6 février 2026, 01:17

DRIVE BY WIRE

“XXYRS”

Album : XXYRS

Après une carrière remarquée dans les années 90 avec le groupe néerlandais culte THE CORDS, la chanteuse Simone Holsbeek démarre une nouvelle aventure avec son mari Alwin Wubben (guitare lead). Fini l’esprit grunge et punk-rock de THE CORDS, l’orientation de DRIVE BY WIRE propose un grunge magnétique, chargé de fuzz et de psychédélisme, emmené par la voix envoûtante de Simone. 2026, c’est l’occasion de revenir sur vingt années de carrière et cinq albums avec ce best-of « XXYRS ».

Tout commence en 2006 avec un premier album éponyme enregistré avec les membres de THE GATHERING. C’est ainsi que l’on retrouve les frères Rutten, René à la basse et Hans à la batterie, mais aussi Anneke van Giersbergen qui assure les chœurs, Frank Boeijen qui vient ajouter quelques claviers et aussi Marjolein Kooijman à la basse sur certains morceaux. De cette époque, l'album propose également un tout nouvel enregistrement de leur classique de 2006, le single “Dirt”. Titre au travers duquel transparaissent les bases du groupe avec son son très organique, brut et hargneux. On y sent aussi l'influence de la scène Grunge de Seattle (ALICE IN CHAINS, SOUNDGARDEN) mélangée aux premiers amours de Simone Holsbeek pour le rock alternatif. 

En 2008, le groupe revient avec un second album plus abouti. Si le groupe se cherche encore, « Between Oceans » comporte quelques pépites que l’on retrouve ici comme “Fire Inside” et “Sound of Sand”. Le tempo se ralentit, les guitares s’alourdissent. L'atmosphère devient plus aérienne, plus brumeuse, lorgnant doucement vers des paysages sonores plus vastes.

Vient ensuite « The Whole Shebang » qui voit le jour en 2015. Sept longues années pour accoucher d’un petit bijou produit par le groupe lui-même. René Rutten qui a cédé la basse à Marcel Zerb, reste fortement présent, puisqu’il se charge avec Alwin de mixer l’album et de le masteriser. Tout d’abord, on retrouve « Kerosine Dreams », manifeste ultime de DRIVE BY WIRE qui fusionne à la perfection la lourdeur du Desert Rock et la mélancolie du Grunge des années 90. Porté par un riff de guitare pachydermique blindé de fuzz et une section rythmique incantatoire, le morceau brille surtout par la performance habitée de Simone Holsbeek. C'est un road-trip sonore cinématographique, sombre et poussiéreux, qui s'impose comme le cœur battant de ce best-of. Ensuite, la chanson titre de l’album le plus "Classic Rock 70's" de la discographie de DRIVE BY WIRE. Prenant à contre-pied la noirceur du Stoner traditionnel, le titre injecte une énergie lumineuse et un groove bondissant. Entre lignes de basse pachydermiques, embardées bluesy-psychédéliques et un chant de Simone Holsbeek plus soul, sensuel et résolument rock'n'roll, ce morceau porte bien son nom : le groupe y balance "la totale" de ses influences avec une liberté jubilatoire. On pourra regretter que d’autres morceaux de cet opus n’aient pas été retenus comme notamment le psychédélique “Rituals” dont le riff imparable et la voix hypnotique de Simone emmènent l’auditeur dans un trip psychotropique majestueux. 

