30 juillet 2026, 20:01

JUDAS PRIEST

Interview Rob Halford


Après pas moins de 57 ans de carrière, la réputation de JUDAS PRIEST n’est plus à faire, mais le groupe de Birmingham continue d’écumer les routes tout au long de l’année, faisant rugir les foules sur ses innombrables hits, de "Hell Bent For Leather" à "Painkiller", voire les titres plus récents issus de l’excellent « Invincible Shield » ou « Firepower », le tout sans jamais perdre de sa superbe. C’est donc en grande pompe que JUDAS PRIEST revient en août et septembre en France pour le "Faithkeepers Tour", et à cette occasion, nous avons pu échanger avec le chanteur historique, le seul et unique "Metal God" : Rob Halford !
 

La tournée "Faithkeepers" commence le mois prochain. Comment la décrirais-tu pour les fans qui vous ont vus sur les précédentes tournées ?
Rob Halford : Ce sera forcément super ! On vient simplement jouer et passer un bon moment. On n’est pas là pour promouvoir un nouvel album ou quoi que ce soit. C’est ce que beaucoup de groupes font : la promotion de nouvelles idées et de nouvelles expériences, mais nous, on veut juste sortir pour jouer ! C’est l’été, le meilleur moment pour se produire en Europe, en espérant que la température ait un peu baissé d’ici là. Mais on revient vous voir ! Au Zénith, bien sûr, mais aussi dans des endroits où nous ne sommes jamais venus. C’est dingue qu’on n'ait jamais joué en Bretagne, par exemple ! Mais il y aura de la joie, de l'échange, des fous de metal, et ce sera une réunion de notre communauté, qui se reconnectera. On va passer un moment ensemble soit en festival, soit en concert, et renforcer la relation fantastique qu’on a avec nos "metal maniacs" depuis plus de cinq décennies ! C’est incroyable, et on se sent vraiment bénis par le heavy metal.

Quand vous construisez une tournée comme celle-ci, sur quoi vous concentrez-vous pour la rendre unique ?
Oh mon dieu... « Je veux faire ça. », « Non, moi je veux faire cette chanson », « Eh bien, si tu fais cette chanson, je veux faire celle-ci »... Tu sais, ce genre de plaisanteries entre musiciens d'un groupe (rire) ! La set-list est presque prête, parce que, tu sais, si on ne jouait pas "Breaking The Law" ou "Painkiller", il y aurait une émeute (rire) ! Donc on va jouer toutes ces chansons que vous aimez de JUDAS PRIEST, et peut-être retravailler d’autres choses qu’on n’a pas interprétées depuis un moment en concert sur scène, pour essayer de vous emmener dans un voyage, de "Victim Of Changes" à "Invincible Shield", en sélectionnant des chansons entre les deux. Parce que quand on met en place un concert, tout tourne autour de la dynamique, de la valeur de certaines chansons, et de la manière dont on les présente. Par exemple, "Victim Of Changes", c’est le JUDAS PRIEST de 1976, tandis que "Firepower" ou "Invincible Shield", c’est celui des années 2020. On montre vraiment bien à quel point ce groupe a vécu une grande aventure dans le heavy metal et tant d’expériences dans ce style musical. On tente donc de mélanger un peu tout ça, d'offrir aux gens de la bonne humeur, des sentiments positifs, et les préparer à ce qui arrivera ensuite !


La tournée s’appelle "Faithkeepers" ("gardiens de la foi" - ndlr). Et je me souviens qu’il y a quelques années, tu avais travaillé sur un jeu vidéo, Brutal Legend, avec Lemmy et Ozzy également, qui avait permis à toute une génération de découvrir le heavy metal. JUDAS PRIEST est-il le dernier des "Faithkeepers", ou est-ce plutôt les fans, jeunes ou plus anciens, qui jouent ce rôle ?
Ce sont les deux, ensemble. Quand on a décidé de venir jouer et nous amuser à faire ces dates, j’ai essayé, comme toujours, de lui trouver un genre de slogan. Comme ce n’est pas inspiré d’un nouvel album de JUDAS PRIEST, j’ai donc réfléchi à qui nous sommes, et à ce qu’on a accompli pendant toutes ces décennies. Et on peut dire qu'on a défendu la foi depuis « Defenders Of The Faith » ! J’ai souvent dit lors de mes interviews que l’on garde la foi, et qu’on a foi les uns envers les autres, tu vois ? Donc c’est simplement une combinaison sympa entre les deux mots assemblés, la foi dans le metal, et le fait de garder foi dans le metal. Il s’agit des deux expériences. Le groupe est un gardien de la foi parce que nous sommes restés fidèles à nos valeurs, en ce qu’on croit, et en la musique heavy metal, et nos fans, nos glorieux fans, ont toujours fait exactement la même chose et pas seulement envers JUDAS PRIEST ! La foi ne correspond pas qu’à la musique metal, mais aussi à la communauté qu'elle fédère. La foi, c’est cet engagement à voyager avec nous, et à partir sur le même chemin metal ensemble. Beaucoup de nos fans français sont avec nous depuis le premier jour, certains ont été convertis plus récemment, par un jeu vidéo comme tu dis, ou autre chose... Il y a toujours un nouveau métalleux qui attend de voir JUDAS PRIEST. On a entendu parler du groupe, on nous a vu sur internet, on a entendu de belles histoires à notre sujet, et ils veulent voir le groupe en concert et en personne. C’est le moment où la congrégation s’assemble, et où on se convertit à la foi metal de JUDAS PRIEST (rire). C’est une famille. J’ai toujours appelé ça la communauté metal, c’est la même chose qu’une famille. Il y a beaucoup de choses qui se passent en dehors de la musique et qui font qu’on prend soin les uns des autres de bien des manières. Donc garder la foi, c’est ce qu’on fait, et ce qu’on s’apprête à célébrer !

