Les deux dernières années je craquais pour le BEYOND THE GATES à Bergen (2024) puis pour l’INFERNO METAL FESTIVAL (2025), il était donc assez logique que mon exploration des festivals spécialisés black metal finisse par me mener sur les côtes est-anglaises et plus précisément à Scarborough dans le Yorkshire pour le FORTRESS FESTIVAL.
Après les deux mastodontes bien établis que sont les festivals norvégiens (enfin quand je dis mastodontes... ils sont très réputés mais la jauge reste l'une parme celles des festivals 100% black metal ne nous emballons pas), place à ce petit festival de deux jours pour 1500 personnes qui n’existe quant à lui que depuis 2023 et dont c’était la 4ème édition cette année.

Un festival plutôt jeune mais qui affiche déjà du sold-out (au moment où j'écris ces lignes, sachez que l’édition 2027 affiche déjà 60% de places vendues !) et qui jouit d’une très bonne réputation : une affiche toujours soignée et des festivaliers qui reviennent c’est toujours très bon signe. Le festival est tout simplement en train de s’installer comme un incontournable de la scène black et particulièrement outre-manche en raison de sa capacité à s’assurer des shows exclusifs pour le Royaume-Uni.
Ayant eu d'excellents retours notamment par des amies américaines croisées sur d’autres festivals européens, il commençait à me trotter dans la tête et les annonces de groupes faites dans l’année ont achevé de me convaincre... et puis à un moment, soyons honnête, il s’agit aussi d’un festival 100% black metal, dans un ancien spa victorien directement en bord de mer (et une excuse parfaite pour aller passer des vacances dans le Yorkshire quelques jours avant, ce qui n’est pas loin pour ma part d’être l’équivalent de vacances aux Seychelles). Il faudrait être assez difficile ou ne pas aimer le black metal - ce qui arrive à des gens très bien - pour ne pas être convaincu.
Côté transports pour les français, ça se fait plutôt bien n’ayez aucune crainte : plusieurs options (oui report de festival mais aussi guide de voyage !) Soit, comme nous en avions depuis la France vers Manchester (qui offre plus de choix, et des tarifs plus avantageux que Newcastle), puis train entre Manchester et Scarborough. Pour notre part, nous avions pris une voiture de location dans la mesure où nous sommes arrivés quelques jours plus tôt avec dans l’idée d’explorer les environs. Pour ceux qui veulent éviter l’avion : train jusqu’à Londres et à partir de là normalement aucun problème pour prendre une correspondance pour vous rendre à Scarborough.
Comme je suppose que vous lisez plutôt ces lignes pour le festival et non pour mes pérégrinations dans le North Yorkshire, je me contenterai d’indiquer que le coin est très sympa pour le tourisme et vous offre la possibilité d’explorer York (ville la plus hantée d’Angleterre) qui n’est pas bien loin, Whitby pour son abbaye en ruines qui surplombe le port et a inspiré Dracula à Bram Stocker, ou encore quelques perles du Yorkshire comme le village côtier de Robin Hood’s Bay ou la ville de Knaresborough.
Le festival étant sur 2 jours, quitte à faire le déplacement, autant le rentabiliser. Parce que oui comptez tout de même 220€ environ le pass 2 jours pour l’édition 2026 et environ 265€ pour l’édition 2027 (229£) sachant qu’il faut rajouter le transport et l’hébergement comme il n’y a pas de camping... Ah, et point important : nous avons eu la canicule aussi, oui mais en version anglaise avec donc environ 7 degrés de moins qu’en France. Conclusion : il est donc salutaire d’écouter du black metal pour se retrouver dans des coins où l’on cuit un petit peu moins.
Toujours dans le point tourisme mais aussi organisation, Scarborough étant une station balnéaire, il n’est pas difficile de trouver un hébergement. Nous avions pour notre part loué un appartement, mais vous pouvez trouver des hôtels assez facilement. Attention peut-être au Grand Hôtel qui vous offrira certes une vue imprenable sur la baie mais dont les avis sont assez désastreux et qui est encerclé par un bataillon de mouettes agissant en bande organisée et dont les cris donneraient envie à des néophytes d’écouter du black grind pour se reposer les oreilles (enfin ça existe ?). Mais qui dit festival de black metal dans une station balnéaire un week-end pendant les vacances scolaires anglaises dit petit plaisir coupable de voir les enfants sur la plage en train de faire des châteaux de sable pendant que les metalleux vont visiter le château en pierre avec leurs cartouchières en ceinture. Que voulez-vous, j’aime les contrastes.

