Derrière cet intrigant patronyme se cache un groupe emmené par son créateur, Daniel Lee, qui n’hésite pas à s’entourer de musiciens confirmés pour mener à bien ses ambitions musicales. Ce sont ici Pierre Danel (KADINJA, NOVELISTS), Louis Viallet (IMPUREZA), Vivien Cheneveau (CARMEN SEA) et d’autres sbires qui se sont joints à la fête. Une fête qui mêle ici metal progressif, instrumental et djent en filigrane sur un peu plus de 32 minutes. Et « Heart Of The Forest » dévoile un certain potentiel pour un style riche, raffiné et mélancolique, doté d'un niveau technique très relevé qui peut évoquer de grosses cylindrées comme ANIMALS AS LEADERS ou PERIPHERY. Polyrythmies fracassantes et riffs syncopés sont donc bel et bien présents dans l'ADN de HAYOKAN, sans surprise.
Dès l’introductif "Hobson’s Choice", seul morceau qui inclut des lignes de chant (signées Sylvain Connier et Charley Gouverneur), le constat est d’ailleurs implacable : ça fait mal. Riffs saccadés et section rythmique vindicative sont ici érigés en art de vivre ! La frappe du batteur est méthodique, chirurgicale, et les ambiances sont du meilleur effet. Et ce ne sont pas les bombes lâchées dans la foulée, "The Nightmare Of Being" ou le superbe "Freaks Of Salvation", qui viendront tempérer cette énergie communicative. La puissance de feu est palpable et les breaks savamment placés. Comme si le groupe se plaisait à casser le rythme pour décupler sa force. Mais la démarche ne se résume pas à une simple démonstration technique de bout en bout, puisque le groupe sait aussi faire preuve de discernement, comme sur "Know Thyself" par exemple, où il révèle une mélancolie certaine, toute en atmosphères.
Qu'il s'agisse de la structure des compositions, de l'alternance entre rythmiques dures et parties calmes, ou de la basse finement exécutée, tout fleure bon ici la qualité made in France. Parce qu'entre nous, ce metal instrumental aérien est avant tout une histoire d'atmosphères qui se dévoilent avec justesse au casque, confortablement drapé dans le silence. Des atmosphères également palpables dans cet artwork coloré, un brin décalé, signé Sam Lee, mais aussi dans le mixage maousse costaud qui souligne chaque détail avec doigté, un vrai travail d'orfèvre modelé par Fabien Devaux.
« Heart Of The Forest » est une véritable fresque aux contours multiples qui convie à la noce riffs puissants, breaks assassins et batterie minutieuse. Le tout enveloppé dans une production tranchante qui honore des guitares bien lourdes et pourtant délicates. HAYOKAN réalise ici ce que l’on appelle un véritable… tour de force !