Si tu devais citer cinq albums de JUDAS PRIEST pour un jeune fan qui se met au heavy metal, lesquels choisirais-tu ?
« Sad Wings Of Destiny », « British Steel », « Painkiller », « Screaming For Vengeance » et probablement le dernier, « Invincible Shield ». Je pense que ça donne un aperçu assez large du spectre de ce que ce groupe a été ces 50 et quelques dernières années. Et pour introduire quelqu’un au metal en général, je ne peux vraiment t’en citer qu’un. Je dis toujours que les racines, la pierre angulaire et l’enclume, l’origine de toutes les idées, c’est « Sad Wings Of Destiny ». Sans aucun doute, il s’agit du modèle pour JUDAS PRIEST, et pour le metal en général. C’était notre deuxième album après « Rocka Rolla », et le metal commençait soudainement à grandir au milieu des années 1970. Le feu commençait à prendre, et l’intérêt commençait à se concentrer. La presse nous regardait, pas seulement JUDAS PRIEST, mais le metal en général. On était là un tout petit peu avant la New Wave Of British Heavy Metal, donc quand cette vague est arrivée, on était les vieux (rire) ! On était la vieille vague du heavy metal ! Mais je suis tellement heureux qu’on ait joué ce rôle avec JUDAS PRIEST, car sinon il n’y aurait pas eu de nouvelle vague. C'est un fait !


Le heavy metal prend de l'âge, mine de rien, et on vit actuellement la première grosse bascule de son histoire, avec une nouvelle génération de musiciens qui n'était même pas née dans les années 80. Comment décrirais-tu cette relève des prochaines futures têtes d'affiche, porteuses également de la foi en cette musique ?
Je pense que ce sera extraordinaire ! Je pense que la musique est là pour toujours, et que le soutien sera toujours là. La foi sera toujours préservée. Ce qui est très apparent, c’est que la manière dont on consomme la musique a énormément changé. Au début du heavy metal, il y avait très peu de groupes auxquels s’attacher. Maintenant, il y a une incroyable variété de manières de présenter le metal ! Il y en a pour tout le monde. Mais je pense qu’à cause de cela, au-delà de la concurrence, il y en a tellement qu’il est vraiment difficile de trouver des groupes capables d’atteindre ce niveau de reconnaissance, et de construire autour. On commence dans des clubs, puis dans des petites salles, ou par des passages à midi sur les festivals, puis passer de ça à des arènes est un gap énorme ! C’est vraiment difficile, et ce que je trouve intéressant, c’est de s'imaginer quels musiciens parviendront à destination de ce statut ultime. Puis quand ils y arriveront, de se demander comment ils s’y maintiendront, comment ils garderont ce feu du metal, et comment ils feront en sorte que leurs fans leurs restent fidèles tout en en attirant de nouveaux. Ce n’est pas facile, mec ! Vraiment pas facile. Ça nécessite beaucoup de dur travail et beaucoup de chance aussi. Il faut vraiment être au bon endroit au bon moment, tout ça dans le bon timing. Il y a tous ces paramètres externes qui rentrent en compte. Mais est-ce que l’endroit où tu atterris est vraiment important ? Non ! Si tu es dans un groupe, que ton groupe fonctionne et que tu arrives à payer les factures, estimes-toi béni ! C’est tout ce qui compte. Quand j’ai débuté, je me fichais de l'acclamation du public, tant que j’avais quelques livres à donner à ma mère, car je vivais encore chez mes parents (rire). Il me fallait quelques livres à donner à ma mère pour payer le loyer, avant que je n’aie mon propre foyer et tout ce genre de choses. C’était tout ce qui comptait. Et ne me parle même pas du côté financier, de l’aspect économique, parce que quand je regarde le budget de cette tournée, je me demande pourquoi je fais encore ça (rire) ! Mais ce que je veux dire, c’est que plus que tous les mots qui sortent de ma bouche, c’est la joie qui compte. Il faut vivre et aimer chaque minute de metal, et le reste est entre les mains de la chance et des dieux… du metal !
 

  

Blogger : Valentin Pochart
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