
En juin dernier, HAMASAARI était de passage au Hellfest 2026 pour un concert acoustique au Hellcity. L'occasion pour Jordan, guitariste-chanteur, et Jonathan, bassiste, de nous raconter le parcours et la mutation de ce groupe de rock alternatif progressif des plus prometteurs, après la sortie de leur deuxième album « Pictures », paru chez Klonosphere.
Pour commencer, pourriez-vous retracer le parcours d'HAMASAARI depuis vos débuts entre Le Mans et Nantes ?
Jordan : On fait du rock progressif avec des influences un peu post-rock et folk. Le groupe est une nouvelle mouture d'un ancien groupe qui s'appelait SHUFFLE à l'époque. On a décidé de repartir de zéro, mais sur de meilleures bases, et de vraiment virer tous les trucs qui nous embêtaient à l'époque, comme les samples, jouer au clic, et puis des choses qui ne correspondent plus à ce qu'on aime aujourd'hui, c'est-à-dire simplement faire de la musique de manière simple. En mode rock'n'roll.
Votre musique navigue entre rock alternatif puissant, passages éthérés ainsi que des moments plus intimistes. Est-ce que cette identité artistique plurielle est une force pour votre groupe ?
Jordan : On est souvent qualifiés de groupe de rock progressif, mais finalement on en écoute très peu. On aime bien le rock progressif quand c'est chanté, quand les instruments s'expriment, que le chant prend toute son ampleur et que ça ne part pas dans de la démonstration technique. Cette approche, on la retrouve dans pas mal de styles, comme le post-rock, qui est assez minimaliste en règle générale, ou dans les musiques traditionnelles, mais aussi dans la trance, qui fait partie de ce genre de musique. Et en même temps, il y a ce côté chanson traditionnelle qui permet de partager quelque chose de profond, et ça nous va bien. Après, on écoute de tout, du moment que ça nous fait vibrer, et on l'intègre de manière à s'amuser avec dans notre musique.
Aujourd'hui, votre univers musical semble aussi à l'aise dans des contextes acoustiques, à l'instar des concerts de Jordan lorsque tu te produis seul sur scène, que sur des scènes plus énergiques. Est-ce que cette dualité a toujours fait partie du projet initial ?
Jordan : Alors, c'est assez marrant, parce qu'avec SHUFFLE, on était très fans - et on est toujours très fans - d'un groupe qui s'appelle INCUBUS, qui a fait beaucoup de sessions acoustiques vraiment mortelles, notamment des morceaux guitare/voix qui existent en bonus sur certains de leurs albums. Ça, c'est un truc qu'on a vraiment adoré, un peu comme Eddie Vedder ou Chris Cornell, qui réadaptaient leurs morceaux d'une manière hyper minimaliste, et c'est à peu près la même chose avec HAMASAARI. On ne met pas en place beaucoup d'arrangements différents, parce que les morceaux ont à la base des harmonies très riches et une dynamique qui fait qu'on n'a pas besoin de les réarranger de manière démesurée. On nous a demandé plusieurs fois des versions plus minimales en live, pour des questions de budget, de place sur scène ou de première partie, et finalement on a voulu en faire quelque chose. À partir de ce moment-là, ça s'est un peu inscrit comme une évidence, et depuis, on l'a intégré à notre booking. C'est-à-dire qu'on booke des dates en mode « version électrique », parce que c'est quand même ce qu'on préfère proposer : lâcher les chevaux de manière grandiose, c'est ce qu'on aime vivre ensemble. La puissance fait aussi partie des choses qu'on aime, mais la simplicité de déploiement de cette version acoustique nous séduit aussi. Dans ce contexte, le but est de se focaliser sur le fait de jouer et de préparer le moins possible. Quand je dis « préparer », c'est faire des balances interminables, passer notre temps à régler nos instruments, etc. On préfère jammer comme des jazzeux plutôt que de passer trois mille ans à faire de la technique, et là, la version acoustique, c'est trop bien, parce qu'on n'a besoin de rien et ça sonne tout de suite. Cette configuration nous plaît beaucoup.
Jonathan : L'idée, c'est vraiment de pouvoir jouer partout, quitte à pouvoir le faire sans électricité.
Jordan : On a fait une tournée l'année dernière où il nous fallait juste une prise de courant, et avec ça on avait toute la sono, qu'on installait en dix minutes, puis on jouait directement après. Et ça, c'est très, très kiffant !
Vous parliez d'INCUBUS, quelles sont vos influences musicales qui nourrissent votre écriture et votre vision artistique ?
