26 juin 2026, 07:48

George Thorogood (+ Jared James Nichols)

@ Paris (Bataclan)


Le blues rock et le hard rock à l’ancienne partagent plus d’un point commun. Il n’est donc pas illogique de voir deux dignes représentants de chacun de ces registres tourner ensemble, Jared James Nichols ouvrant pour le légendaire George Thorogood et ses DESTROYERS, qu’on ne présente plus. 
Le premier s’est produit à Paris il y a à peine quelques jours, le 8 juin dernier. Mais c’était dans le cadre d’un showcase organisé par sa marque de guitare, Gibson, donc devant un très petit comité. Ce vendredi constitue donc pour Nichols l’occasion de jouer face à davantage de spectateurs, d’autant que ceux qui étaient présents à son dernier concert en tête d’affiche, en novembre dernier au Café de la Danse, ont propagé un bouche-à-oreille du tonnerre. 


Le guitar hero venu du Wisconsin renouvelle totalement son répertoire habituel pour y intégrer son dernier album, « Louder Than Fate », disponible depuis quelques semaines. Il aligne donc de rang l’incitatif « Let’s Go », lancé par la batterie puissante de Ryan Rice, le plus bluesy « Ghost », l’efficace « Way Back », et enfin la ballade « Killing Time », pour montrer de quel bois ce dernier disque se chauffe.
A son habitude, le géant américain joue sans mediator, ce qui ne le gêne en rien pour délivrer quelques solos de guitare assassins, notamment lors de « Killing Time ».
La deuxième partie de la demi-heure qui lui est accordée permet de retrouver deux classiques de sa setlist, l’entrainant « Can You Feel It ? », et un ultime blues « Keep Your Light On, Mama », enjolivé par un break à la basse, puis la batterie, même si Nichols glisse entre les deux une dernière nouveauté, « Runnin’ Hot ». Une première partie fort plaisante, et qui déclenche les applaudissements des spectateurs, invités ensuite à venir taper le bout de gras avec l’artiste, toujours aussi jovial, à son stand de merchandising.

 


Un qui a l’air bien sympa également, c’est George Thorogood. Le bluesman, âgé de 76 ans, pourrait couler une retraite heureuse, d’autant qu’il n’a plus proposé de nouvel album studio depuis 2011, ou 2017 si l’on parle de son disque sorti sans ses mythiques accompagnateurs, les DESTROYERS. Mais non, il s’est engagé dans une nouvelle tournée mondiale, baptisée « The baddest show on Earth », rien que ça (dans le sens "méchamment bon" et pas "le plus mauvais") ! On comprend d’autant moins que son management interdise aux photographes de faire leur métier (les photos de Dom Gilbert ont été prises au smartphone), mais passons…


Pourtant, l’ami George reste une bête de scène, comme il le prouve une nouvelle fois ce vendredi soir à Paris durant un peu moins d’une heure 25. Du pur plaisir des deux côtés de la scène, l’homme, débarqué avec lunettes noires et bandana, envoyant les premières bouler au bout d’un morceau, avant de faire gicler le second quelques titres plus tard afin d’arborer une coiffure en vrac digne d’un Rod Stewart qui serait passé entre les rouleaux d’une station de lavage de voitures.
Priorité donc à l’énergie, moins au renouvellement de la setlist. Mais il est vrai que l’Américain a tellement d’incontournables à proposer… Il démarre donc avec un « Rock Party » de circonstance, avec des DESTROYERS au taquet. Le fidèle d’entre les fidèles, le batteur Jeff Simon, présent depuis 1973, ainsi que le bassiste permanenté Billy Blough (dans l’équipe depuis 1979), sont toujours entourés du deuxième guitariste Jim Suhler et du saxophoniste Buddy Leach, et la fine équipe s’en donne à cœur joie dès son arrivée sur les planches. 


Mais c’est le patron qui mène la danse et annonce, après un « Who Do You Love » toujours aussi énergique, « nous allons ce soir proposer deux musiques, le rock’n’roll ! », avant d’enchaîner sur un plus obscur « Mama Talk To Your Daughter ». L’un des rares moments inattendus du jour, parce qu’après, nous avons droit à du lourd, à de l’historique : « I Drink Alone », le toujours étiré « One Bourbon, One Scotch, One Beer », entamé avec juste Jeff Simon au début, puis « Cocaine Blues », la fin de cette trilogie addictive étant dédiée à Johnny Cash. 


Jamais avare d’un sourire, d’une grimace, d’un commentaire après un cri venu du public, Thorogood, qui joue avec ses doigts lui aussi, tente une plaisanterie incompréhensible qui ne fait rire personne, mais il retombe sur ses pattes immédiatement : « pire est la blague, meilleur est le morceau qui suit ! » Démonstration instantanée avec le génial « Gear Jammer », blindé de slide, suivi de deux classiques absolus, «Get A Haircut »  (très approprié vu le look du guitariste), puis « Bad To The Bone». Nouvelle petite surprise avec la reprise du « Gloria » des THEM, dont tout le monde chante le refrain « G, L, O, R, I, A, Glooooriaaaaa », et retour au patrimoine avec un « Move It On Over » de derrière les fagots et terriblement dansant. 

 


Au rappel, nous avons ensuite la joie de voir revenir sur scène Jared James Nichols pour une interprétation enthousiasmante d’un dernier classique, « Born To Be Bad », où les deux maestros rivalisent de feeling. C’est tout, Thorogood quitte les planches au son d’une « Marseillaise » instrumentale, levant le poing une dernière fois.
Rendez-vous dans quatre ans, au même endroit (l’artiste était déjà passé par le Bataclan, le 10 juillet 2022), et en gros avec les mêmes morceaux ?
Chiche ! 

Blogger : Michel Valentin
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