.

Pour "Iodine", vous souhaitiez écrire une chanson dans l’esprit des années 70s et rendre hommage à YOB avec le riff initial. Pourriez-vous m’en dire plus ?
Le riff initial de cette chanson était aussi le premier qui m’était venu à l’esprit pour l’écrire. J’ai beaucoup écouté "Hotel California", surtout la partie de guitare lead. J’ai aussi beaucoup écouté "Free Bird" de LYNYRD SKYNYRD. Il y a aussi quelques références à LED ZEPPELIN dans les paroles et quelque part dans la musique. La partie de guitare lead dans "Iodine" est clairement inspirée par le rock des années 70. Ça ne se rapproche pas du tout de la partie de guitare de "Hotel California" parce qu’elle est complètement folle à jouer mais ce sont les inspirations principales.

C’est plutôt surprenant parce qu’on ne s’attend pas forcément à ce que vous ayez ces inspirations qui ne sont pas fuzzées, ni ne viennent du stoner ou du doom.
Je n’écoute pas vraiment de musique faite par de nouveaux groupes, du moins pas de groupe de stoner ou de doom parce qu’on en est à un point où il y a tellement de petits labels et de petits groupes que je ne peux pas vraiment faire le tri. De temps en temps, il y a un nouveau groupe qui apparaît dans mon radar et que je trouve intéressant mais je trouve que la scène est totalement saturée en ce moment. Dans le groupe, on a plutôt voulu aller au-delà. Les gens disent qu’on est un groupe de doom, de stoner, de stoner rock, de stoner metal ou autre mais honnêtement, je ne crois pas qu’on ait déjà été un groupe de doom dans ce sens. Pour moi, le doom est plus lent et plus sombre que notre musique. Comme je suis le principal parolier, j’ai besoin de me renouveler et je n’ai pas envie de refaire un album dans le style de « Empress Rising ». Peut-être qu’on le fera un jour mais, pour l’instant, j’ai besoin de quelque chose de plus complexe pour que ça soit amusant à jouer. J’ai besoin que la musique ait quelque chose de nouveau ou de plus élaboré pour que ça soit intéressant à jouer.

L’album a été produit par Sylvia Massy. Comment a-t-elle aidé à lui donner une nouvelle direction et en quoi l’enregistrement a-t-il été une expérience relaxante ?
On a commencé à enregistrer l’album en octobre 2025 et on a commencé à travailler avec elle six mois avant. On a créé une Dropbox dans laquelle j’ai mis beaucoup de démos, de riffs enregistrés il y a six ou sept ans pour tout lui envoyer. Quelques semaines plus tard, elle nous a envoyé la liste des chansons sur lesquelles elle voulait qu’on travaille. On en a alors parlé dans le groupe en se demandant sur quelles chansons on voulait travailler. Je crois qu’on a fini avec treize chansons alors qu’on avait entre trente et quarante démos. Certaines ne sont pas finies : il n’y a parfois que des riffs, d’autres n’ont même pas de ligne de chant, d’autres encore n’ont que les lignes de guitare. On a fait une liste, on s’est mis d’accord sur douze ou treize chansons et, une fois en studio, on en a choisi onze à enregistrer : dix chansons et un titre instrumental. Pendant l’enregistrement, Sylvia et son mari, qui dirige le studio, ont été très polis, très accueillants et se sont assurés qu’on ait une bonne expérience. On avait un appartement en haut de la rue où se trouvait le studio donc on pouvait se réveiller, prendre notre café et notre petit-déjeuner de l’autre côté de la rue, marcher une centaine de mètres et arriver au studio. C’était très confortable, le lieu était agréable et, une fois qu’on a fini d’enregistrer les parties de batterie pour toutes les chansons, on a alterné entre les autres parties : « Si on faisait la partie de guitare de cette chanson aujourd’hui ? Et si on faisait la partie de basse de celle-ci demain ? Et si on commençait par la voix pour celle-ci ? ». Quand on arrivait, elle nous demandait ce qu’on voulait faire dans la journée. Si c’était mon tour, je pouvais dire que je n’avais pas forcément envie d’enregistrer la partie de guitare aujourd’hui. C’était vraiment relaxant et il y avait beaucoup de bonnes ondes, c’était très agréable. Sylvia a une façon assez inhabituelle d’enregistrer. Elle pouvait dire : « J’entends quelque chose dans cette musique, et si on ajoutait un drill ? » et elle reliait les appareils entre eux pour que le drill soit incorporé à notre son. C’était une très bonne expérience.