Jordan : Personnellement, je suis très inspiré par un groupe qui s'appelle OTHER LIVES, un groupe de rock américain plutôt folk, folk orchestré, où il y a ce truc un peu trance qu'on peut retrouver dans la musique traditionnelle, mais aussi ce côté très orchestral qu'on retrouve dans la musique progressive. C'est ce genre de choses qui me fait vibrer en ce moment. Il y a aussi le dernier Steven Wilson en date, qui est très, très cool, qui fait du bien. Il fait une sorte de retour aux sources, et je pense qu'il s'est rebercé avec PINK FLOYD, vu qu'il en a beaucoup mixé ces derniers temps, donc ça l'a sans doute replongé dedans. Ça fait plaisir, parce que je l'avais un peu perdu sur les albums d'avant, et là, pour le coup, il a mis la barre très haut.

En janvier dernier, vous avez sorti votre deuxième album « Pictures ». Dans quel état d'esprit avez-vous abordé ce nouveau chapitre ?
Jonathan : Ce qu'on peut dire pour commencer, c'est que cet album, on l'a enregistré et mixé nous-mêmes.
Jordan : Il y a une forme d'indépendance qui se confirme avec cet album, là où, sur le premier album, on avait une boîte de booking et on avait demandé à Forrester Savell de le mixer et de le masteriser. On avait fait les prises en collaboration avec Paul Peterson, au studio dans lequel je bossais. Et donc, il y avait besoin d'un environnement qui nous valide un peu ce qu'on faisait. On avait aussi demandé à Guillaume, de KLONE, de nous aider. Pour ce deuxième album, on a de nouveau fait appel à Guillaume, et on a fini par s'affirmer et à faire nos propres choix sur la fin du processus de conception. On l'a mixé nous-mêmes, et on a juste demandé à Thibault Chaumont de faire le mastering. Maintenant, on s'occupe du booking nous-mêmes, on est complètement autonomes, mis à part la presse, qui est gérée par Klonosphere. Je pense que cet album-là, c'est un peu affirmer qui on est, de manière simple, en balayant notre ego le plus possible, mais en se faisant plaisir aussi. Du coup, partir en tournée, rencontrer des gens, mais surtout jouer le plus possible. C'est cette image-là qui résume le mieux cet album, « Pictures ».
Jonathan : C'est une libération, un album plus intime, il n'y a pas de filtre. La musique qu'on joue sur scène est authentique.
Jordan : Ouais, il n'y a pas d'artifice, que de la sincérité. On est nous-mêmes sur scène, on ne joue pas de personnages.
Cet album s'inscrit dans la continuité d'« Ineffable » tout en poursuivant le développement de votre univers. Comment avez-vous travaillé ce lien entre les deux disques ?
Jordan : Je crois qu'on n'a pas trop réfléchi de cette manière-là. On a tendance à jouer entre nous, à jammer un peu comme le font encore certains groupes, où on se retrouve tous dans la même pièce et où on se propose des idées. On a la chance d'avoir un super batteur [Elie Chéron, NdlR] et d'être vraiment à l'écoute des autres dans le groupe, de se faire méga confiance, donc on arrive assez vite à quelque chose qui nous plaît. De plus, on travaille en studio, car j'ai aménagé ma maison en ce sens, et donc on enregistre assez vite, on réécoute et on vire tout ce qui nous semble un peu redondant ou téléphoné. On garde ce qui nous plaît le plus, on réarrange des choses, on écrit, on réécrit encore et encore, jusqu'à ce qu'on n'ait plus rien à dire sur le morceau. Ensuite, on fait écouter à nos potes, et aussi à des gens qu'on connaît, dont Guillaume Bernard, de KLONE, qui n'hésite pas à nous dire quand ce n'est pas ouf, ou qu'il y a encore du boulot pour que ça sonne bien, ou qu'il faut retravailler certains détails. C'est vraiment un processus qui nous plaît. Donc la continuité se situe peut-être dans le fait de se faire confiance. On a réitéré le fait de jouer sans métronome aussi, un peu à l'inverse des tendances actuelles, qui consistent à enregistrer chacun de son côté, dans des pièces à part, avec un métronome dans le casque parce que ce n'est pas possible autrement, et à construire un album brique par brique. Mais nous, on préfère enregistrer en live. Moi, je fais le chant témoin pendant que je joue la guitare, et parfois on rajoute des trucs où on ralentit, on accélère, ce qui donne une musique très vivante. Petite anecdote d'ailleurs : sur le premier album, le morceau « Old Memories », la guitare et le chant sont enregistrés en live, en même temps, et donc je n'ai rien pu refaire, les deux prises étaient liées. J'étais dans une cabine et je jouais en même temps que la batterie, et du coup, dans le mixage, tu peux entendre qu'il y a de la guitare dans le micro voix et du chant dans le micro guitare. Donc là encore, il n'y a pas d'artifice, il y a de petites imperfections, et pareil pour le morceau « Under The Trees », qui a été enregistré full live. Il y a des pains, il y a de petites approximations de justesse, mais c'est ce qui nous plaît, en fait : cette continuité dans notre sincérité.
