
Désormais plus solides que jamais, presque 10 ans après leur reformation et le "Not In This Lifetime Tour", les GUNS N’ ROSES sont de retour dans la capitale pour deux concerts exceptionnels. Le groupe, toujours mené par Axl Rose, Slash et Duff McKagan, a donc posé ses valises à l’Accor Arena, pour jouer devant un public aussi impatient de les voir que curieux de la forme vocale du chanteur, scrutée par les réseaux sociaux depuis plusieurs années car très différente de celle qu’il avait sur album il y a bientôt 40 ans. Toujours accompagnés de Richard Fortus et Dizzy Reed, les GUNS N’ ROSES se produisent pour la première fois depuis longtemps sans Melissa Reese, absente pour raison de santé, mais aussi avec Isaac Carpenter, le nouveau batteur du groupe. Pour la première partie, on nous propose ce qui se fait de mieux en termes de hard rock moderne : MAMMOTH, le groupe de Wolfgang Van Halen ! C’est donc impatient qu’on s’installe dans l’arène pour ce qui va se révéler être un marathon hard rock !
Seul rappel de son illustre père de la soirée, Wolfgang Van Halen débute le set de MAMMOTH par un tapping virtuose, introduction de l’excellent morceau "The End", de l’album du même nom. Immédiatement, le public se réveille de sa torpeur pré-concert, et se concentre sur les notes jouées par le chanteur-guitariste, aussi virtuose à la guitare qu’impactant au chant. Il faut dire que celui-ci n’en est pas à son coup d’essai : un temps bassiste de VAN HALEN, il a désormais tourné avec MAMMOTH depuis quelques années, en ouverture des plus grands (METALLICA et ALTER BRIDGE pour ne citer qu’eux), et a désormais développé un style bien à lui musicalement. Les musiciens du groupe entrent également en scène après lui, offrant un spectacle énergique et sans défaut apparent, utilisant la scène intégralement pour mieux animer la foule. Au niveau des chansons jouées, on explore allègrement l’album « The End », sorti en 2025, mais aussi le premier album, « Mammoth WVH », et seulement un morceau de « Mammoth II », "Another Celebration At The End Of The World". Aucune mention n’est d’ailleurs faite de l’héritage illustre de Wolfgang Van Halen, qui se tient sur ses deux jambes, fort d’une discographie aussi solide que fournie pour seulement quelques années de MAMMOTH. Lorsque le public rugit en fin de set, on se dit que le groupe est devenu, au fil des concerts et des quelques années de son existence, une force avec laquelle il faut compter dans la scène hard rock de 2026. On les retrouvera avec très grand plaisir au Bataclan le 26 novembre 2026, et on vous conseille d’être également de la partie !

Dire que la performance des GUNS N’ ROSES, et en particulier d’Axl Rose est scrutée ce soir serait un euphémisme. En effet, depuis environ cinq ans, le frontman du plus grand groupe de hard rock du monde est au cœur de la critique pour ses performances vocales, jugées trop faibles pour le niveau du groupe, et trop lisses par rapport à ses versions studio. C’est donc en ayant cet élément en tête que j’ai abordé ce concert du groupe californien, afin de voir si la critique est justifiée ou non.
Après une longue intro en vidéo sur l’écran géant en fond de scène, les GUNS N’ ROSES débarquent sur "Welcome To The Jungle", le hit absolu qui démarre l’album « Appetite For Destruction », le plus culte de leur discographie ! La barre est haute, et Axl Rose relève le défi, avec effectivement moins de timbre qu’en studio. Cependant les notes restent justes, et s’il s’essouffle effectivement un peu sur les « shananananana knees, knees » du refrain, on ne peut pas dire que ce soit une véritable catastrophe non plus ! Et encore moins sur la suite de chansons qui s’enchaîne après cette introduction, qui semble taillée sur mesure pour échauffer la voix du chanteur. "Mr. Brownstone", "Bad Obsession", "It’s So Easy", "Slither" de VELVET REVOLVER… Toutes reposent sur l’utilisation de la voix grave d’Axl Rose, qui semble, elle, n’avoir pas bougé, et lui permet de faire ressortir à l’occasion sa voix aiguë rauque qu’on connait si bien !
La reprise du "Live And Let Die" des WINGS sera cependant un tournant pour sa voix, qui réussit sa montée dans les aigus, et réveille enfin un peu le public, qui semblait un peu endormi jusque-là. Slash se saisit ensuite d’une belle Gibson ES-335 pour "Yesterdays", qui offre à nouveau un beau moment dans les aigus à Axl, et un rare moment de mise en avant pour Dizzy Reed, si discret en fond de scène. Sur "Hard Skool", cependant, on retrouve effectivement la si décriée "voix de Mickey" d’Axl, qui ne se démonte pas et se donne à fond au niveau du jeu de scène, tout en faisant chanter le public… Qui a quand même vu pire, au vu des réactions !