Dès le vendredi, alors que le festival n’a pas encore commencé, il est possible de récupérer son bracelet au niveau du spa entre 12h et 17h et un pré-show est organisé dans un pub de la ville. Attention cependant la capacité est de 150 personnes et c’est bien entendu premier arrivé premier servi. Nous n’avons pu tenter ni l’un ni l’autre étant en vadrouille dans les environs et revenus à une heure où nous savions que ce serait déjà complet ! Parce que oui, forcément en arrivant presque une semaine en avance sur place, nous avons vu la ville se remplir doucement de blackeux venus d’un peu partout : nous en avons entendu parler français, espagnols... et avons fini par nous retrouver à prendre notre petit déjeuner dans un café avec un américain venu de Baltimore pour l’occasion, louant lui aussi la qualité de la programmation.
Histoire de garder quelques trucs sous le coude pour le report du dimanche, on parlera de Scarborough en elle-même dans le report du 2e jour...
Ce qui est bien agréable avec ce festival c’est que si toute l’affiche vous fait de l’œil, vous pourrez voir à peu près tous les concerts (avec quelques exceptions où on se retrouve forcé à faire un choix, ou à abréger un set pour aller voir la fin d’un autre mais ça reste anecdotique). On est aussi sur un festival dont les horaires sont des plus appréciables : un début vers 12h/12h30 et une fin sur les coups de 23h. Parfait pour ne pas finir complètement éclatée (oui je fais partie des fous qui font le 10h30 - 2h du matin au HELLFEST et autant dire que mon état physique est plus que discutable au retour !)
Un des points fort du FORTRESS FESTIVAL c’est bien évidemment le lieu ! Je vous le disais un peu plus haut, le festival a lieu dans l’ancien spa victorien de Scarborough, construit directement sur le front de mer (ou même directement sur la plage à ce stade !). Le bâtiment est magnifique et permet d’avoir plusieurs espaces : le Grand Hall qui correspond à la mainstage, la Ocean Room, une salle de taille moyenne et la Theatre Stage encore plus petite... C’est d’ailleurs quelque chose que j’avais déjà remarqué au BEYOND THE GATES et à l’INFERNO : la capacité du festival est calée sur la capacité de la salle principale et cela peut parfois causer des déceptions quand tout le monde ne parvient pas à rentrer dans les salles plus petites. J’aime beaucoup les festivals indoors, mais forcément c’est un problème que l’on rencontre moins avec l'open air (enfin... ce n’est pas comme s’il n’y avait jamais eu des problèmes de Temple qui déborde allègrement au HELLFEST !)

Etant arrivés juste à temps pour le premier groupe (la faute à mon humble personne et la préparation d’une interview le lendemain dans laquelle je me suis plongée sans vraiment voir le temps passer) nous remettons l’exploration des lieux à plus tard pour foncer dans le Grand Hall voir GROZA qui ouvre le bal. Je ne vais pas vous le redire à chaque fois : c’est du black metal... comme tous les groupes vus pendant le week-end ! On va aller directement aux spécificités de chacun. GROZA c’est du black allemand de la fameuse catégorie "black à capuche" absolument délicieux et les mettre en ouverture était une excellente idée pour faire en sorte que les festivaliers arrivent tôt.
J’étais même étonnée de les voir programmés si tôt dans la journée, mais il n’y a pas 15 créneaux disponibles sur la scène principale et celle-ci est amplement méritée pour le groupe. On se sent tout de suite plongés dans l’ambiance du week-end avec leur black metal misanthrope qui semble s’insinuer dans tous les recoins de la salle... tout comme la production de la machine à fumée. Ils tiennent le public en haleine avec une prestation de haute volée qui fait l’unanimité auprès des festivaliers avec qui on parlera dans l’après-midi.
Ce n’est pas facile d’ouvrir un festival mais GROZA le fait en nous donnant une leçon de charisme en passant. La dernière chanson du set est dédiée à leur bassiste disparu il y a un peu plus de 2 ans.
Seul défaut ? Forcément ça passe un peu trop vite ! On en ressort en s’étant pris la première claque du festival et plutôt que d’enchaîner on décide d’aller découvrir un peu le spa. Il faut dire que le set de BLACK CILICE a commencé et que sans être dans la Ocean Room, on voit la fumée sortir de la salle et on se dit qu’il fait beaucoup trop chaud pour ça.

