
C’est le dernier jour sur les terres lorraines pour cette troisième édition du Heavy Week-End, et la chance semble encore être avec nous : un grand soleil brille au moment où j’écris ces lignes.
17h30 : SHAÂRGHOT grimpe sur les planches du Zénith mais je dois l’avouer, je ne suis pas très familier avec ce groupe et, en toute honnêteté, le découvre pour la première fois live.
Une épaisse couche de fumée verte envahit les lieux. Il est temps de plonger dans l’univers cyberpunk post-apocalyptique du groupe français pour débuter cette soirée qui s’annonce intense, au vu de la fosse qui ne cesse de se remplir avant même le début des concerts. Dès l'arrivée sur scène sous les acclamations, le visuel scénique, entre costumes et peintures corporelles, saute aux yeux. Pendant que le groupe lance les hostilités avec "Kill Your Gods", un membre vient poser ses mains couvertes de peinture noire sur le visage des fans du premier rang, comme un rituel destiné à intégrer pleinement le public à son univers. A en juger l’intensité déployée tout au long du show, entre slams à profusion, circle pits et pogos, tout le monde semble adhérer à la proposition. "Break Your Body" donne lieu à un véritable moment de communion lorsque le chanteur, The Shaârghot, vient chanter au plus près des fans du premier rang. Les titres s’enchaînent : "Now Die!!!", "Let Me Out" sont accompagnés d’une mise en scène parfois théâtrale, entre l’apparition de deux monstres dotés de faucilles en guise de bras et un joli effet pyrotechnique jaillissant de la guitare de Brun’O Klose. La dynamique présente sur scène est impressionnante. Personnellement, SHAÂRGHOT me fait indirectement penser à NINE INCH NAILS avec quelques touches de RAMMSTEIN, notamment sur le riff de "Great Eye", qui retient particulièrement mon attention. Le tout est dosé à la perfection, le public est conquis et, je dois l’avouer, moi aussi. Alors que groupe conclut sa prestation avec "Let Me Out", l’envie déjà de se plonger davantage dans cet univers et d'approfondir.

18h30 : L’heure est venue pour les amateurs d’horreur d’être servis par ICE NINE KILLS. Connus et reconnus pour leurs performances théâtrales, rien de surprenant à accueillir l’arrivée d’Hannibal Lecter.
Dès les premières notes de "Meat & Greet", le public adhère et reprend le refrain à pleins poumons. Il faut souligner le talent de Spencer Charnas au chant, capable de passer avec aisance du scream au growl puis au chant clair, avec une netteté et une précision remarquables. La complémentarité avec les autres musiciens mérite également d’être saluée. Entre quelques démembrements et l'apparition de personnages emblématiques comme Art le Clown ou Ghostface de "Scream", les références aux grands classiques du cinéma d’horreur s’enchaînent. Le groupe déroule un set puissant avec "The Shower Scene", "The Great Unknown" ou encore "The American Nightmare". Le tout est carré, extrêmement visuel et soutenu par de nombreux effets pyrotechniques qui, sous cette chaleur déjà présente, font encore grimper la température dans la fosse.
A titre personnel, je ressens une légère baisse d’intensité par rapport à SHAÂRGHOT. Le public, pourtant bien plus nombreux que lors des deux jours précédents, semble moins impliqué par instants. Les morceaux s’enchaînent de façon assez mécanique et les fausses publicités diffusées sur les écrans entre chaque titre ne contribuent pas forcément à maintenir la tension (et l'attention, c'est selon). Mais dans les faits notables, mentionnons l’apparition d’Alissa White-Gluz sur "Twisting The Knife" et "A Work of Art", une prestation qui vaut au public nancéien un nouveau compliment de Spencer Charnas : une fois encore, selon lui, il s’agit du meilleur public de leur tournée jusqu’à présent.
Bon, d'accord, ce n’est que la deuxième date, donc peu de mérite, mais on prend volontiers le compliment.