Le reste du set voit s’enchaîner registres graves et aigus pour Axl Rose, mais aussi de nombreux solos permettant au groupe de briller. "Estranged" nous propose par exemple un magnifique solo de piano de Dizzy Reed, alors que Slash se permet une jam de guitare un peu funky après "Think About You". Ce dernier casse une corde au moment du solo de "Double Talkin’ Jive", mais s’en sort plutôt bien, avant qu’on ne découvre deux chansons un peu moins connues. Tout d’abord "Bad Apples", peut-être l’une des plus injustement ignorées de « Use Your Illusion I », que peu de monde semble connaître dans l’assemblée, puis "Better", chansons la plus heavy de « Chinese Democracy » viendra représenter l’album le plus décrié de la carrière des GUNS N’ ROSES. Autant vous dire que peu de monde la connait, et pourtant il s’agit d’une de mes préférées du disque ! D’autres choix un peu discutables de set-list font leur apparition, comme "Nothin’", "Dead Horse", "The General", "Wichita Lineman" ou "Atlas", qui font largement retomber l’ambiance malgré quelques hits comme "Knockin’ On Heaven’s Door" ou "Civil War", qui nous gardent éveillés. "Don’t Cry" est malheureusement l’une des seules vraiment difficiles au chant pour Axl Rose, essoufflé sur les couplets, mais le solo de Slash lui laisse le temps de se ressaisir pour la suite du set.

On finit en apothéose ces trois heures de concert des GUNS N’ ROSES avec le traditionnel enchaînement de hits absolus : "Sweet Child O’ Mine" vient nous rappeler à quel point Slash est et reste le guitariste le plus iconique depuis Eddie Van Halen, pendant que Duff McKagan se balade à la basse comme à son habitude, comme un roc infaillible venant soutenir les deux "stars" du groupe. Axl Rose se débrouille extrêmement bien, et retrouve même par moment son timbre inimitable, juste à temps pour se mettre au piano à queue (avec une chaise-moto) et jouer "November Rain", de nouveau sans encombre. Vient alors "Nightrain" et là patatras ! Slash chute de manière impressionnante mais réussit à bien s’amortir, ne loupant qu’une poignée de notes pour remettre son chapeau… Chapeau à lui, mais ça le déconcentre visiblement sur les solos, qui sont un peu manqués par conséquent ! Alors Axl Rose fait une annonce au micro : « La salle nous met dehors à cause de son couvre-feu, il ne nous reste donc qu’une chanson »… Eh oui, le concert dure depuis maintenant trois heures, et il avait commencé 15 minutes en retard ! Les GUNS N’ ROSES jouent donc une dernière chanson : le traditionnel "Paradise City", mais Axl Rose est désormais un peu déconcentré, et arrive vite à bout de souffle, comptant sur l’aide de son camarade Duff McKagan pour le renforcer sur le refrain.

De manière générale, si Axl Rose était très scruté ce 3 juillet, il s’en est remarquablement sorti et a offert une performance digne des GUNS N’ ROSES, pendant plus de trois heures. Le groupe a fait une nouvelle fois montre de sa mémoire d’éléphant, jouant des morceaux que même le public avait oublié, ainsi que de sa diversité musicale, allant quasiment de la country au heavy metal (sur "Slither"). Un exploit, à ce stade de leur carrière qui a débuté il y a maintenant plus de 40 ans !
Compte-rendu du 1er juillet par Michel Valentin à consulter ici.