Jonathan : On a même accentué cet aspect. On a vu que ça marchait, on est donc allés encore plus loin dans cette démarche, et pour le prochain album on poursuivrera dans cette direction.

Quels sont, selon vous, les principaux points d'évolution entre « Ineffable » et « Pictures » ? Car entre ces deux albums, on note qu'il n'y a plus de claviers après l'éviction de votre ancien membre. Vous n'avez pas souhaité lui trouver de remplaçant. Ça n'a pas été trop compliqué de retirer un instrument, surtout dans une musique comme la vôtre ?
Jordan : Alors, ce qui est assez marrant, c'est que lorsqu'on avait reçu les premiers mixes de Forrester Savell pour « Ineffable », il n'avait pas mis les claviers très forts, et je pense qu'il avait perçu que, dans les arrangements, les parties de clavier étaient plus une touche de texture qu'un élément essentiel de composition, mis à part certaines intros ou outros. Et donc on a poursuivi ce chemin-là. On a fait confiance à Forrester et on s'est dit que notre musique se suffisait peut-être à elle-même sans rajouter cet instrument, qui était peut-être plus un élément de production. Maintenant, on veut l'affirmer de cette manière-là, un peu comme le fait un groupe comme OCEANSIZE, qui nous inspire beaucoup. Une formation avec deux guitares, basse, batterie, ça nous plaît aussi. Peut-être aussi pour l'aspect technique, le fait d'avoir deux amplis à lampes de chaque côté de la scène, de jouer pleine balle et de ne pas avoir de clavier, qui peut parfois être difficile à mixer en live sur scène. Là, on joue en mode rock'n'roll, on lance juste du chant dans les retours et on joue à fond. Donc, pour affirmer cette démarche, on a décidé de ne pas mettre de claviers sur « Pictures », de ne pas chercher à rajouter des trucs qu'on ne peut pas jouer sur scène, mis à part quelques pistes de chœurs qu'on ne peut pas réaliser en live.
Avec plusieurs mois de recul maintenant, y a-t-il un titre qui résume ce nouvel album et ce qu'est HAMASAARI aujourd'hui ? Personnellement, je trouve que « Lost in Nights » fait une parfaite carte de visite.
Jordan : Ouais, carrément. Durant l'interview précédente, on a cité « Frames », mais oui, « Lost in Nights », en effet, c'est aussi le titre le plus post-rock qu'on ait, et il nous représente bien dans cet esprit un peu envoûtant et puissant, avec le refrain et les espèces de grandes vagues. Ça nous fait à chaque fois un effet « wow » quand on est sur scène. On nous l'a dit souvent, surtout quand on a fait la tournée avec GAZPACHO. On avait un super son à chaque fois, et souvent les gens nous disaient que ce passage était explosif en live.
Jonathan : Le couplet est bien envoûtant, assez groovy, et puis la fin, ça part un peu en mode math rock.
Avez-vous déjà commencé à réfléchir à la suite, ou êtes-vous encore pleinement dans la tournée de « Pictures » et sa promo ? Je pense à Guillaume Bernard, du label KLONOSPHERE qui vous distribue, qui est également le guitariste-compositeur de KLONE et qui a toujours un album d'avance en tête.
Jordan : On a commencé. On s'est fait une session de composition tous ensemble en février, et on a pas mal de nouvelles idées, d'instrus avec de petites voix sans texte, qui sont assez cool et qui nous plaisent bien. Et vu que j'ai fait plein de dates en solo, j'en ai profité pour déjà jouer de nouvelles chansons qui pourraient éventuellement être sur le prochain disque, si les copains sont d'accord. Donc, concrètement, on a deux nouvelles compositions de prêtes. On n'est peut-être pas aussi productifs que Guillaume, mais il y a déjà des trucs en cours, et ça va être très cool.