Et que va-t-il arriver aux chansons sur lesquelles vous avez travaillé mais qui ne figurent pas sur l’album ?
On va probablement en faire quelque chose mais on n’en a pas encore parlé. Si on fait quelque chose, ça ne sera pas cette année. Il y en a une qui est vraiment intéressante mais qu’on a choisi de ne pas mettre sur l’album. C’est une chanson dans laquelle aucune partie ne se répète : il y a une intro et quelques vers d’une chanson, des cordes différentes, une partie de chorus mais qui n’est jouée qu’une fois, puis une longue outro. Le résultat était vraiment bon mais elle n’allait pas avec les autres chansons. J’ai hâte de voir ce que les gens penseront de cette chanson quand elle sortira.


Dans "It’s Neverending", on entend Jörgen Sandström chanter, ce qui fait de cette chanson un titre de doom-death. Est-ce un moyen de renouveler votre style ? Avez-vous eu d’autres inspirations pour cette chanson ? Est-ce une collaboration que vous avez faite de façon spontanée ?
Quand on a enregistré « Rust » ou « No Comfort », j’ai fait quelques démos de growl. Pour "It’s Neverending", j’en ai aussi fait quelques-unes mais ça m’a pris deux ou trois jours de les faire parce que je ne sais pas chanter de cette façon. Ma voix était complètement cassée pendant deux ou trois jours après chaque démo et je me suis dit que je ne pourrais jamais faire ça en concert. Mais Sylvia et nous aimions beaucoup la chanson donc on a décidé de l’enregistrer parce qu’elle est très heavy et qu’on avait vraiment envie d’avoir une chanson comme ça sur l’album. On s’est demandé si je pourrais faire le growl quand même mais j’ai dit non. On était en studio en train de nous demander qui, dans nos connaissances, pourrait faire ces parties et on a finalement pensé à Jörgen. Je le connais un peu parce qu’on a fait quelques festivals avec GRAVE l’été dernier et je connais l’un des guitaristes. On se croise de temps en temps, ils sont tous très sympathiques. Quand on a écrit à Jörgen, il a répondu dans l’heure en disant : « Oui, je peux le faire ! Donne-moi juste deux jours et je t’envoie les fichiers. ». Deux jours plus tard, il a tout envoyé et on n’avait pas besoin de modifier quoi que ce soit. On lui avait juste envoyé un mixage un peu brut et mes démos pour qu’il ait une idée de ce qu’on voulait et il a tout fait à la perfection. Si on avait encore des doutes, on était vraiment sûrs de nous sûrs dès qu’il nous a envoyé les fichiers : on était sûrs que c’était le meilleur choix possible pour l’album. Ça peut sembler bizarre d’avoir mis du growl sur cette chanson mais je trouve que c’est vraiment une bonne chanson de fin d’album. Et ça n’est pas le début d’une nouvelle ère avec beaucoup de growl pour MONOLORD. Je sais que certains groupes ont fait ça : intégrer de nouveaux éléments sur la dernière chanson de l’album pour indiquer qu’ils allaient poursuivre dans cette direction à l’avenir mais je ne pense pas qu’on le fera. Ça va juste bien dans l’album.

Ça fait plus de dix ans que vous êtes un groupe. À ce stade, quel regard portez-vous sur l’ensemble de votre carrière ?
On a beaucoup de chance de pouvoir continuer de faire de la musique. Déjà avec les singles, on peut voir qu’on continue de se développer et maintenant, on peut voir les statistiques de streaming, ce qui n’était pas le cas avant. C’est très intéressant et excitant de pouvoir faire ça et, parfois, de gagner un peu d’argent comme avec un emploi. On essaie tous les trois de vivre grâce à l’activité du groupe mais ça n’a pas toujours marché. Je suis fier de beaucoup de choses, de beaucoup d’albums et je suis content qu’on puisse continuer à travailler et évoluer. C’est très excitant maintenant parce qu’on peut voir les réactions des gens aux chansons qui ne sonnent pas comme des classiques de MONOLORD.

Blogger : Ivane Payen
Au sujet de l'auteur
Ivane Payen
Ses autres publications
Cookies et autres traceurs

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de Cookies ou autres traceurs pour mémoriser vos recherches ou pour réaliser des statistiques de visites.
En savoir plus sur les cookies : mentions légales

OK