
Si vous êtes fan de metal symphonique, vous connaissez déjà parfaitement la carrière de Tarja Turunen, ancienne chanteuse de NIGHTWISH, qui a pu faire ses preuves en solo avec une suite d’albums de plus en plus acclamés, de « My Winter Storm » à « In The Raw ». Elle revient aujourd’hui avec « Frisson Noir », son disque le plus heavy à ce jour, mais aussi un album qui rend hommage à toute sa carrière et toutes ses influences avec brio. Nous avons pu discuter longuement avec Tarja elle-même de ce nouvel album, ainsi que du futur qui se dessine pour elle à l’aube de cette nouvelle ère qui s’annonce réussie au vu de « Frisson Noir » !
« Frisson Noir » est sorti le 12 juin, et en l’écoutant, on réalise vite qu’il a une place très spéciale dans ta discographie, abordant de nombreuses sonorités très différentes. Quel changement a eu lieu dans ton état d’esprit pour que l’album soit comme cela ?
Tarja Turunen : Eh bien, tout d’abord, ça fait maintenant plus ou moins sept ans depuis mon dernier album de metal. J’étais très occupée à faire d’autres productions et à tourner, mais il était temps pour moi de me poser et de vraiment travailler sur les chansons que j’ai écrites pendant toute cette période. Mais j’ai l’impression que j’ai perdu une partie des doutes que j’avais sur moi-même, et sur la manière de survivre dans cette industrie, en produisant ma propre musique, et sur la création en général. J’ai un fort sentiment de ne plus en avoir rien à faire de la critique envers ce que je fais, alors qu’elle me frappait de plein fouet par le passé. J’ai toujours fait les choses à ma manière de toute façon, malgré les gens qui essayaient de me pousser à faire des choses que je n’ai jamais faites et que je ne voulais pas faire. Donc le truc, c’est que je me sens libre, que je me sens bien, et j’ai vraiment trouvé que la production de cet album et tout le processus étaient vraiment très beaux. C’était un plaisir de travailler à nouveau avec mes gars, qui sont là depuis longtemps, qui m’ont toujours soutenue, et qui m’ont donné leur avis sur ma musique. J’ai une super équipe, il se passe vraiment quelque chose de bien de ce côté-là ! Et il y a aussi le fait que j’aie travaillé avec un nouvel ingénieur du son, Neal Avron, qui a vraiment donné au projet le son que je recherchais depuis un moment déjà. Cet album avait vraiment besoin d’être comme cela. Je voulais qu’il soit comme ça, parce que j’ai ce son lors de mes performances live, quand je joue les chansons avec mes gars. Ça manquait un peu auparavant, et maintenant on a réussi à l’obtenir, et j’en suis très contente ! Le travail avec Neal était un plaisir et était vraiment super !
C’est vrai que je me souviens m’être fait la réflexion au Hellfest 2017 que vous sonniez beaucoup plus heavy que sur l’album !
Oui, exactement ! C’est le truc. J’ai produit tous mes albums depuis le deuxième, et j’ai beaucoup de connaissances par rapport à la musique classique, les arrangements symphoniques et le travail avec les orchestres, les chorales, etc. J’ai fait ça toute ma vie, car la musique classique est en quelque sorte mon premier amour musical. Ceci dit, j’ai une équipe de musiciens, et j’ai des chansons très heavy que j’ai écrites pour ce style, en ayant la lourdeur en tête. Mais en tant que productrice de mes albums, je n’ai pas pu vraiment rendre ça au niveau du son sur mes albums. Non pas que ces disques sonnent mal, ils ont le son qu’ils ont, mais ils manquent de lourdeur. Et maintenant, quand je me suis posée pour travailler sur cet album, j’ai dit au label « Tout d’abord, je veux essayer de travailler avec un producteur qui pourra vraiment m’aider à obtenir ça, car je n’ai pas trop confiance en moi. » On a essayé, et ça n’a pas vraiment marché, et je me suis retrouvée toute seule à nouveau. J’ai donc dit « Et puis zut, il faut que je trouve un ingénieur son qui pourra comprendre vers où je vais ! ». Et Neal Avron était cet ingénieur. J’adore son travail, et le son qu’il a donné à plusieurs artistes. Par exemple, le dernier album de LINKIN PARK a été mixé par lui, ainsi que quelques albums de DISTURBED que j’aime vraiment, et de nombreux autres. Il a ce son vraiment propre, "croustillant" et puissant. Ce que je n’avais pas entendu de son travail, cependant, c’était celui avec des orchestre symphoniques, ce qui est l’autre face de ma musique, et un côté très important de ce que je fais. C’était donc un défi que je lui ai proposé. Mais c’était une super collaboration, et le travail avec lui était vraiment fluide et compréhensif des deux côtés. Donc maintenant, vous avez un album heavy entre les mains dont je suis très fière !

