
Lyon, 28 juin 2026, Groupama Stadium : quelque chose va s'abattre sur la région lyonnaise. On nous a promis une chaleur suffocante. On nous a promis une tempête. En effet, deux groupes répondent présent pour nous livrer les deux en même temps. ANTHRAX et IRON MAIDEN sont là pour rappeler à toutes et tous que le metal est une affaire sérieuse qui ne date pas d'hier.
Commençons par la première évidence : ANTHRAX à Lyon, ce n'était pas arrivé depuis 2004, et les retrouver ce soir dans le stade est un véritable plaisir. L'un des piliers du Big Four est bien présent et doté d'une énergie à faire pâlir les "coreux". Sous une chaleur étouffante, le groupe nous offre un set condensé de huit titres tous aussi incontournables les uns que les autres. "Among The Living" ouvre la soirée avec puissance, mais on n'en attendait pas moins. Le ton est donné et on n'a plus qu'à se laisser embarquer par une série imparable : "Got The Time", "Madhouse", "Caught In A Mosh" et "It's For Any Child".

Le groupe est en très grande forme et ravi de partager ce set avec un public hyper réceptif. ANTHRAX est une tête d'affiche, pas forcément de stade, mais à la renommée de légende du thrash. Comment bouder un tel moment ? Et comment ne pas être convaincu lorsque le groupe entame sa reprise de TRUST, "Antisocial" ? C'est forcément un stade entier qui lèvera le poing en reprenant ce refrain légendaire. Le groupe new-yorkais finira par conclure son set avec énergie sur "Medusa" et "Indians". Un vrai plaisir que d'avoir eu une telle formation en première partie. Les hostilités ont été lancées pour notre plus grand plaisir par l'un des meilleurs groupes.

Si ANTHRAX est une légende du thrash, IRON MAIDEN est une légende tout court. Que dire et surtout qu'attendre encore d'un groupe qui a traversé un demi-siècle avec des albums aussi marquants que « Iron Maiden », « Killers » ou « The Number Of The Beast » parmi ses 17 albums studio ? Je vais être d'une transparence absolue avec vous : lorsque j'ai découvert la set-list de cette tournée, composée de chansons dont la plus récente a 34 ans, cela m'a laissé dubitatif. Je ne suis pas du genre à être nostalgique et à célébrer le passé d'une manière ou d'une autre. La carrière de la Vierge de Fer ne s'est pas arrêtée en 1992, loin de là. C'est donc avec ce sentiment très simple de ne rien attendre de particulier de ce concert - sinon de revoir enfin le groupe dans la région - que je me suis rendu dans l'enfer de ce stade.
Cette forme de neutralité m'aura permis, au moins pendant un temps, de garder une sorte de recul. Oui, parce qu'il faut l'admettre, l'arrivée sur "Murders In The Rue Morgue", suivie de "Wrathchild" et "Killers", pose directement les choses. Après plus de 40 ans, ces titres n'ont pas pris une ride. Ils ont même de quoi mettre à mal beaucoup de productions actuelles. Qui a dit que le rock ou le metal était mort ? 40 000 personnes ont largement de quoi témoigner du contraire ce soir. Et ce concert va définitivement prouver une chose essentielle : il ne s'agit pas de faire dans la nostalgie, mais de réactualiser des légendes, de les adapter à notre époque comme si elles appartenaient à un album sorti l'année dernière.

Ayant mis un peu de côté l'écoute intensive de nos Britanniques préférés ces dernières années, je redécouvre un groupe qui mérite largement son statut de légende. Si IRON MAIDEN assure sur scène, c'est avant tout par sa présence, son style, sa technique et la précision de ses compositions. La bande est toujours aussi incroyable sur scène, autant techniquement que physiquement. C'est une référence absolue et les seuls qui peuvent rivaliser sont les gars de METALLICA. Si tu veux expliquer le metal à quelqu'un, tu prends ces deux-là, tu ajoutes BLACK SABBATH pour montrer les origines, et tu as le trio qui mettra à peu près tout le monde d'accord.
Mais revenons à l'essentiel, à la magie de cette soirée : comment IRON MAIDEN a-t-il réussi à donner à cette tournée un tel renouveau ? Eh bien, il y a un élément qui donne à cette légende un souffle incroyable de nouveauté : c'est son ingénierie. Comment, après 50 ans, apporter de la fraîcheur à ces titres d'anthologie ? En leur offrant une nouvelle mise en scène incomparable. IRON MAIDEN, depuis « Virtual XI » en 1998, s'est rapproché du monde des jeux vidéo avec plus ou moins de réussite (pour ceux qui ont connu Ed Hunter puis Legacy of the Beast). Il était donc temps pour le groupe de ramener cette ingénierie du jeu vidéo directement sur scène. Exit donc les fonds de scène cultes et l'Eddie géant, place aux écrans dignes des meilleurs parcs d'attractions. Ce qui pourrait apparaître comme un détail visuel pour certains, vient apporter une nouvelle dimension à la musique du groupe.

Les Anglais sont connus depuis toujours pour leurs pochettes incroyables et leurs visuels remarquables. Ces écrans d'une technologie de pointe apportent une dimension narrative supplémentaire qui n'est pas des moindres. Pour s'en convaincre, il suffit de profiter pleinement de "Powerslave". La combinaison des jeux de lumière, du masque de Bruce Dickinson, des effets pyrotechniques, des images diffusées sur les écrans et bien entendu la musique, vous transporte de manière improbable. On change littéralement de dimension et on découvre une nouvelle facette inattendue, alors que l'on était persuadé de déjà tout connaître de ce morceau sorti il y a 42 ans. OK, voici la nouvelle signature visuelle du groupe et voici ce qu'il en fait aujourd'hui. Aller voir un concert d'IRON MAIDEN en 2026, c'est prendre une grosse dose de... « waouh !!!!! ».
Et on ne va pas en rester là, car on va rester totalement bloqués dans cette nouvelle dimension avec deux moments fascinants : "Rime Of The Ancient Mariner" et "Seventh Son Of a Seventh Son". Ce qui nous est offert ici est une forme d'aboutissement de décennies de travail acharné où la musique et la mise en scène se rencontrent à leur paroxysme pour atteindre une forme de perfection scénique. On en reste bouche bée et électrisé, prêts pour la déferlante constituée par "The Trooper", "Hallowed Be Thy Name" et "Iron Maiden" son Eddie numérique qui semble sortir de son écran. On reste ensuite là, à attendre dans le noir, un peu groggy, le final qui arrive avec "Aces High", "Fear Of The Dark" et "Wasted Years".

Je suis arrivé avec une certaine forme de neutralité et j'en ressors en me demandant si je n'ai pas, encore une fois, assisté à l'un des meilleurs concerts possibles. Si RAMMSTEIN aime la démesure et les excès dans la mise en scène, jusqu'à la parodie parfois, IRON MAIDEN maintient un équilibre parfait. Le groupe réussit à redonner une fraîcheur incroyable à ses hits classiques les plus anciens sans ce côté nostalgique ennuyeux. C'est un tour de force auquel je ne m'attendais pas du tout et qui me laisse encore, à l'heure où j'écris ces lignes, avec l'idée qu'il va falloir du temps pour m'en remettre. Incroyable !
Merci de nous avoir permis de vivre cette soirée dans ces conditions.
Photos © Anthéa Bouquet-Charretier
Portfolios : ANTHRAX - IRON MAIDEN

© Anthéa Bouquet | HARD FORCE