En plus des trois salles, il y a la Sun Court, une magnifique salle à ciel ouvert qui donne sur la mer où se trouvent les food-trucks, des tables et des chaises, mais qu’on imagine facilement pleine de transats (on aurait pas dit non !) à l’époque où les Anglais venaient pour les vertus thermales du spa.
A l’intérieur quelques bars par ci par là, un mini marché et les immanquables stands de merchandising des groupes : immanquables car on le verra au cours du festival, ici on ne rigole pas avec le merchandising et plus d’un groupe a dû repartir en ayant ses cartons vidés en très peu de temps ! Si les touristes peuvent continuer à se balader dans certaines parties extérieures du spa (ce qui ne manque pas de soulever quelques questions de leur part sur le type d’événement qu’il peut bien y avoir pour qu’en pleine canicule autant de personnes habillées en noir viennent se réunir au soleil), le restaurant du spa est ouvert exclusivement pour les festivaliers... on le tentera donc le lendemain ! (J’en profite pour vous dire que j’ai réservé le point nourriture pour le deuxième report !)
De nouveau direction la grande salle pour le set de MESARTHIM... Et notre deuxième claque du FORTRESS. Contrairement à GROZA je n’avais encore jamais vu les Australiens. Pour être honnête j’en avais assez peu entendu parlé et donc ne m’étais pas vraiment penchée dessus. Grossière erreur apparemment, mais pouvoir les découvrir en live alors que je n’avais aucune attente pà leur sujet a eu une saveur particulière.
La programmation du FORTRESS le samedi avait une sorte de sous thème ambiant/cosmique et celle du dimanche plutôt dungeon/synth. Le set de MESARTHIM s’inscrit complètement dans le thème de la journée avec un black ambiant, teinté de prog qui nous hypnotise – un peu comme le masque de spirale en leds du chanteur – et nous donne l’impression de voyager dans l’espace. C’est très beau, viscéral quand même dans le chant et là encore ça passe trop vite. Une fois de plus le son est impeccable ce qui rend l’expérience d’autant plus agréable. Si je ne m’étais pas penchée dessus avant le festival c’est désormais chose faite depuis et j’ai largement recommandé le groupe à plusieurs de mes amis.

Petit tour au bar où Ô miracle : au-delà du fait qu’on ne soit pas sur des prix norvégiens, il y a une IPA qui a été faite spécialement pour le festival, mais surtout SURTOUT un choix de boissons sans alcool fort appréciable y compris pour les amateurs de bière et de cidre. J’en profite d’ailleurs pour dire que les pubs se sont définitivement mis au sans alcool et que c’est loin d’être un détail quand vous avez des bonnes idées du type "faire un road-trip dans un pays très fourni en pub" (les mauvaises langues préciseront "en conduisant à gauche avec le volant à droite").
D’ailleurs, bon point pour le public du festival, si bien évidemment il y a eu quelques moments difficiles dans les soirées de certains, j’ai trouvé qu’on croisait très peu de gens qui avaient abusé au bar et mine de rien, ça donne un public globalement très respectueux dans son ensemble et on le sait, ça joue aussi pour rendre un festival plus "safe".
C’est sur cette bonne note qu’on se dirige tranquillement une nouvelle fois vers le Grand Hall pour le set d'OSSAERT. Pour l'occasion on avait écouté un peu avant, pas forcément très convaincus sur CD par rapport à nos goûts on se dit que les choses peuvent parfois changer avec un bon live. Malheureusement si la majorité du public présent semble être à fond dans le set, pour notre part on n’accroche pas tant que ça, et du fait de la chaleur dans la salle, et de l’usage peu subtil là encore de la machine à fumée, on ne reste pas tout le set... Et puis il faut être honnête, on veut voir MIDNIGHT ODYSSEY dans l'Ocean Room après et on a bien compris que c’était premiers arrivés, premiers servis pour avoir de la place dans la salle en question.

On revient donc au sous thème de la journée, avec de nouveau du cosmic-black metal (et une fois encore des Australiens tant qu’on y est !). Ils sont assez rares en live et c’est donc une première pour nous. C’est très bon, mais malheureusement le groupe rencontre de gros problèmes de son qui font notamment qu’on entend le clic du métronome dans la salle pendant une partie de leur set. Je ne sais pas si on parle d’humour australien comme on parle d’humour anglais, mais beaux joueurs, le lendemain, le groupe nous sortira une magnifique photo de métronome avec le logo du groupe et la mention "too soon ?". Une belle manière de désamorcer la chose ! Un bon concert, prenant, qui nous fait dire que les programmer le même jour que MESARTHIM était une excellente idée côté cohérence journalière, mais dommage pour cette sombre histoire de son... fort heureusement cette date anglaise était la première de la tournée et ils achèvent cette dernière avec un passage sous la Temple au HELLFEST : l’occasion parfaite pour se rattraper et finir en beauté !
A ce moment là, il est 17/18h et on est donc en plein dans l’heure de pointe anglaise pour la nourriture, le Sun Court est donc plein. On se dit qu’on ira plus tard faire la pause restauration du soir (depuis une semaine qu’on était outre-manche, nous en avions adopté les horaires) mais c’était une mauvaise idée et on en reparlera plus tard...