Comme tu le disais, tu as écrit et produit cet album intégralement. Ecris-tu généralement en voulant dépeindre quelque chose de précis, ou te bases-tu sur ton instinct ?
Eh bien, je ne m’asseois même pas pour écrire des chansons, j’improvise. Je suis une pianiste, et j’utilise le piano pour composer. C’est un instrument très inspirant pour moi. J’ai un grand Steinman & Sons, qui est un vieux piano, et j’ai toujours un téléphone à côté pour enregistrer. Je joue, j’enregistre, je lis et j’enregistre tout le temps, parce que ce qui sort peut aussi bien être quelque chose de bon que quelque chose de nul, mais il faut que j’enregistre pour ne pas oublier. Puis je descends dans mon studio, et je commence à regarder ce que j’ai fait. Si quelque chose sonne assez bien, j’essaie de travailler sur une démo de cette chose. C’est comme ça que j’ai toujours travaillé. Et parfois, seulement parfois, l’idée d’une chanson est déjà là quand je me dis que je peux continuer avec une certaine idée. Par exemple une chanson de l’album qui s’appelle "At Sea" est clairement inspirée de la mer. Dans le processus de l’écriture de cette chanson, les idées qui me sont venue immédiatement étaient la tempête, un conflit intérieur, un violon… Et tout était déjà là dans le processus d’écriture de la chanson. Puis est venue l’histoire que j’ai créée. Beaucoup des histoires de cet album parlent plus ou moins de la même chose, de nos doutes sur nous-mêmes, ou de suivre nos rêves, de faire face à la société qui nous dit de ne pas faire des choses, de nos différences, ou encore de ne pas oublier qui on est. C’est un peu ce que j’ai essayé de promouvoir sur cet album : que les gens croient en eux, et en leurs rêves à nouveau, et qu’ils se battent pour ça !
Le « Frisson Noir » fait référence au sentiment que tu as quand la musique devient un sentiment, ou un souvenir profondément ancré en toi. C’est quelque chose de profondément humain que les machines ne peuvent pas reproduire. Comment as-tu choisi de nommer l’album comme ça, et de construire tout le disque autour de ce sujet ?
Le "Frisson" a toujours fait partie de moi, de mes créations, et de qui je suis en tant que chanteuse et qu’artiste. Je suis une personne bizarre et très émotive (rire). Je suis une créature émotive qui a la larme facile, même pendant mes concerts. Je ressens les émotions des gens. Je ne peux pas vivre superficiellement, je suis une personne très profonde. J’adore les discussions cœur à cœur avec tout le monde. Je ne sais pas, je suis bizarre pour ça (rire) ! La musique me donne ce frisson, et me l’a donné toute ma vie. Et d’ailleurs, je viens de me souvenir de ma première professeure de chant à l’université. A l’époque je devais avoir 18 ans ou quelque chose comme ça. Elle m’a dit « Tu as ce diamant dans ta voix que tout le monde n’a pas, et ce diamant, c’est l’émotion. S’il te plaît, prends-en soin et polis-le. Ne détruis jamais ça. » C’est toujours resté dans mes pensées. Je dois être ouverte, et mon cœur doit être ouvert pendant le processus, sinon je ne peux pas faire ressentir d’émotions aux gens. C’est la même chose lorsque j’écris la chanson, que je la joue, ou quand je fais quoi que ce soit, même parler (rire). Il faut que ce soit vrai. Donc « Frisson Noir » combine "Noir" au "Frisson", car c’est ma noirceur quand je lui donne naissance (rire) ! C’est la parfaite description, c’est mon « Frisson Noir » ! C’est de là que je crée. C’est magnifique, vous avez une langue magnifique (rire) !
