
Avec les pics de chaleurs qui vont s'intensifier avec les années, changement climatique oblige, on peut se demander si les salles de concert qui ne sont pas équipées de système de climatisation n'en viendront pas un jour à proposer la prestation de sauna, activité très rentable en plus de faire exploser leurs ventes de bières au bar. On peut se demander également si on ne risque pas de voir arriver les premiers réfugiés climatiques du metal qui ne se déplaceront en concert qu'en hiver...
Hé oui le monde change et l'univers du metal suit tant bien que mal mais seul le plaisir de la découverte dans tout ça demeure une constante immuable. Alors faîtes fi du temps qu'il fait dehors : la rubrique des Labels & Les Bêtes est là pour vous apporter son petit lot en toute saison, frais et rafraîchissant en été, chaud et réconfortant en hiver... Bonne lecture !
MALHKEBRE : « B.A.M.N » (Battlesk'rs Productions)

« B.A.M.N » : By Any Means Necessary (par tous moyens nécessaires). Cela donne déjà une idée de la détermination du groupe toulousain MALHKEBRE. Contestation, blasphème, rage, misanthropie, nihilisme, voilà à peu près le programme de ce nouvel album, et du black metal distillé par le groupe en général.
Si « B.A.M.N » était au départ une démo de deux titres, les voilà entouré de cinq autres morceaux plus malsains les uns que les autres. Car le son MALHKEBRE c’est un mélange de vocaux narrés et hurlés au mégaphone, de rythmes blastés et de riffs ultra brutaux, rendant l’atmosphère totalement nauséabonde et destructrice. Mais tout commence par ces quelques mots « Nous déclarons la guerre à la médiocrité, nous déclarons la guerre à la pensée unique, nous déclarons la guerre au nouveau monde aseptisé » sur un beau larsen : "Choose Your Destinity" est un morceau lourd, lent et lugubre, une injonction à clairement choisir son camp.
C’est ensuite que le rythme s’accélère avec un "I Have A Dream" loin de la lumière du discours originel mais plutôt une plongée vers l’enfer. Et ce jusqu’au pesant "There Are No Safe Spaces" qui clairement referme la marche vers le néant. Stupéfiant.
(Aude Paquot)
NUMEN : « Erre » (Les Acteurs de L’Ombre)

C’est le cinquième album pour les Espagnols NUMEN mais « Erre » a quelque chose en plus, quelque chose d’irrésistible qui fait qu’il est bon de revenir sur ce groupe dans nos colonnes. Evoluant dans un pagan-black metal mélodique, NUMEN passe ici à la vitesse supérieure en misant sur un équilibre parfait entre ses différentes composantes.
Ni trop folk, ni trop mélodique, il nous emmène sans heurts dans le sillage de son récit à propos de l’inquisition, cette chasse aux sorcières violentes ou croyance rime avec intolérance. Chanté entièrement en euskera, langue ancestrale du pays basque, « Erre » propose cinq titres profonds, aussi bien sur le fond que sur la forme.
Si le black metal old-school et blasté de "Kez beteriko zeru penatua" et ses vocaux diaboliques nous plongent d’entrée dans un monde sanglant, la guitare acoustique médiévale de "Errautsen azken arnasa" nous rappelle un monde infesté de mythes sordides, prétexte à toutes les horreurs.
Si quelques breaks et passages atmosphériques offrent un moment de répit, c’est bien un déferlement de riffs cinglants et de rythmes infernaux qui prédomine. Bienvenue dans l’Enfer de la religion.
(Aude Paquot)
PILORI : « Sans Adieu » (Terrain Vague Records)

Les Rouennais ne débarquent pas en terre inconnue chez HARD FORCE puisque leurs deux premiers méfaits ont déjà fait l’objet d’un examen approfondi dans nos colonnes. Œuvrant dans un metal velu et protéiforme qui vient aussi bien piocher dans le crust, le grindcore ou encore le black metal, le groupe a toujours trouvé le bon équilibre entre ces différents univers.
Les deux premiers morceaux résonnent d’ailleurs comme du PILORI pur jus puis "Le Couteau par la Lame" change la donne et affiche son visage le plus séduisant : riffing bestial qui invoque le crust et le black à la même table, mettant en avant la redoutable technicité de musiciens aguerris. Mais c’est bel et bien sur l’éponyme "Sans Adieu", un instrumental de toute beauté où le violoncelle et les embardées métalliques créent ici quelque chose de très personnel.
Chaque morceau de « Sans Adieu » possède ainsi toute sa légitimité. "Avant que le Vent ne se Lève", par exemple, montre un groupe au sommet de son art, évoquant parfois les travaux abrasifs de NAILS ou TRAP THEM. Tandis que d'autres, tels "La Présence des Absents", sonnent comme une marche inéluctable vers leur cible aux abois : Take no Prisoners ! Quant au superbe final, "La Rose et l’Épine", il clôt les débats avec une certaine solennité, presque touchante. Le verdict est sans appel : encore une fois PILORI cloue en plein dans le mille !
(Clem)
DELIVERANCE : « The Voyager Golden Banquet » (Les Acteurs de l’Ombre)

