1 août 2026, 15:03

LABELS ET LES BÊTES

"Le coté obscur de la force métallique" - épisode 104


Voilà l’été, voilà l’été ! Vous connaissez l’adage et pour accompagner mojitos, apéros (avec modération) et pédalos, les Cavaliers de l’Extrême vous ont dégoté les tubes de l’été. Bon, il se peut que les titres proposés ne fassent pas l’unanimité auprès des juillettistes en mal d’électro ou de techno mais Crapulax, Clément et Aude n’ont que faire des modes éphémères : eux tapent dans le crado. Vous en êtes ?
 

DUIR : « Catarsi » (AOP Records)

Après un premier album sorti en 2022 qui a placé le curseur assez haut, le groupe italien DUIR revient avec ce nouveau « Catarsi » très abouti. Mêlant folk celtique et black metal atmosphérique, le quintet encagoulé nous plonge dans le décor de la première guerre mondiale grâce à l’histoire d’un soldat tenaillé entre gloire et désespoir.
Tout commence sobrement avec les arpèges de "Manifesto", les vocaux récités de Vox In Umbra et de belles atmosphères mais rapidement le rythme s’intensifie et si les mélodies restent très présentes, DUIR nous procure d’agréables sensations avec un black metal orné de flûte, de cornemuse et de vielle à roue.
En décalage avec le thème traité mais finalement très engageant et surtout utilisé avec suffisamment de parcimonie pour que ces instruments ne deviennent pas entêtants, voire lassants. Les titres de « Catarsi » sont longs, souvent plus de sept minutes afin de nous imprégner de leurs différentes compositions mais s’enchaînent en fait sans heurts, comme un fil conducteur musical. Mention spéciale au splendide "Del Giorno" d’un poème de Giuseppe Ungaretti, plein d’émotions et au final "Oltre L’Alba" à la cornemuse solennelle de toute beauté. A vivre sans modération.
(Aude Paquot)


DEPERIR : « War » (Adipocère Records)

DEPERIR est un groupe de black metal franco-québécois ayant déjà deux albums à son actif et qui nous propose un nouvel EP cette fois, composé de quatre titres aussi bruts que martiaux.
C’est à la suite d’un changement de batteur que ce « War » a été travaillé. Âmes sensibles s’abstenir car DEPERIR fait dans le sanglant et l’historiquement insoutenable. Il n’y a qu’à voir, le single extrait et premier titre de l'EP, "Bloodspill", est réservé aux plus de 18 ans sur YouTube pour contenu choquant. Autant la musique que l’imagerie utilisées par DEPERIR sont brutales.
Les guitares sont rapides, les fûts martelés, le chant hargneux. On oscille entre des passages de true-black metal et influences thrash bien marquées, le tout pour seize minutes de tabassage en règle. Pas de répit, pas de concession, pas d’atermoiements, non. Ce « War », au titre court et explicite nous amène exactement où il nous l’a annoncé : dans un monde de pur chaos, de souffrance, d’inhumanité et de violence, beaucoup de violence. Rien n’est laissé au hasard en plus, les sons guerriers choisis pour camper l’ambiance morbide ou le visuel old-school : c’est un déferlement de rage qui s’abat.
(Aude Paquot)


TOMBAL : « Grave Of The Damned » (Blood Harvest Records)

Que ceux qui n'aiment pas le son typique du death metal suédois nous jette la première pierre (tombale, cela va de soi), voici les petits nouveaux TOMBAL originaires de Sardaigne, un pays peu côté pour sa neige en hiver.
Donc, personne ne sait ce qui leur a pris de jouer du ENTOMBED avec autant de conviction !
Certes la production un peu roots n'est clairement pas à la hauteur, « Grave Of The Damned » aurait sans doute mérité mieux.
Certes la pochette fait tellement cheap qu'on a au moins la certitude qu'elle n'est pas générée par la dernière intelligence artificielle en vogue.
Certes le track-listing n'est pas fou avec 4 pauvres titres à se mettre sous la dent mais voilà : c'est suffisant pour raviver au bon souvenir de ce style au son gras si caractéristique, d'autant plus que TOMBAL le maîtrise pleinement.
​Preuve par le son sans image avec le titre éponyme ou ce "Cathedral Of Rot" de fort bon aloi.
TOMBAL nous ressort les bijoux de famille du metal enfouis sous terre et ça fait un bien de dingue.
(Crapulax)


PHARMACIST : « Vertebrae After Vertebrae » (Hells Headbangers Records)