Merci, vous aussi avec le finnois !
Oui, mais c’est un langage très difficile (rire) !

© Tim Tronckoe | earMusic
Avant de parler plus en détails des chansons, j’ai trouvé que ta voix était très bien traitée, centrale comme un fil rouge à travers l’album, mais au service de chaque chanson en même temps. Est-ce que c’était un des points sur lesquels tu t’es concentrée pour la production ?
C’était un tel plaisir pour moi d’enregistrer l’album à la maison avec mon ingénieur du son, Jesus, qui habite à Malaga. Il enregistre dans la même pièce que moi, à deux mètres. Ça peut sembler intimidant, mais ce n’était pas dans un vrai studio. C’était dans la cabane que j’ai construite, où j’écris, j’enregistre, et tout ça. C’est une petite pièce où je suis avec un ingénieur son pour enregistrer. Et je chantais mes propres paroles, car cette fois toutes les paroles sont les miennes, et c’était vraiment génial. Je me sentais vraiment prête pour enregistrer, car les textes faisaient déjà partie de moi avant-même d’aller devant le micro et de chanter les quatre ou cinq prises de chaque chanson. Et c’était bon. Ou si ça ne l’était pas, c’était supprimé, car je n’aurais jamais ressenti ce qu’il fallait. Ce processus était très profond et facile à la fois. J’espère que les gens l’entendront ! Peut-être que tu peux entendre ma voix à des moments où elle est très en avant, et c’est fait de manière très délibérée dans la production pour qu’on me sente vraiment là avec l’auditeur. C’était très important, car cette connexion d’esprits, cette connexion émotionnelle, que je tente de livrer avec cet album, est ce "Frisson".
L’une de mes chansons préférées est "At Sea", qu’on évoquait un peu plus tôt. On y vit tout un voyage à travers les tempêtes et les eaux plus calmes, avec un véritable saut vers l’inconnu au début. Quelle était la narration et, en quelque sorte, le scénario de cette chanson pour toi ?
Comme je le disais plus tôt, l’océan a toujours été une grande inspiration pour moi. Je fais d’ailleurs de la plongée sous-marine, et j’essaie toujours de vivre près de la mer, ou de l’eau en général. On a des milliers de lacs en Finlance, et c’est très important quand on cherche une résidence d’été de prendre quelque chose près de l’eau. L’eau est donc un élément qui m’a toujours inspirée, mais l’océan est devenu plus tard dans ma vie quelque chose qui m’effraie, même si je fais de la plongée. C’est quelque chose de si majestueux qu’on ne peut pas l’expliquer avec des mots quand on le voit, mais c’est aussi vraiment relaxant et calme. L’océan communique tellement d’émotions quand on entend les vagues s’écraser… Donc j’ai écrit toute ma vie sur l’océan, à travers des paroles un peu rêveuses sur lui. Et dans ce cas, c’était la même chose, mais j’avais déjà établi quand j’écrivais "At Sea" que ça parlerait de la mer, de tempête, etc. Et je me suis laissée aller. Je me souviens que quand j’avais écrit les parties des cinq premières minutes, avant que la tempête ne commence vraiment dans la chanson, je me suis demandé « Et maintenant, quoi ? » (rire) ! Je me suis demandé si je devais revenir et répéter quelque chose, comme on le fait habituellement sur les chansons. On a des parties A et B, on les répète, puis il y a une partie C… Et je savais que je voulais faire quelque chose d’autre. Et je suis allée regarder mes archives, et toutes les chansons