On trouve des copains, on fait un tour sur le marché où il se trouve qu’il y a un stand qui vend notamment des livres d’occasion (grossière erreur pour mon portefeuille) et on se retrouve donc dans une faille spatio-temporelle. C’est seulement avec l’avant-garde black metal de DØDHEIMSGARD qu’on revient aux choses sérieuses. J’ai une histoire un peu complexe avec le groupe DØDHEIMSGARD : entre set loupé au BEYOND THE GATES suite à une sombre histoire de pizza incontournable, une performance en demi-teinte au CRYPTIC FEST à Saint-Germain-en-Laye à cause de l’attitude du chanteur Vicotnik (où on était plus dans le méprisant que le perché) et finalement une copie revue avec un très bon set à l’INFERNO, je ne partais pas en terrain conquis !
Au final : mission réussie pour ce set au FORTRESS ! C’est DØDHEIMSGARD, c’est perché, on n’est pas toujours sûr de tout comprendre (coucou à la crevette de l’espace qui s’est retrouvée projetée sur scène... enfin je cite mon compagnon « parce qu’il n’y a que la crevette qui t’a semblé bizarre ? »). Au programme notamment, l’album « Black Medium Current » joué dans son intégralité et c’est bien agréable. On écoute depuis un petit fauteuil au balcon et pour ce qui est le set le plus long du festival (1h20) ça passe tout seul ! DØDHEIMSGARD c’est un peu le point culminant de cette journée ambiante... et à ce stade j’aurais tendance à dire « Gloire à la crevette cosmique ! »

Afin de reposer mon cerveau plein de question sur les crustacés et leur rapport avec le black metal, on se dirige vers l'Ocean Room pour le set de WHOREDOM RIFE. Avec les Norvégiens on sait qu’on ne vient pas pour la subtilité et qu’il ne sera pas question de crevette de l’espace (oui je vais m’en remettre) mais bien de black metal plus traditionnel et le côté rouleau compresseur qui va avec. Ça tombe plutôt bien, on a exactement ce pour quoi on est venu. C’est précis et ça a l’efficacité d’un panzer. On décide cependant d’abréger le set parce qu’on voudrait quand même manger un petit bout avant de finir la soirée avec OLD MAN’S CHILD.
On avait eu un doute un peu avant dans la soirée, mais effectivement erreur fatale : nous sommes en Angleterre et qui aurait l’idée saugrenue de vouloir manger à 21h30 ? Les food-trucks sont déjà fermés mais fort heureusement l’organisation a pensé aux étrangers ou aux anglais rebelles : un frigo avec des sandwichs et des salades se trouve à côté du bar et vous pouvez vous servir et aller payer vos trouvailles au bar. Bon, ce n’est pas la panacée, mais là encore options carnées ou végétariennes et il faut avouer que ça dépanne bien !

Nous voilà donc de retour dans les hauteurs du balcon pour le dernier set de la journée et une des raisons de notre venue dans ces lointaines contrées : le set de OLD MAN’S CHILD. Cela faisait 25 ans que le groupe n’avait pas gracié le Royaume-Uni de sa présence et il aura fallu le départ de Galder de DIMMU BORGIR pour que cette formation culte reprenne le chemin du live. C’est assez logiquement la première fois que je les vois sur scène et je sais déjà que je vais aller les revoir au HELLFEST !
Etant aussi une grande fan de DIMMU BORGIR c’est avec grand plaisir que je retrouve Galder et ses gimmicks ! C’est carré, ça passe tout seul et la touche de symphonique nous change un peu de la direction globale de la journée (et après WHOREDOM RIFE ça ferait presque un choc !). Je souris en pensant que l’année dernière à l’INFERNO nous n’avions certes pas Galder, mais nous avions déjà Tjodalv le batteur avec ABYSSIC une autre formation que je vous conseille fortement.
Là encore signe que c’est un bon set, il passe un peu trop vite et même s’il n’est que 23h on se rend compte qu’on est bien claqués et que sans trop de surprise, l’after proposé dans le pub par le festival va se faire sans nous ! Vraiment je vais me mettre à militer pour que les festivals finissent plus souvent à cette heure-là...