C'est vrai que le nom ne fait pas trop rêver mais si on extrapole un peu avec l'évocation de leur style de musique (grindcore), on entre direct dans la grande poésie et on commence à entrevoir un lien spirituel très probable avec les Anglais CARCASS ("Endogenica").
L'écoute ne fait plus aucun doute : c'est du brutal avec un "Propelling Inwards" qui met tout de suite les choses au point : ça va dérouiller sec et c'est pas deux cachets de Doliprane qui vont calmer les maux de tête à venir.
Les Japonais n'en sont d'ailleurs pas à leur premier coup d'essai puisque « Vertebrae After Vertebrae » est déjà leur troisième album, après « Medical Renditions Of Grinding Decomposition » sorti en 2020 et « Flourishing Extremities On Unspoiled Mental Grounds » en 2022.
Du lourd, du gras, du graisseux et la tripaille qui va avec, PHARMACIST doit aussi avoir un rayon boucherie dans sa boutique ou quelque chose de pas net dans l'arrière-boutique... Amateurs de hard FM & d'AOR un conseil : fuyez !
(Crapulax)


BESTIA ARCANA : « Holókauston » (Debemur Morti Productions)

Plus de neuf années après sa parution initiale sur le label américain Dark Descent, ce deuxième album du trio américain bénéficie d’une réédition soignée chez Debemur Morti (écurie qui héberge au passage AKHLYS et AORATOS, deux formations issues du même cerveau créatif). Car Naas Alcameth, l'esprit tourmenté à la manœuvre derrière BESTIA ARCANA, n'est pas du genre bavard. Plus adepte des actes que des discours, le bonhomme est déjà aux commandes d'un paquet de rejetons de la scène black metal américaine.
Et « Holókauston » ne déroge pas au dogme maléfique érigé par son géniteur, portant sa griffe profondément ancrée dans la chair. Enregistré aux Promethean Forge Studios, puis mixé et masterisé par Dave Otero dans son antre du Flatline, ce deuxième et dernier album en date s'apparente à une plongée sans retour dans les abysses du mal. Le natif du Colorado, épaulé ici par Menthor (batterie) et Ophis (chant), livre quatre titres répartis sur une quarantaine de minutes intenses. Les guitares y tournoient en spirales dissonantes, la basse montre les crocs et la batterie accompagne sans jamais baisser la garde un magma cauchemardesque qui annihile toute forme de résistance.
Ponctué de passages dark ambient horrifiques et de longues montées incantatoires (à l'image du dantesque "Howling"), cet album est une expérience ultime aux allures de sombre révélation. De celles qui réclament de nombreuses écoutes attentives et prolongées pour en saisir toutes les subtilités.
(Clem)


ALTARAGE : « Cogwheel » (Doomentia/Sentient Ruin Laboratories)

Insaisissable. ALTARAGE incarne à merveille cette définition depuis sa démo « MMXV », parue en 2015. Puis, en six albums, le groupe basque s'est évertué à concasser sans relâche les frontières d’un death/black metal expérimental et dissonant à souhait.
« Cogwheel » ne déroge pas non plus à la règle : il enfonce le clou. En 1h15 d’un metal d’outre-tombe d'une lourdeur monolithique, le groupe pulvérise les derniers codes du genre dans une déconstruction méthodique, lourde et suffocante. Côté thématiques, ALTARAGE délaisse le fantastique pour s'aventurer enfin sur les terrains poisseux chers à GODFLESH ou DEAD WORLD : la déshumanisation moderne et l'esclavage industriel. Roulez jeunesse.
Au cœur de ce maelström malveillant subsiste leur marque de fabrique : des riffs titanesques raflant absolument tout sur leur passage pour ne laisser qu'une terre brûlée, sur laquelle rien ne repoussera. Une folie destructrice qui repose avant tout sur l'incroyable virtuosité des musiciens, capables de dompter ce chaos architectural avec une précision chirurgicale et une mise en place rythmique vertigineuse. Il n’existe d’ailleurs aujourd'hui pas grand-chose de comparable avec ce que propose la formation basque. Enrobé dans une production colossale qui ravira les mélomanes les plus pervers, « Cogwheel » s'impose sans nul doute comme la bande-son officielle de la fin annoncée de notre monde. Amen.
(Clem)

Blogger : Aude Paquot
Au sujet de l'auteur
Aude Paquot
Aude Paquot est une fervente adepte du metal depuis le début des années 90, lorsqu'elle était encore... très jeune. Tout a commencé avec BON JOVI, SKID ROW, PEARL JAM ou encore DEF LEPPARD, groupes largement plébiscités par ses amis de l'époque. La découverte s'est rapidement faite passion et ses goûts se sont diversifiés grâce à la presse écrite et déjà HARD FORCE, magazine auquel elle s'abonne afin de ne manquer aucune nouvelle fraîche. SLAYER, METALLICA, GUNS 'N' ROSES, SEPULTURA deviendront alors sa bande son quotidienne, à demeure dans le walkman et imprimés sur le sac d'école. Les concerts s'enchaînent puis les festivals, ses goûts évoluent et c'est sur le metal plus extrême, que se porte son dévolu vers les années 2000 pendant lesquelles elle décide de publier son propre fanzine devenu ensuite The Summoning Webzine. Intégrée à l'équipe d'HARD FORCE en 2017, elle continue donc de soutenir avec plaisir, force et fierté la scène metal en tout genre.
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