que j’ai écrites par le passé, en les passant en revue : « ça c’est bon, ça non… ». Puis j’ai trouvé un morceau de musique que j’avais écrit auparavant pour l’album « What Lies Beneath », au moment de mon deuxième disque, et que je n’avais jamais travaillé. Je l’avais laissé là car c’était une instrumentale et je me suis dit « Pourquoi pas ? » (rire) ! J’ai pris ce morceau de chanson, et je l’ai combiné avec le reste, et ça a marché ! Merikanto (Oskar de son prénom, ndlr) est un compositeur finlandais qui m’a beaucoup inspiré, et sa chanson "At Sea" m’inspire particulièrement. Je n’oublierai jamais quand mon ami chanteur de toujours, le bariton Juha (probablement Juha Uusitalo, ndlr), m’a chanté la première fois cette chanson en cours à l’université. J’avais un cours à Karlsruhe, et il est venu avec son pianiste et a chanté cette chanson, et j’étais bouche-bée ! Bien sûr je connaissais déjà la chanson, mais ça m’a soufflée (rire) ! Et je me souviens toujours un peu de ce sentiment à chaque fois que j’entends cette chanson. Donc je me suis dit « Pourquoi pas ? », oui ! J’ai toujours fait ça dans ma musique, de revenir à mes racines classiques, briser toutes les règles, et mélanger un peu ça au metal. Parce que c’est inspirant. Et je pense que c’est bien pour les gens d’apprendre de nouvelles manières de faire de la musique en général (rire) ! J’ai l’impression que plus j’en fais, moins j’en sais. Ça m’inspire ce genre de sentiment !
Effectivement je trouve qu’on retrouve beaucoup d’influences différentes dans l’album. Par exemple, mon morceau préféré est "The Trace Outlives", qui m’a vraiment saisi grâce au shamisen (l’instrument japonais que vous entendez par-dessus le riff en l’écoutant, ndlr) qui sonne magnifiquement bien. Ça sublime ta voix tout en occupant un peu la même « zone » sonore. Peux-tu nous parler de la création de cette chanson, et de son message ?
Cette chanson est très inspirée par le Japon, à vrai dire. D’où le shamisen. Quand j’ai fini d’écrire cette chanson, et qu’on était en production, j’ai dit « Je veux aller au Japon avec cette chanson, et amener un peu de Japon dans celle-ci. ». Je suis allée sur YouTube pendant qu’on parlait d’instruments traditionnels japonais, et en réalité je cherchais des musiciens. Puis j’ai trouvé Sayo (Komada, ndlr). Je me suis dit « Wow, ce qu’elle fait avec cet instrument est incroyable ! ». Elle jouait du metal avec cet instrument, et c’était dingue ! Je me suis dit « Je veux travailler avec elle ! » immédiatement. On l’a contactée, et elle a dit « Wow ! Tarja ! » (rire) ! Donc les choses se sont passées comme ça, c’est l’intuition qui me guide. Cette chanson parle du phénomène du "johatsu" qui se passe actuellement au Japon. Ce phénomène, c’est que des vraies organisations au Japon aident les gens à disparaître de la société s’ils le veulent. Ils se volatilisent complètement ! Et j’ai réfléchi aux émotions que ça m’inspirent, et à ce qui s’y passait. J’y suis allé avec mes pensées et mon cœur ouvert, et j’ai écrit une histoire à propos de ça. C’est différent, très différent !
On entend aussi beaucoup d’autres influences sur "Tango" et "Anemoia", par exemple, où on entend des influences de tango et de flamenco…
Oui, on ne l’entend pas souvent dans les albums de metal !
Exactement ! Est-ce que c’est ta manière d’ouvrir l’esprit des auditeurs à d’autres styles ?