20h : THREE DAYS GRACE s’apprête à investir la scène. Un moment particulier pour mo,i tant sa musique a accompagné mes années de gamer, notamment à travers la bande-son d’un célèbre jeu de combat sorti en 2007. Près de vingt ans plus tard, cette énergie découverte derrière un écran prend vie sur la scène du Heavy Week-End et le public ne s'y trompe pas. Le show débute avec "Dominate" et dès les premiers instants, le duo formé par Adam Gontier et Matt Walst sonne merveilleusement bien. La qualité vocale est telle qu’il est parfois difficile de distinguer la prestation live d’un enregistrement studio, mais pas de doute, pas de playback ici, juste du talent pur ! Vient ensuite la célèbre ligne de basse de "Animal I Have Become". Alors que le soleil commence doucement à se coucher, le morceau est repris à l’unisson par une foule qui, maintenant, n'a pas du tout l'intention de vouloir se reposer. Le concert prend progressivement des allures de karaoké géant. De retour depuis 2024, Adam remercie ses compagnons de route d’avoir poursuivi l’aventure sans lui. Sans cela, le groupe ne serait sans doute plus là aujourd’hui. Il se dit heureux d’être revenu au sein de la formation, et le public français le lui rend bien, malgré une présence jusque-là relativement rare dans l’Hexagone : seulement cinq concerts depuis la création du groupe, en comptant sa prochaine apparition au Hellfest le 21 juin. Le public scande le nom de THREE DAYS GRACE, avant qu’"I Hate Everything About You" ne vienne mettre tout le monde d’accord. Les titres s’enchaînent : "Never Too Late", "Painkiller" ou encore "The Good Life". Une performance sans artifices, directe, efficace, droit à l'essentiel et qui fait un bien fou. "Riot" clôture ce show dans une explosion de slams, petits comme grands. Après ce show, pas le moindre doute possible sur la popularité de THREE DAYS GRACE en France.

22h : C’est au tour des headliners ELECTRIC CALLBOY de monter sur scène face à un public arborant majoritairement les couleurs du groupe sur le site. On devine, presque par avance, que le concert va être énorme !
Un immense drapeau "Tanzneid" dissimule la scène, intensifiant encore davantage l’impatience du public qui n’attend qu’une chose : qu'il tombe ! Dès les premières notes de "Tanzneid", l’énergie qui émane de la fosse est électrique. Et ce n’est certainement pas l’enchaînement avec "Still Waiting" de SUM 41, interprété avec Frank Zummo himself, accompagné d’une explosion de confettis, qui viendra calmer la foule. Le public reprend en chœur cet hymne des années 2000 et rassemble toutes les générations. Il faut dire qu’ELECTRIC CALLBOY propose un joyeux mélange des genres, entre techno et metal. Une formule qui fonctionne parfaitement pour ceux qui adhèrent à l’expérience, même si certains sceptiques semblent encore chercher leurs repères face à la déferlante d’énergie qui se déroule sous leurs yeux. La chanson "Hypa Hypa" résume parfaitement le concept. Ce qui suit me laisse, je ne vais pas mentir, totalement sans voix. Le contre-pied est total pour un festival portant le nom de Heavy Week-End : "Hurrikan", suivi d’un set DJ, transforme littéralement le Zénith de Nancy en immense dancefloor. On y retrouve notamment des versions revisitées de "All The Small Things" de BLINK-182 ou encore "Bodies" de DROWNING POOL. Les fans sont conquis. Kevin et Nico rappellent au public que leur nouvel album sortira le 7 août prochain et qu’ils ont hâte de le partager. Le groupe reprend ensuite sur "Hyper Hyper", toujours aussi efficace, mêlant chant clair et growl avec brio. "Mindreader" transforme la fosse en circle pit, accompagné de flammes déployées sur l’ensemble du site. Le rendu pyrotechnique est purement spectaculaire. Très beau moment également sur "Everytime We Touch" repris pour commencer au piano et à la guitare acoustique, tandis que les téléphones illuminent le Zénith. Il convient également de souligner la qualité vocale de Nico Sallach et Kevin Ratajczak, qui ne cessent de m’impressionner au fil du concert. Que l’on apprécie ou non le répertoire, le show proposé est généreux et particulièrement qualitatif. Le groupe enchaîne ensuite les tubes : "MC Thunder II", "Elevator Operator" et le très attendu "RATATATA", accompagné sur écran géant de BABYMETAL, avant de conclure avec "We Got The Moves". Et en effet, le public nancéien aura eu besoin de toute son énergie ce soir, parce qu'après trois jours de festival, la séance se sera révélée sportive et intense.

C’est ainsi que s’achèvent ces trois jours de musique et de fête au Zénith du Grand Nancy, un événement qui, à mon humble avis, apporte beaucoup à la scène festivalière française. Disposer d’un festival de cette qualité, aussi bien au niveau de sa programmation que de ses infrastructures, sur un site à taille humaine proposant une grande diversité de stands, permet à chacun d’y trouver son compte. Parlons également des nouveautés de cette édition : la mise en place du cashless, l’installation de tireuses à bière express à proximité de la scène permettant de ne rien manquer du spectacle, ainsi que le déploiement du Wi-Fi - même si celui-ci a rapidement montré ses limites. Tout cela démontre une réelle volonté des organisateurs de voir les choses en grand.
Nous repartons avec une certitude en tête : le Heavy Week-End sera bien de retour l’année prochaine. Les pass pour l’édition 2027, qui se déroulera les 4, 5 et 6 juin prochain, sont déjà disponible, pour le moment uniquement sur le site du festival, en attendant la possibilité de se les procurer dans les différents point de ventes habituels, pour reprendre l'expression consacrée.
Une édition que l’on espère au moins aussi réussie que ce cru 2026.