Jonathan : De mon côté, je trouve que Jordan est très bon là-dedans. Musicalement, on se connaît depuis tellement longtemps, depuis nos débuts dans la musique, il a toujours proposé de super compositions, et c'est vrai que je me repose un peu sur lui. Mais de temps en temps je mets des idées de côté ; généralement, on joue avec Axel et Elie, et les idées viennent très rapidement. On lance la batterie et ça part tout seul, on n'a pas vraiment besoin de réfléchir, c'est naturel. Et on peut tous discuter des idées des autres. Jordan, par exemple, a trouvé plein de lignes de basse trop cool ; on discute du rôle de chaque instrument, et le processus peut aller très vite, au final.

Cette année, vous avez été invités à venir jouer au Hellcity, le tout nouveau bar en lieu et place de la boîte de nuit Le Looksor. Désormais, ce nouveau lieu propose des sessions acoustiques aux portes du Hellfest. Quelle a été votre réaction à l'annonce de cette invitation ?
Jordan : On était très contents, ça fait plaisir, et encore plus maintenant qu'on gère nous-mêmes notre booking. Donc, quand on nous appelle, c'est toujours une grande satisfaction, quand on pense à nous. Le Hellfest est un festival qu'on a pratiqué pas mal, depuis de nombreuses années, en tant que festivaliers, et c'est cool que l'organisation pense à nous. Il y a un super bel esprit, donc ravi d'en faire partie officiellement cette année, pour la première fois.
Le Hellcity se trouve à l'entrée du festival. Avez-vous le sentiment de jouer un peu le rôle d'antichambre, de premier sas de compression avant que ne commence la journée des festivaliers ?
Jordan : Tu sais, jouer un samedi à 16h40, c'est aussi être, entre guillemets, en concurrence avec peut-être d'autres trucs qui se passent au même moment sur le site. Mais là, pour le coup, je trouve que c'est assez réglo, en fait. On fait partie de la programmation et la com' a été vraiment superbe, donc je pense que c'est une très bonne idée de la part d'un festival aussi gros, et qui en plus n'a pas besoin de publicité, parce que les gens prennent leur place suffisamment en avance pour remplir la jauge. Je trouve que c'est une bonne idée qu'une partie du festival propose des scènes plus petites, avec des capacités plus réduites, qui permettent à des groupes plus petits de faire leurs preuves aussi au sein d'un festival comme celui-ci. Et rien que d'avoir le nom de ton groupe sur l'affiche du Hellfest, ça aide après pour ton booking et pour approcher des professionnels. On en a vraiment besoin, donc merci d'avoir pensé à nous, ça fait vraiment plaisir.
Jonathan : Et le fait d'avoir une scène unplugged dans un gros festival de metal, c'est cool. Je trouve ça hyper stylé. On n'est pas obligés de se prendre de la grosse batterie amplifiée toute la journée dans les oreilles non plus.
Beaucoup de groupes découvrent que leurs morceaux prennent une nouvelle dimension en version acoustique. Est-ce qu'il y a une chanson qui vous a surpris lorsque vous l'avez retravaillée ?
Jordan : Ouais, ça nous fait cet effet-là sur beaucoup de morceaux en acoustique. C'est vrai que « Frames », « Lost in Nights » et « The Wild Ones », quand tu leur enlèves la distorsion, les cymbales et tout ce qui parfois camoufle les aigus, soudain l'harmonie ressort beaucoup mieux avec la résonance de l'acoustique. Et puis il y a aussi un truc, c'est que la contrebasse, c'est redoutable. Pour le coup, c'est vraiment massif. Ce qui est assez marrant, c'est que parfois, en acoustique, c'est presque plus bourrin qu'en électrique, peut-être parce qu'on joue moins fort, qu'on n'a pas de bouchons, et que lorsque ça part, ça part fort. C'est redoutable, et avec le tom basse ça donne un côté chamanique. Donc ouais, on aime beaucoup cette configuration.
Si HAMASAARI devait choisir entre donner un concert intimiste autour d'un feu de camp et dans un stade devant 50 000 personnes, que choisiriez-vous ?
Jordan : J'ai envie de dire les deux, mais c'est vrai que, sur une grande scène avec du gros son, je choisirais le stade. Nous, on joue avec des retours et des amplis à fond, on veut de la puissance sonore sur scène (quand les ingés son ne nous demandent pas de nous baisser, sinon ils font la gueule). C'est vraiment kiffant de jouer amplifié avec du bon son.
Quelle est votre prochaine actualité après les vacances d'été ? Qu'avez-vous de prévu pour la rentrée ?
Jordan : On a deux dates calées en octobre, et il y a une belle tournée qui s'annonce pour novembre… Normalement, on ouvrirait pour un petit groupe de Poitiers, avec un chauve à la guitare, un autre avec beaucoup de cheveux, et un grand gars à la barbe grisonnante qui chante très bien, une sorte de Chris Cornell français (rires).