C’est parce que je n’ai pas peur de le faire ! Je pense que depuis le début, j’ai brisé toutes les règles. Je suis devenue une chanteuse de metal en étant une chanteuse de musique classique. Je l’ai déjà fait quand j’étais jeune, et je l’ai pris comme un défi. Et c’en était un ! Je pense encore aujourd’hui que NIGHTWISH a été un de mes plus grands défis ! Et je continue à le faire. Si je pense que je peux y arriver, j’y vais à fond, à 100%. Et de surmonter des défis est toujours quelque chose qui fait apprendre de nouvelles choses sur soi-même. Et on travaille dur pour les surmonter. C’est quelque chose d’absolument génial. J’ai tellement appris, car je ne connaissais pas trop la musique metal quand j’ai rejoint un groupe moi-même, et j’ai découvert tout ce nouveau monde de musique devant moi ! J’ai découvert des choses magnifiques. Et je peux dire que 22 ans plus tard, je le fais encore moi-même, d’écrire des chansons, et de faire partie de ce style incroyable, en étant acceptée depuis le début mais en étant si différente des autres. Ça a été incroyable ! Je suis très reconnaissante d’avoir été acceptée. J’ai aussi toujours été critiquée, mais ça va. C’est bien. Je me sens bénie de pouvoir faire ce que j’aime, mais ce n’est pas quelque chose qui plait à tout le monde.
Je ne suis pas d’accord avec ces critiques, car je trouve que le style progresse à chaque fois qu’on y ajoute quelque chose. L’ajout de la musique classique a amené vraiment quelque chose au genre et lancé des vocations, et maintenant l’ajout du flamenco et du shamisen dans ta musique fera peut-être naître une vocation plus tard !
Oui, je pense que c’est bien pour tout le monde. Il y a tellement de belle musique tout autour !
Une autre chanson qui ressort est évidemment "Leap Of Faith", car on y retrouve ton ancien camarade de NIGHTWISH, Marko Hietala. Comment étaient les retrouvailles musicales sur une de tes chansons ?
Oh très bien ! Le fait est qu’il m’avait promis une chanson quand j’en ai chanté une sur son album il y a quelques années. C’était comme un marché, j’avais dit « Je pense que j’aurais besoin de toi pour moi aussi ! » et il a dit « Oui, bien sûr ! ». Il a même fini par enregistrer la basse pour la chanson ! Mais la naissance de cette chanson est très différente du reste, parce que c’est la première fois que je pense à avec qui je vais chanter la chanson. C’est un duo, donc j’ai écrit la chanson en connaissant la voix de Marko et son registre vocal, notre histoire, notre situation actuelle, notre futur… Je pensais à tout ça en écrivant la chanson, et c’était un processus très intéressant et différent, je dirais, du reste. Donc, quelque part, je voulais livrer une très bonne chanson. Il y avait un genre de pression, tu vois, à l’arrière de mon esprit. Je me demandais « Est-ce qu’il va aimer ça, ou est-ce qu’il dira que c’est nul ? » (rire). Mais finalement, il a apprécié la chanson (rire) ! Il a chanté dessus et a joué la basse dessus. Mais c’était très sympa ! On a pu jouer aussi beaucoup de concerts ensemble ces dernières années. C’est super ! L’émotion était très forte dans cette collaboration, et on s’est aidés mutuellement à guérir ces dernières années. C’est un sentiment très positif !

Il y a aussi des collaborations avec Dani Filth de CRADLE OF FILTH et Chad Smith des RED HOT CHILI PEPPERS sur respectivement "I Don’t Care" et "Against The Odds". Comment as-tu fini par travailler avec eux contre toute attente et sans te préoccuper de vos différences de styles ?