Drôle d’album que celui-ci, pas dans le sens où c’est la grosse poilade de la première à la dernière seconde mais par le fait qu’il demeure insaisissable, une écoute en appelant une autre pour tenter d’en percer les secrets. Peine perdue puisque l’on retrouve ici du metal progressif, du sludge, quelques touches d’électro intrigantes, des lignes de chant claires qui font équipe main dans la main avec d’autres plus saturées. Mais le tout demeure cohérent, avec comme unique gage d’emmener l’auditeur dans leur univers décalé. Il faut dire qu’avec ses près de 15 ans d’existence et trois albums dans sa besace, DELIVERANCE a pris le temps d’approfondir son sujet.
Un sujet qui pourrait se résumer en quelques mots : « peu importe le flacon tant qu’on en a l’ivresse ». Vous l’aurez donc deviné, « The Voyager Golden Banquet » est un album qui ne se laisse pas appréhender facilement. De ceux qui vous font voyager, justement, dans plein d'univers musicaux différents.
Et même si sa présence sur un label comme Les Acteurs de l’Ombre peut surprendre, DELIVERANCE s’affranchit sans difficultés de la marque post-black de ses hôtes. Il faut dire qu’il est le fruit d’une réunion fructueuse entre quatre musiciens d’horizons différents. Etienne Sarthou (KARRAS, FREITOT et ancien d’AQME), Fred Quota (ex-membre d’ABRAHMA), Pierre Duneau (MEMORIES OF A DEAD MAN) et Sacha Février. Quatre backgrounds qui amènent DELIVERANCE à brouiller les pistes tout au long de ces 43 minutes hautes en couleur, toutes les couleurs. Un tour de force réussi !
(Clem)
IRON REAGAN : « Demonetization » (Relapse Records)

Une bonne dose de crossover, histoire de se rappeler au bon temps des SUICIDAL TENDENCIES, des DIRTY ROTTEN IMBECILES et de groupes plus récents comme MUNICIPAL WASTE, c'est comme injecter de la nitro dans le moteur : on est sûr d'obtenir des étincelles !
Le crossover en effet ne connaît pas d'équivalent en terme de transmission d'énergie, IRON REAGAN en apporte une nouvelle fois la preuve dans cet EP d'une dizaine de minutes certes mais qui ne débande pas de la première à la dernière seconde. Aucun titre qui atteint les trois minutes comme attendu (le titre éponyme quant à lui ne dépasse pas les 60 secondes), du tempo rapide à qui mieux-mieux, des morceaux à l'ancienne qui donnent l'envie d'initier un pogo au milieu des mamies du supermarché ("God Don't Like It"), un futur incontournable qu'est "Make It Ugly" avec son solo de ouf...
Bref, dans la moiteur de cet été torride, IRON REAGAN place le bon coup de pied au derrière qu'il fallait pour se donner de l'entrain avec ce « Demonetization » qui paraît en septembre 2026 mais qui, bonne nouvelle, est déjà paru en digital et disponible en écoute sur Bandcamp.
(Crapulax)
REPENTANCE : « Retaliate » (Noble Demon Records)

Déjà évoqué dans le numéro 72 de la présente rubrique des Labels & Les Bêtes avec sa seconde réalisation, « The Process Of Human Demise » sortie en 2023, nous renouvelons tout le bien que nous pensons de cette formation américaine à l'occasion de l'arrivée prochaine de son troisième disque le 17 juillet prochain.
On reste approximativement sur les mêmes rails que le précédent, à savoir un thrash metal lourd à souhait avec de nombreux passages rapides ("Annihilate" et son clin d’œil à SLAYER), des parties solo toujours très réussies ("What's Done Is Done", "Retaliate", "Concrete Coffin") et une parenté à TRIVIUM assumée à travers des parties chant clair/chant growlé ("Fade Into Silence").
Ajouté à cela une production toujours au top, voilà encore une belle réussite pour le groupe de l'ancien SOIL Shaun Glass qui fait naître une vraie envie de les voir défendre « Retaliate » sur une scène où qu'elle se trouve.
(Crapulax)