Avec un line up stabilisé, le groupe peut enfin sublimer son art et c’est ce qu’il va faire en 2018. Pour la réalisation de « Spellbound », le quatuor confie la production à Guido Aalbers (COLDPLAY, LIVE, MUSE, Anneke van Giersbergen, QUEENS OF THE STONE AGE, FRANZ FERDINAND, THE GATHERING). Ensemble, ils vont faire des merveilles et ce best-of ne s’y trompe pas puisqu’il comporte cinq des onze titres qu’il propose. Cela commence par l’irrésistible “Blood Red Moon” sublimé par la voix chamanique de Simone qui surfe sur le riff groovy d’Alwin, admirablement mis en relief par la section rythmique assurée par le duo Marcel Zerb et Jerôme Miedendorp de Bie. “Apollo” est une odyssée Space Rock incontournable. Délaissant pour un temps la lourdeur terrestre du stoner, le groupe s'envole vers les étoiles grâce à un groove méditatif et des guitares spatiales gorgées de delays. Guidé par le chant éthéré de Simone Holsbeek, ce titre est un trip cosmique à haute intensité, idéal pour planer à l'arrière d'un van ou au fond de son canapé. En opposition, “Mammoth” est un colosse de distorsion, un titre au riff sismique et pachydermique qui lorgne vers les frontières du Doom. C'est le contraste magistral entre ce mur de fuzz écrasant et le chant aérien, chamanique et d'une beauté pure de Simone. Le choix de la ligne de chant en est d’ailleurs la force puisque Simone prend le contre-pied en décidant de ne pas hurler, mais plutôt de poser un chant clair qui brille par sa pureté. Suivi de “Glider”, on revient sur un véritable concentré de Desert Rock pur jus, le morceau troque la lourdeur du Doom pour un groove up-tempo imparable et un riffing de guitare solaire blindé de Fuzz. Porté par le chant ultra-charismatique et direct de Simone, c'est le morceau idéal pour appuyer sur le champignon, fenêtres ouvertes, au milieu de nulle part. Une pépite d'efficacité brute. “Lost Tribes” vient idéalement clore « XXYRS ». Porté par une rythmique tribale et des riffs de guitare poussiéreux nimbés de psychédélisme, le morceau brille par un chant incantatoire. C'est une immersion totale dans le Desert Rock le plus mystique et habité. Bien qu’un best nécessite de faire des choix, on peut regretter que “Superoverdrive” n’ait pas été retenu.

Donner une suite à un grand album n’est pas une sinécure. Cela impose de se réinventer et cela est d’autant moins facile que Simone est sollicitée pour faire revivre la nostalgie de THE CORDS et qu’ensuite la pandémie de Covid-19 vient casser la dynamique. C’est ainsi que « Time Horizon » ne verra le jour qu’en 2024. Avec l’arrivée d’Ingmar Regeling derrière les fûts DRIVE BY WIRE revient à un son plus lourd comme l’attestent “Northern Lights” et “Slowrider”.

Pour terminer, « XXYRS » offre au single “You Better Run” une première parution sur support physique. Issu des sessions studio de « Spellbound », il paraît l’année suivante comme single isolé afin d'annoncer l’arrivée d’Ingmar Regeling. 

Plus qu'une simple compilation pour caler les meubles entre deux albums, « XXYRS » s’impose comme le carnet de voyage indispensable d’un groupe qui a traversé deux décennies sans jamais trahir ses racines. En condensant vingt ans de Desert Rock magnétique, de riffs pachydermiques et de mélodies éthérées, DRIVE BY WIRE propose une très belle rétrospective de ses vingt années d'existence qui donne envie de se plonger dans sa discographie afin de redécouvrir ou approfondir l’univers du groupe.

Blogger : Bruno Cuvelier
Au sujet de l'auteur
Bruno Cuvelier
Son intérêt pour le hard rock est né en 1980 avec "Back In Black". Rapidement, il explore le heavy metal et ses ramifications qui l’amèneront à devenir fan de METALLICA jusqu'au "Black Album". Anti-conformiste et novateur, le groupe représente à ses yeux une excellente synthèse de tous les styles de metal qui foisonnent à cette époque. En parallèle, c'est aussi la découverte des salles de concert et des festivals qui le passionnent. L'arrivée d'Anneke van Giersbergen au sein de THE GATHERING en 1995 marquera une étape importante dans son parcours, puisqu'il suit leurs carrières respectives depuis lors. En 2014, il crée une communauté internationale de fans avant que leur retour sur scène en juin 2018 ne l'amène à rejoindre HARD FORCE. Occasionnellement animateur radio, il aime voyager et faire partager sa passion pour la musique.
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