C’est là qu’en tant que productrice, je dévie mes chansons en fonction de la chanson et des musiciens que j’ai sous la main. Un de mes guitariste vient d’Argentine, l’autre d’Allemagne. Ils jouent tous les deux différemment, et ils ont un son et un style différent, donc je les dirige vers des chansons différentes, parce que j’ai la vision de qui serait le mieux pour quelle chanson, dépendamment du son de chacun. J’ai donc fait pareil avec Chad Smith. Il était déjà à bord pour l’album « The Shadow Self » que j’avais fait à l’époque, parce que le bassiste avec qui je travaillais à l’époque, Kevin Chown, avait un groupe de jam avec Chad. Ils se connaissaient très bien, et par connaissances interposées, Chad est monté à bord ! A l’époque j’avais quelques chansons à lui offrir, pour son style funky. Mais "Demons In You" est devenu un peu funky. A l’époque, il m’avait dit que c’était le morceau le plus heavy qu’il avait joué en studio, mais il a relevé le défi et il a géré ! C’est un dieu derrière les fûts (rire) ! Mais pour cette chanson, "Against The Odds", je l’avais laissé là, j’avais gardé les enregistrements, car je sentais qu’il n’était pas encore temps pour cette chanson. Je n’avais pas trouvé d’endroit pour la sortir jusqu’à maintenant. Donc Chad est là maintenant mais était sur ces vieilles sessions que j’ai finies maintenant, en écrivant les paroles et la mélodie de la chanson, et je pense que ça donne une belle fin à l’album. C’est une grande chanson orchestrale, et tu peux trouver des clins d’œil à beaucoup d’autres chansons au milieu, dans la partie orchestrale. Un peu comme on le faisait pour les films auparavant, avec un final ! Et par rapport à Dani, je ne le connaissais pas en personne avant de travailler sur le clip. Et quelle personne géniale ! C’est un gars super intelligent. On se soutenait mutuellement via les réseaux sociaux au fil des années, et je l’ai toujours admiré pour avoir créé cette image incroyable de lui et de son groupe, et pour sa longévité dans l’industrie. Et le truc, c’est que quand j’ai fini d’enregistrer les démos de mon chant pour "I Don’t Care", je sentais qu’il y avait le besoin de quelque chose d’autre, d’une forme de contraste. Je l’ai fait par le passé avec Alissa White-Gluz sur "Demons In You", qui marchait vraiment bien avec elle. Mais là, la seule personne que j’avais en tête, c’était Dani, vraiment. Et comme je ne connaissais pas, et que je n’avais pas de contact avec lui, j’ai osé aller sur Instagram et je lui ai envoyé un message, alors que je dis à tout le monde depuis des années de ne jamais m’envoyer de messages sur Instagram car je ne les lis jamais car je n’ai pas le temps (rire) ! « Je suis une mère occupée, une artiste, ne faites pas ça (rire) ! » Les messages qu’on m’envoie disparaissent (rire) ! Mais j’ai fait ça, je lui ai envoyé un message, et ça lui a pris cinq minutes de répondre, sérieusement ! Et sa réponse était « Abso-fucking-lutely » (rire) (« abso-putain-de-lument », ndlr) ! Et c’était génial ! J’ai aimé beaucoup de choses là-dedans, car les collaborations nous font apprendre des choses nouvelles, parce qu’on travaille tous différemment. On essaie tous d’aller vers le même but, mais on prend des chemins différents et nos méthodes sont différentes. C’est toujours intéressant de voir comment les autres travaillent !
Quelle chanson de l’album correspondrait à ton humeur aujourd’hui ?
Eh bien là, j’ai redit les mêmes choses 77 fois aujourd’hui, parce que j’ai une longue journée d’interviews (rire) ! Mais je suis dans cette ambiance d’écouter les gens et d’avoir leurs retours sur mes chansons et mes créations, et c’est très enthousiasmant ! Mais à quoi est-ce que ça correspondrait… Je dirais que ce serait "Against All Odds", la dernière. C’est une chanson paisible, très orchestrée, et c’est la plus personnelle pour moi sur cet album. Et c’est la chanson de fin, qui parle de moi quand j’étais mini-moi dans mon tout petit village de Finlande, à croire en ses rêves et à y aller contre toute attente et malgré le monde qui me disait de ne pas y aller ! Quelque part, c’est une fermeture très importante.
J’ai très hâte de te revoir en France en tout cas !
Merci beaucoup ! Attendez les dates, parce qu’on commence en octobre avec notre première tournée de cet album, mais l’année prochaine sera très très active, avec beaucoup plus de tournée !
